« Pour vous, peuples modernes, vous n’avez point d’esclaves ». Le silence sur la traite dans le second Discours, Emile et le Contrat social

In: Silence, Implicite et Non-Dit chez Rousseau / Silence, the Implicit and the Unspoken in Rousseau

Résumé

L’œuvre de Rousseau peut être conçue comme une critique systématique de la servitude. Les critiques du « pacte d’esclavage » sont menées selon les mêmes principes : contre la raison et la nature, l’esclavage ne peut jamais être légitime. Comment comprendre dès lors l’étrange silence de Rousseau sur le phénomène de la traite, alors même qu’il aborde la question de l’exploitation économique dans l’Emile et évoque l’esclavage antique dans le Contrat social ? Comment le disciple de Montesquieu, qui avait eu l’occasion de détailler dans L’Esprit des lois la différence entre esclavage politique, civil et domestique, peut-il éluder la question de l’esclavage des Noirs ? Comment le critique lucide de la servitude de ses contemporains peut-il affirmer que les peuples européens modernes n’ont « point d’esclaves » ? En s’attachant au second Discours, aux différents passages consacrés à l’esclavage dans le Contrat social, ainsi qu’à certaines formules d’Emile et d’Emile et Sophie, cette contribution tentera de rendre raison de cet apparent point aveugle de la philosophie de Rousseau.