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Evénement et roman

Une relation critique

Séries:

Marc Courtieu

Le récit est généralement défini comme transformation d’un état en un autre, transformation dont l’élément déclenchant est un événement. Or les études narratologiques ont, avec constance, fait comme si cet « atome » narratif était inanalysable. L’objet de ce livre est d’interroger cet impensé, à travers l’exemple du roman.
Marc Courtieu s’attache d’abord à spécifier la place centrale de l’événement dans le grand roman du XIXe siècle, puis montre que la révolution opérée notamment par Flaubert et Melville se joue, aussi, sur la contestation d’une telle évidence. A travers différentes études, d’ordre général (sur le naturalisme, le roman d’aventures, le roman américain) ou plus monographique (Joyce, V. Woolf, H. Broch, Musil, N. Sarraute, jusqu’au cas si singulier des « fictions » de Beckett), l’auteur détaille alors la façon dont, autour de cette figure de l’ événement, les codes de l’écriture romanesque ont bougé au cours du XXe siècle, ouvrant la voie à de nouvelles recherches, qui conduisent à concevoir l’événement d’une façon radicalement différente : peut-être n’existe-t-il que du fait même d’être raconté. Plus précisément : ne serait-ce pas dans la relation dialectique qu’ils entretiennent l’un avec l’autre que le récit et l’événement se créent l’un l’autre, l’un par l’autre?

Séries:

Caroline Mannweiler

Tout en étant influencée par la théorie esthétique d’Adorno ainsi que par la pensée deleuzienne, L’éthique beckettienne et sa réalisation dans la forme ne cherche pas à formuler son sujet à travers un système philosophique. L’étude se propose bien plus de le développer à partir et à travers les œuvres de Beckett. Plus précisément, elle retrace l’éthique beckettienne au fil d’une analyse portant sur le contenu des œuvres, sur les réflexions poétologiques de Beckett ainsi que sur les évolutions formelles de l’œuvre, évolutions qui ne sont pas seulement décelées dans les œuvres tardives et leurs innovations médiatiques mais dans l’ensemble de la prose et du théâtre de Beckett. Un chapitre sur les préférences de Beckett concernant la peinture illustre les liens entre esthétique et éthique dans l’univers beckettien. Des chapitres sur Sartre, Camus et Ionesco axés autour des sujets de la liberté et de la solitude humaine précisent l’originalité de l’éthique beckettienne, éthique ni moderne, ni postmoderne, mais tout à fait pertinente.

Séries:

Daniel Fondanèche

Cet ouvrage traite de la littérature d’imagination scientifique, principalement entre 1830 et 1910. C’est une littérature qui a été portée par la Révolution industrielle et la vague d’inventions qui a modifié la vie quotidienne dans les pays développés. Cette littérature s’inscrit dans un courant qui a débuté avec Lucien, qui s’est confirmée avec Cyrano de Bergerac, pour s’affirmer avec Verne et Wells… À côté de quelques maîtres du genre (Verne, Wells, Rosny Aîné, Robida) de nombreux auteurs de moindre envergure ou occasionnels dans le genre (Williers, Cros) ont œuvré pour inscrire les sciences dans le discours littéraire et permettre la naissance de la science-fiction. Dans tout l’ouvrage, l’auteur interroge les textes romanesques et les compare avec ce qui a pu inspirer les auteurs. De même, il relève dans les romans ce qui peut apparaître comme une prémonition, une anticipation, des auteurs sur leur temps. Rien n’avait été écrit sur ce sujet depuis plus de 60 ans.

Le Sang et les Larmes

Le suicide dans les tragédies profanes de Jean Racine

Séries:

