Il platonismo e le scienze, “Colloquium philosophicum” n.s. 3, Roma, Carocci-Università degli Studi di Roma Tre, 2012. Pp. 275, € 29,00-ISBN 97888430061945.

Le volume édité par R. Chiaradonna est le résultat d’un séminaire qui a eu lieu, pendant plusieurs années, auprès de l’université de Rome 3 (Italie). Il présente une série d’études visant à documenter comment et dans quelle mesure les scientifiques ont été influencés au cours des siècles par le fait de partager certaines doctrines de Platon – notamment celle qu’on appelle la “Théorie des Idées” ainsi que celle concernant l’existence substantielle d’objets mathématiques – et/ou par le fait d’avoir adopté des méthodes de recherche propres au Philosophe d’Athènes, telles que l’analyse de type mathématique ou le dialogisme. Il s’agit là d’un parcours très intéressant et stimulant ayant l’avantage de combiner une approche historique à une théorétique, en plus de savoir harmoniser l’apport de spécialistes bien connus à celui de jeunes chercheurs.

Ce recueil se divise en une introduction, par R. Chiaradonna et M. De Caro, et onze articles, disposés selon l’ordre de succession chronologique des philosophes étudiés, à savoir de Platon aux logiciens néo-frégéens. Il s’agit notamment de quatre études de philosophie antique, une de philosophie médiévale, trois de philosophie moderne et trois de philosophie contemporaine. Les premiers trois articles se concentrent sur Platon et sont l’œuvre, respectivement, de M. Piazza (Platone e la confutazione, pp. 25-43), C. Cellucci (Dialogando con Platone, su conoscenza e metodo, pp. 45-63) et M. Rashed (Il “Timeo”: negazione del principio di necessità condizionale, matematica e teodicea, pp. 65-79), ensuite on trouve un article sur Plotin par R. Chiaradonna (Plotino su pensiero, estensione e percezione sensibile: un dualismo “cartesiano”? pp. 81-99). À la réception de Platon dans la philosophie médiévale est consacrée une seule étude, mais de grande valeur de A.D. Conti (Walter Burley, un aristotelico platonizzante del tardo Medioevo, pp. 101-121). La section de philosophie moderne se compose des articles de M. De Caro (Galileo e il platonismo fisico-matematico, pp. 123-142), V. De Risi (Plotino e la Rivoluzione scientifica. La presenza delle “Enneadi” nell’epistemologia leibniziana dello spazio fenomenico, pp. 143-163) et F. Trabattoni (La dottrina platonica delle idee come fondamento epistemologico dell’impresa scientifica? Un percorso da Kant a Natorp, pp. 165-191), lequel, par son travail, introduit à la réception contemporaine de Platon et ayant l’avantage – comme on le verra par la suite – de mettre en évidence de façon très claire les enjeux du platonisme en ce qui concerne le statut, la méthode ainsi que les contenus des sciences. Enfin le platonisme contemporain fait l’objet d’étude de, dans l’ordre, P. Pesce (Il “platonismo” e il problema della conoscenza scientifica da Cohen a Cassirer, pp. 193-216), A. Sereni (Platonismo matematico e naturalismo, pp. 217-239) et M. Plebani (Il programma neo-fregeano in filosofia matematica, pp. 241-263). Complètent le volume un index des noms et une brève présentation des auteurs des différentes études, tandis que la bibliographie pertinente se trouve à la fin de chaque article.

Comme il apparaît déjà des titres susmentionnés, le volume qui nous concerne ici ne vise pas à présenter l’héritage platonicien dans les domaines de la métaphysique, de la théologie ou de la mystique, héritage qui est amplement documenté non seulement dans le platonisme de l’Antiquité tardive (pensons à Proclus) et dans celui des humanistes (de manière exemplaire chez Marsile Ficin), mais aussi en plein dix-neuvième siècle chez V. Cousin, éditeur important des ouvrages proclusiens, et – j’ajouterais – jusqu’à nos jours, compte tenu du poids imposant de recherches qui sont à la base des éditions, réalisées pendant les dernières décennies, des ouvrages des platoniciens de l’Antiquité tardive, parmi lesquelles ressort l’édition, en six volumes, de la Théologie platonicienne de Proclus par H.-D. Saffrey et L.G. Westerink (Les Belles Lettres, Paris, 1968-1997).

