La peinture du silence. Du rapport entre imitation musicale, imagination et passions dans l’Essai sur l’origine des langues et l’Emile de Rousseau

In: Silence, Implicite et Non-Dit chez Rousseau / Silence, the Implicit and the Unspoken in Rousseau

Résumé

Le chapitre pose la question de savoir comment la mélodie peut exercer la puissance affective que Rousseau lui accorde à plusieurs reprises dans ses écrits sur la musique, et identifie les éléments manquants dans l’explication quelque peu fragmentée que donne l’Essai sur l’origine des langues du concept d’« imitation musicale ». Le mouvement interprétatif consiste principalement à se tourner vers l’Émile, pour indiquer que l’imitation musicale est essentiellement médiatisée par l’imagination – qui, quant à elle, requiert, pour opérer, des espaces d’incomplétude auxquels la mélodie donne accès. Selon Rousseau, pour que les auditeurs soient émus, leur imagination doit s’activer. Les représentations de la peinture ne sollicitent pas cette faculté, car elles disent tout au premier coup d’œil : la sensation suffit, et le plaisir que les spectateurs ressentent reste purement « physique ». Les mélodies, en revanche, puisqu’elles se déroulent dans le temps, ne sont jamais toutes entières présentes dans la sensation actuelle, laissant ainsi place à l’œuvre de l’imagination et procurant, par cela même, un plaisir qui est plutôt « moral » que physique.