Tom Bruyer

En dépit de l’affirmation de Racine dans la préface de Bérénice que « ce n’est point une nécessité qu’il y ait du sang et des morts dans une Tragédie », la mort et le suicide en particulier sont omniprésents dans ses tragédies. Les pleurs versés par les personnages sur la scène suscitent à leur tour les larmes du spectateur qui donne libre cours à ses propres émotions. Le Sang et les Larmes s’attache d’une part à cerner les particularités du suicide dans les tragédies profanes de Racine et, de l’autre, à présenter les multiples enjeux poétiques, dramaturgiques et esthétiques du suicide. L’étude contextuelle établit quelle est, sous Louis XIV, la pensée officielle sur le suicide, et révèle plusieurs hésitations et contradictions. L’étude interne touche à des aspects majeurs de la dramaturgie racinienne : comment Racine réussit-il à contourner les limites fixées par la bienséance et quelle est la fonction des dénouements tragiques ?
Le Sang et les Larmes oppose aussi la représentation de l’acte suicidaire sur la scène du théâtre classique aux stratégies discursives des protagonistes de Racine. Une option parmi d’autres, le suicide devient essentiellement un moyen de chantage, mis au service d’une rhétorique cruelle destinée à faire parler « l’autre ». Il s’agit de remédier à l’échec de la communication en brisant un silence tenace qui accule les personnages tragiques au « sacrifice ». Comment ne pas être sensible à la violence de l’univers tragique racinien où la parole tragique exprime davantage toute la cruauté des affrontements entre les personnages ? Le théâtre classique est alors le lieu privilégié où s’articule une véritable esthétique de la mort, nonobstant les contraintes dramaturgiques qui en interdisent la représentation directe sur la scène.

Les Mythologies individuelles

Récit de soi et photographie au 20e siècle

Séries:

Magali Nachtergael

La mythologie individuelle surgit au 20e siècle en même temps que le culte du moi. En hybridant récit de soi et photographie, l’individu moderne met en scène l’histoire de son identité. Le terme apparaît d’abord dans le monde de l’art lorsque Harald Szeemann désigne sous ce nom les œuvres de Christian Boltanski et Jean Le Gac. Mais les photo-récits autobio¬gra¬phiques ont marqué tout l’imaginaire du 20e siècle, de Nadja d’André Breton aux aventures de Sophie Calle, en passant par le consacré album de famille. Caractérisé par l’écriture fragmentaire, l’archive et sa dimension intime, ce dispositif narratif en images conduit à reconsidérer le rôle de Mythologies de Roland Barthes dans ce processus de construction de soi par l’image. Cet essai retrace la généalogie, l’invention et la diffusion d’une nouvelle façon de se raconter qui interroge directement la représentation de l’identité depuis l’apparition de la photographie.

Philologie et théâtre

Traduire, commenter, interpréter le théâtre antique en Europe (XVe – XVIIIe siècle)

Séries:

Edited by Véronique Lochert and Zoé Schweitzer

Après avoir été longtemps réduites à des recueils de sentences morales ou à des modèles rhétoriques, les pièces des grands dramaturges grecs et latins reconquièrent, à la fin du XVe siècle, une part importante de leur théâtralité. Le travail des traducteurs, situé au carrefour de l’explication philologique et de l’appropriation culturelle, est un élément essentiel de ce renouveau.
Le théâtre occupe une place centrale parmi les œuvres antiques éditées et commentées par les Renaissants, et dans leurs réflexions sur l’Antiquité, mais pose de nombreux problèmes d’interprétation. Comment lire ces textes destinés à la scène et dont une pleine compréhension engage le ressaisissement d’un monde révolu?
Les contributions réunies dans ce volume explorent la diversité des pratiques européennes du XVe au XVIIIe siècle afin de mieux mettre en valeur le rôle joué par la traduction dans le nouveau statut du texte dramatique. Elles éclairent la dimension herméneutique de la traduction, son apport à la réflexion théorique sur le théâtre et la place du spectacle antique dans la Querelle des Anciens et des Modernes.

Rétif de la Bretonne spectateur nocturne

Une esthétique de la pauvreté

Séries:

Philippe Barr

À la lumière d’une réflexion sur les motifs politiques à l’origine du sort réservé à l’œuvre de Rétif de la Bretonne par ses contemporains, cet essai propose de replacer l’écriture rétivienne au sein des stratégies de pouvoir qui, de Fontenelle à Marmontel, sont à l’œuvre dans le champ symbolique et culturel des Lumières. À partir d’une étude détaillée de la mise en scène de l’écriture qui ouvre Les Nuits de Paris, l’auteur démontre que Rétif convie son lecteur à une exploration esthétique de la pauvreté en s’inscrivant dans une tradition littéraire qui s’ouvre avec le Spectator d’Addison et Le Spectateur français de Marivaux. En dégageant l’horizon littéraire d’une œuvre qui s’écrit et qui relate avec minutie les étapes de sa genèse et en étudiant le positionnement dans le champ littéraire de son narrateur fictif, le Spectateur nocturne, l’essai dégage ainsi une véritable « posture littéraire » qui amorce la transition entre la figure emblématique du philosophe des Lumières et une conception déjà « moderne » de l’écrivain.

