Du silence innocent au silence philosophique: L’économie du discours du gouverneur dans l’enfance d’Émile

In: Silence, Implicite et Non-Dit chez Rousseau / Silence, the Implicit and the Unspoken in Rousseau

Résumé

Renvoyant dos-à-dos un silence religieux absorbé par le mystère de la transcendance et un silence bienséant animé par le désir de plaire, l’éducation rousseauiste ne se complait cependant pas dans de doctes discours inadaptés à l’enfant, mais fait du silence un usage stratégique. Cette contribution montre que l’économie du discours du gouverneur dans l’enfance rendra Émile capable d’entendre ce qui est devenu à beaucoup d’autres inaudible, « la voix des infortunés ». La moralité d’Émile suppose paradoxalement que le gouverneur ait d’abord maintenu l’enfant dans un double silence, celui des passions et celui de Dieu. Émile enfant passe du silence plat du monde des choses à un silence critique mettant à distance l’ordre social injuste. Par son art de manier les silences, le gouverneur rend alors possible la formation réflexive du jugement de son élève. Ce chapitre apporte ainsi un éclairage différent à la question controversée de l’autonomie de l’élève rousseauiste, en faisant valoir la pertinence des stratégies discursives du gouverneur.