En revanche, le volume se propose de montrer comment la connaissance des œuvres de Platon a “fécondé” les disciplines scientifiques en général et, particulièrement, les mathématiques, la physique, la logique et l’étude du langage. Selon les Auteurs du volume, ce phénomène a eu lieu quand on a fait des mathématiques et de ses méthodes la base des recherches sur le monde de la nature (physis), et surtout quand le renvoi à Platon a visé à établir les conditions mêmes de toute entreprise scientifique ainsi que de toute connaissance humaine. Dans cette perspective il nous semble utile de citer les mots mêmes de F. Trabattoni, car ils sont emblématiques non seulement de son article mais aussi de plusieurs articles dans ce volume : «Parmi ces chemins [scil. de la réception de Platon dès le début du dix-neuvième siècle] il y en a un sur lequel j’aimerais porter mon attention, notamment celui qui conduira à faire de la philosophie platonicienne pas tant et non plus le modèle exemplaire d’une métaphysique dualiste [scil. du monde intelligible versus celui sensible], projetée vers la dimension de l’au-delà, mais une sorte de doctrine épistémologique ayant pour but celui de déterminer de façon rigoureuse les fondements, à savoir les conditions de possibilité, d’une connaissance scientifique du monde. En ce sens, d’une part, la philosophie de Platon n’apparaît plus étrangère ou concurrentielle par rapport à toute initiative scientifique, de l’autre, elle se présente non pas comme le remède au matérialisme, au sensualisme et à l’athéisme, mais comme une réponse critique (la seule, selon certains, vraiment efficace) contre le scepticisme » (p. 166)1. Dans ce contexte la Théorie des Idées remplit la fonction de poser les objets mêmes de la connaissance intellectuelle et tels qu’ils rendent compréhensible aussi le monde sensible, qu’on apprend d’abord par moyen des sensations ; alternativement les Idées sont considérées comme les qualités transcendantales des objets sensibles, grâce auxquelles nous pouvons connaitre et parler de ces mêmes objets. Également le fait de poser, platoniquement, l’existence séparée et objective d’entités mathématiques (i.e. non pas conçues comme le résultat d’une pure opération mentale) a la fonction de rendre solide la valeur de vérité des axiomes des mathématiques et, par là, des théorèmes qui en dérivent, ainsi que de rendre légitime l’application de ces théorèmes à l’étude du monde de la nature. Les règles et les procédés aussi des mathématiques sont appliqués à la physique, étant donné que le monde sensible (dans la perspective du Timée de Platon) peut être reconduit à une structure mathématique (notamment géométrique) objective, comme on peut le déduire clairement des célèbres mots de Galilée : « La philosophie est écrite dans cet immense livre qui est sans cesse ouvert sous nos yeux (j’entends l’univers) . . . il est écrit en langue mathématique, et ses lettres sont des triangles, des cercles et d’autres figures géométriques »2.

Naturellement – rappelons-le – platonisme ne veut pas toujours signifier mathématisme, la preuve en est, parmi d’autres, Plotin, qui, dans les faits s’est appuyé très peu sur les mathématiques pour construire sa cosmologie et sa physique, tout en reconnaissant en principe leur valeur en tant qu’étape préliminaire à l’accomplissement de la dialectique (cf. Enn. I 3).

Pour terminer nous aimerions bien porter l’attention sur le fait qu’une distinction tranchée entre l’héritage platonicien de type métaphysique et théologique (jusqu’à mystique), d’une part, et un héritage platonicien de type mathématique, physique ou logique, de l’autre, reste problématique dans la mesure où, pour citer une dernière fois F. Trabattoni, il est légitime de se poser la question : « Les conditions pour considérer que les Idées ont été conçues par Platon comme les lois ou fonctions qui règlent (d’un point de vue logique) les jugements de vérité, ou qui gouvernent a priori la validité du savoir scientifique existent-elles vraiment ? Ou, au contraire, n’est-il pas vrai que les Idées platoniciennes offrent très peu au niveau épistémologique tandis qu’elles possèdent une connotation métaphysique indubitable ?* ».

1 Les traductions de l’italien sont les miennes.

* Le compte rendu a été réalisé dans le cadre du projet PRIN MIUR (2009) « Le filosofie post-ellenistiche de Autioco o Plotino ».

2 Galilée, L’Essayeur (1632), passage cité dans l’article de M. De Caro (p. 132) ; signalons à la p. 139 une élaboration, du moins bizarre, d’une citation latine.

Information

Content Metrics

Content Metrics

All Time Past Year Past 30 Days
Abstract Views 6 6 0
Full Text Views 1 1 1
PDF Downloads 0 0 0
EPUB Downloads 0 0 0