Résumé

Ce chapitre examine la place et le rôle du silence dans l’éducation d’Émile. Cette place et ce rôle marquent d’emblée l’originalité de l’ouvrage par rapport aux canons éducatifs traditionnels et ils se relient à l’essence même du projet, à savoir une éducation par les choses développant la capacité personnelle à juger. L’excès de langage obstrue en effet un double rapport : celui à l’expérience et celui à soi. Le silence, en revanche, fait place nette de tout intermédiaire indu et contraint l’enfant à penser par lui-même. Le rôle du précepteur n’en est pas aboli mais consiste à disposer les situations pour leur donner un effet éducatif maximal. De même, le langage ne disparaît pas mais est resserré sur son noyau essentiel qui en ressort renforcé, libéré du rapport de pouvoir, notamment en privilégiant le questionnement sur l’affirmation. Délivré de la pulsion langagière contaminant le rapport éducatif, ce dernier peut enfin échapper au cercle social de l’aliénation et se fonder sur le développement naturel de soi.