Faire le choix de se taire : silence et tolérance dans l’Emile

In: Silence, Implicite et Non-Dit chez Rousseau / Silence, the Implicit and the Unspoken in Rousseau

Résumé

Ce chapitre examine la place et la signification d’un commentaire sur le silence dans l’Emile afin d’en dégager les enjeux pédagogiques, politiques, et religieux. Afin d’illustrer sa conception de l’éducation négative Rousseau propose dans le second livre d’Emile une anecdote sur l’interprétation à donner au célèbre geste d’Alexandre buvant le breuvage de son médecin. Alors qu’il s’apprête à entrer dans la dispute Rousseau est rappelé à l’ordre: « Tais-toi, Jean-Jacques, ils ne t’entendront pas. » Grâce à cette intervention – de la part d’une femme qui reste anonyme – le jeune Rousseau échappe à une dispute dans laquelle il aurait été désavoué. L’auteur d’Emile va tirer de cette expérience autobiographique une leçon pédagogique: le maître doit savoir se taire et renoncer à la dispute. De fait le silence est essentiel à l’éducation négative : il en est le principe fondamental. Et le silence est également exemplaire au regard de la Profession de foi du Vicaire savoyard. De vertu pédagogique qu’il était dans le second livre le silence devient principe de tolérance dans le quatrième, l’anecdote fournissant la clé de la profession de foi.