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Edited by Sjef Houppermans, Nell de Hullu-van Doeselaar, Manet van Montfrans, Annelies Schulte Nordholt and Sabine van Wesemael

Sur les pas de Flaubert

Approches sensibles du paysage

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Philippe Antoine

« Nous en repaissions nos yeux; nous en écartions les narines; nous en ouvrions les oreilles ». Cette phrase de Flaubert nous enseigne qu’on voyage avec le corps et que la totalité des sens est mobilisée dès lors qu’il s’agit de comprendre l’ailleurs et d’en jouir. Il importe de revenir sur le privilège traditionnellement accordé à la vue car la relation viatique consigne l’ensemble des sensations qui adviennent à celui qui parcourt le monde: ouïe, goût, odorat, toucher mais aussi perceptions internes ou liées au mouvement. Le présent volume se propose de partir sur les pas de Flaubert et de quelques voyageurs qui ont comme lui donné à lire une approche sensible du paysage. Leur prose garde un peu de la poussière des chemins, de l’odeur des buissons ou encore du balancement tranquille de la marche… C’est du moins ce vers quoi elle tend, en essayant de réduire autant que faire se peut l’impossible coïncidence des mots et de l’expérience.

Marguerite Duras

Le rire dans tous ses éclats

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Edited by Cécile Hanania

En proposant une exploration du rire chez Marguerite Duras, ce volume collectif aborde une facette méconnue et négligée d’une œuvre réputée ardue et sombre. Le rire, examiné dans l’ensemble de la production (entretiens, textes, théâtre, films) et entendu dans un sens générique, est aussi bien celui qui intervient dans l’œuvre, émis par l’auteure ou véhiculé par ses narrateurs et personnages, que celui suscité par l’œuvre chez ses récepteurs. Qu’elles interrogent ses apparitions et évocations explicites ou se penchent sur les ressorts humoristiques et comiques qui le provoquent, les dix-sept contributions réunies ici permettent de constater l’abondance et l’importance du rire dans l’univers durassien et d’en mesurer la diversité, la complexité et l’ambivalence. Manifestation de joie, sursaut de vie, bouffée d’enfance, pied de nez aux codes, aux conventions et à la raison, le rire apparaît aussi comme l’expression de ce « gai désespoir » que Duras a célébré. Les réflexions présentes dans l’ouvrage, tout en cherchant à dépasser des idées reçues et des interprétations figées, ne sonnent donc pas le glas de la dimension tragique de la création durassienne, elles la font résonner autrement.

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Christian Kohler

Also available as an e-book

Depuis le début du XXIe siècle, l’autonomie de la volonté, reconnue comme l’un des principes de base du droit international privé, est sous l’influence de tendances opposées qui reflètent la dialectique entre la loi et la liberté. Dans cette perspective, l’auteur discute la place et les onctions du principe d’autonomie dans les systèmes contemporains de conflits de lois et de juridictions. Sont notamment abordées les limites auxquelles le principe est confronté en matière de contrats internationaux, du fait de dispositions impératives protégeant la partie faible et de lois de police sauvegardant les politiques essentielles des Etats concernés. En revanche, dans le droit de la famille et des successions, le principe d’autonomie connaît des extensions inédites. Dans ce domaine, sa fonction est bien différente dans la mesure où il sert à mettre en oeuvre l’autodétermination de l’individu et à maintenir la stabilité des relations interindividuelles. Sont également évoqués, dans les différents contextes où le principe est admis, les conditions de validité ainsi que le contrôle du contenu du contrat d’ electio juris.

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Léna Gannagé

Also available as an e-book

Cet ouvrage est consacré à l’étude des relations qui se nouent entre les systèmes européens et les systèmes de tradition musulmane dans le domaine sensible du droit de la famille. Ces relations mettent à l’épreuve la théorie générale du droit international privé qui, construite en contemplation d’ordres juridiques unis par une communauté de droit, se révèle inadaptée au traitement des différences culturelles. Au moins dans le domaine du statut personnel, cette théorie n’est pas reçue dans les systèmes de tradition musulmane et, au sein même des systèmes européens, elle peine à atteindre ses objectifs dans les relations avec les ordres juridiques relevant de cultures différentes. Prenant acte des transformations récentes qui affectent la discipline, tant sur le terrain des méthodes que sur celui des valeurs, l’étude invite à dépasser l’impasse actuelle par la promotion d’un pluralisme des méthodes de réglementation adapté aux conflits de cultures.