Témoignages fictionnels au féminin

Une réécriture des blancs de la guerre civile algérienne

Séries:

Névine El Nossery

Face à un réel qui avait atteint une violence innommable et par défaut de consensus historique, les romancières algériennes, fatalement ébranlées par la recrudescence de la violence en Algérie avec la montée de l’intégrisme islamiste des années 1990, se sont armées de leur plume pour combattre cet obscurantisme impétueux. Tout en reconnaissant la difficulté de dire l’horreur, l’écriture romanesque fonctionne comme un détour, le seul souvent possible pour appréhender l’inimaginable et représenter l’irreprésentable et, surtout, en rendre compte pour ceux qui ne savent pas ou refusent tout simplement de le croire.
Témoignages fictionnels au féminin analyse les rapports existant entre le factuel et le fictionnel, entre témoigner et raconter, dans une conjoncture où de telles frontières semblent floues. À travers l’étude des « témoignages fictionnels » d’Assia Djebar, Malika Mokeddem, Leïla Marouane et Latifa Ben Mansour, ce livre tente de répondre à cette question si épineuse: jusqu’à quel degré la littérature est-elle capable de transcender sa propre littérarité à travers un mode d’expression figurative qui représente le réel même? En d’autres termes, comment la volonté de dire la vérité peut-elle s’allier à l’envie de faire de la fiction, sans que la question éthique compromette l’intention esthétique? Bref, comment écrire une fiction du réel?

Séries:

Edited by Marc Escola

La critique littéraire est-elle vouée par nature et fonction à rester un « discours second » entièrement subordonné à un texte premier qui peut seul prétendre à la dignité d’un discours créateur? L’interprète peut-il se départir de toute déférence à l’égard des décisions de l’auteur pour les regarder comme des choix parmi d’autres, de fragiles options ou des arrêts toujours révisables? Peut-on concevoir une forme de critique authentiquement créatrice qui s’émanciperait du respect attaché à la lettre du texte pour entrer dans l’élan dont l’œuvre est le produit, en tentant par exemple de lui offrir quelque supplément, voire en l’imaginant tout à fait autrement?
Les auteurs critiques ici réunis s’accordent à donner priorité au possible sur le réel, en traquant dans les œuvres déjà faites la trace de scénarios abandonnés ou de livres qui restent à écrire. Renouant parfois avec des convictions très anciennes – celles de la tradition rhétorique ou de la philologie – ils jettent les bases d’une théorie des textes possibles qui invite à aimer dans les grands textes littéraires non seulement le passé dont ils viennent mais aussi le futur qu’ils recèlent en puissance.

Une intention de salut

Essais sur la poésie française moderne

Séries:

John T. Naughton

Comment participer à ce que la vie a de divin – si on ne croit plus en Dieu ? Comment lui donner une signification, si on la sent privée du fondement ontologique qui autrefois lui garantissait sa cohérence? Que deviennent enfin l’ espérance, et surtout la charité, dans un monde où la foi ne semble plus praticable ? Voici les questions que ce livre propose d’aborder, en étudiant cinq réponses apportées par la poésie moderne à la crise métaphysique qu’elle se voit contrainte d’affronter. Celle de Baudelaire, dont le rapport à la tradition chrétienne est resté profondément ambigu. Celle de Rimbaud, dont le projet poétique a remis en cause cette tradition au nom d’une réinvention de l’amour et d’une réintégration de l’être. Celle de Claudel, seul à avoir vécu la foi sans équivoque, mais au prix d’un refus péremptoire de bien des aspects de la pensée moderne. Celles, pour finir, de Louis-René des Forêts et d’Yves Bonnefoy, conscients l’un et l’autre de venir « après les dieux », ce dernier pourtant voulant identifier poésie et espoir, et affirmant avec insistance que « l’acte vraiment moderne est de vouloir fonder une vie ‘divine’ sans Dieu ».