Alfred Jarry

L’Expérimentation du singulier

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Karl Pollin

D’Alfred Jarry, on ne retient souvent de nos jours que le scandaleux Ubu Roi. Cela revient cependant à passer sous silence la singulière expérimentation, placée sous le signe de l’enfance, dans laquelle l’existence de l’écrivain s’est peu à peu abimée. Au creux de sa voix lézardée se devine un désir éperdu de mettre en mots les forces de déflagration propres à la vie, qui corrompent inéluctablement notre conscience individuée et que nos nobles philosophies s’efforcent en vain de compenser.
Si l’œuvre de Jarry est réputée ardue, c’est peut-être parce qu’elle tente, livre après livre, de verbaliser un phénomène de dépossession de soi sous l’emprise duquel la langue est contrainte de se désarticuler. Cette altération originelle de la psyché, difficilement communicable sur le marché des idées, résiste en effet à nos traditionnelles catégories de pensée. Expérimenter le singulier, pour le poète, équivaut dès lors à braver doublement le bon sens et le poids accablant des événements, quitte à abolir les distinctions courantes entre la science et la fiction, la littérature et la vie, ou encore le fantasme et la réalité.

André du Bouchet

Poésie, langue, événement

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Victor Martinez

L’œuvre du poète français André du Bouchet (Paris, 1924 – Truinas, 2001) constitue un apport inédit pour les recherches en linguistique et poétique contemporaine. L’attention au « dehors » qui caractérise une telle poésie ne débouche pas sur une poésie descriptive, objective ou référentielle, mais sur l’idée que le rapport à la réalité est invisible et global. Les herméneutiques phénoménologiques, rationnelles ou critiques (de Ricœur à Meschonnic ou Bollack) ne sont pas parvenues à décrire une œuvre qui placerait le sens non dans la langue, mais à côté d’elle. L’œuvre d’André du Bouchet, fondée non sur une poétique de la présence, mais de sa rupture, non sur une poétique du lieu, mais de son emportement, non sur une poétique du sens, mais de sa dissolution, parviendrait au résultat paradoxal de replacer la réalité au cœur du langage, y compris dans ses manifestations les plus violentes. Eminemment historique, cette poésie fonderait le langage comme événement, mais cet événement ne serait pas assignable en tant que fait positif: il serait un phénomène global à la fois sans signe, paradoxalement observable et ouvertement efficient.
L’œuvre d’André du Bouchet resitue des questions initialement poétiques au centre de ce qui constitue le projet global des sciences humaines: décrire, fonder, interpréter.

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Edited by Franc Schuerewegen

Chateaubriand aime les choses : leur aspect, présence, allure, texture. Sans doute pourrait-on parler d’un « parti pris des choses », à la Francis Ponge, poète qui, de ce point de vue, lui ressemble un peu. La critique chateaubrianesque, on le sait, a tendance à privilégier les « grands sujets » : la politique, l’Histoire. Elle a donc laissé dans l’ombre les galets de la plage de Dieppe, les arbres et les fleurs, les chemises du chevalier, les babouches de Constantinople, les lits, portes et serrures de la chambre de Waldmünchen, les brins d’herbe qui attirent l’attention du voyageur et du mémorialiste et qui sont aussi, pour l’écrivain, une véritable matière première. Car si la littérature a pour vocation de dire le réel avec les mots, il importe de choisir les mots justes. Trop de mots tuent le réel ; quand il n’y en a pas assez, l’écrivain est condamné au silence. De là vient une tension récurrente dans l’analyse, et aussi sans doute dans les textes : l’objet anodin, la « petite chose » peut très facilement se muer en son contraire ; elle devient alors allégorie ou symbole, elle exprime le Sens. S’intéresser à Chateaubriand « chosiste », c’est donc à la fois laisser aux choses leur insignifiance, et les faire signifier, mission délicate dont s’acquittent avec brio les contributeurs au présent volume.

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Tomasz Swoboda

L’objectivation de l’organe de la vue est, peut-être, le trait dominant de ces histoires et, dans le même temps, une des idées les plus intéressantes de la modernité. Mais l’œil est ici non seulement vu et regardé : il est aussi voyant et regardant. Paradoxalement – et à la fois très logiquement – l’enfermement de l’œil dans l’objectif du discours signifie son ouverture sans précédent dans l’histoire de l’Occident. Ouverture comprise de deux manières : premièrement, chirurgicalement, avec un rasoir, par exemple ; deuxièmement, en perspective, en tant que con-templation obstinée de choses sur lesquelles l’œil ne s’arrêtait pas suffisamment pour qu’elles puissent prendre de l’impor¬tance.
Dans ce livre – à l’instar du récit fondateur de Georges Bataille, héros principal de ce livre – l’œil est observé, ouvert, réprimé, pressé, écrasé, révulsé, extirpé, introduit dans des lieux plus ou moins adaptés à ce but, enfin attribué à des objets et des êtres chez lesquels on ne l’attendrait jamais. Et tout cela pour le forcer à voir.

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Edited by Sjef Houppermans, Nell de Hullu-van Doeselaar, Manet van Montfrans, Annelies Schulte Nordholt and Sabine van Wesemael