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Résumé

Léopold Sédar Senghor, poète de la négritude et intellectuel engagé, se lance à la recherche d’une identité noire dans un contexte colonial, en faisant appel à l’Afrique mythique d’un âge d’or perdu. Jean-Paul Sartre analyse ce mouvement naissant en transférant un personnage de la mythologie gréco-romaine vers le continent africain. Cet article, basé sur une approche comparative, montre que le renvoi au mythe classique fait du poète de la négritude un Orphée noir en quête de ses racines africaines pour en arracher la négritude, comme Orphée descend dans les entrailles de la terre pour y retrouver sa femme Eurydice. Contrairement au mythe initial, le mythe senghorien est tourné vers la redécouverte d’un passé mais également vers un avenir qui se caractérise par l’affirmation des valeurs culturelles africaines. L’âge mythique de la négritude n’aura pas été une quête stérile mais plutôt une étape transitoire en réponse au problème particulier de la place de l’Homme noir dans le monde et à la question universelle de l’acceptation de la différence.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps
Author: Salomé Paul

Résumé

Dans la tragédie Hippolyte d’Euripide, l’existence du désir sexuel de Phèdre, ainsi que son expression, apparaissent comme une transgression des lois socio-naturelles régissant les rapports entre les femmes et les hommes dans la démocratie athénienne du V e siècle. Cette conception de la sexualité féminine comme aberrante et criminelle transcrit corporellement la situation des femmes dans la société androcentrique qu’était l’Athènes de l’époque classique. Le caractère patriarcal que possède la tragédie grecque, et qui est illustré dans l’Hippolyte d’Euripide, a été mis au jour par les recherches féministes menées depuis les années 1970, ainsi que par les transpositions contemporaines créées à partir du corpus tragique antique, ces dernières offrant notamment une représentation différente de la condition et de la sexualité féminines. Trois femmes dramaturges ont transposé la figure de Phèdre sur la scène européenne au XX e et au XXI e siècles: Marguerite Yourcenar dans Qui n’a pas son Minotaure? en 1956/1957, Sarah Kane dans Phaedra’s Love en 1996, et Marina Carr dans Phaedra Backwards en 2011. Toutes trois usent du corps sexualisé des personnages, qu’il soit mis en scène ou décrit dans les dialogues, pour construire le propos de leur pièce. Toutefois, ces représentations présentent de nombreuses divergences qu’il est possible d’associer au rôle différent attribué à Phèdre dans chacune de ces transpositions. La caractérisation de l’héroïne apparaît en effet comme un révélateur de la place qu’occupent les problématiques féminines et féministes au sein des œuvres dramatiques transposées.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps
Author: Christa Stevens

Résumé

L’invisibilisation du corps féminin trouve son point focal dans celle de son sexe. Alors que dans la société occidentale d’aujourd’hui les images de femmes nues abondent, surexploitées, commodifiées, sexualisées, celle du sexe féminin ne se montre qu’au bout d’un processus de manipulation et d’appropriation. Ce statut d’invu et d’irregardable, frôlant l’obscène et l’interdit, suggère que la figure de la Méduse mythique, et notamment sa relecture par Freud, continue à hanter l’imaginaire occidental. Sans évoquer la figure mythologique directement, Marguerite Duras, dans une série de courts récits – L’Homme assis dans le couloir, La Maladie de la mort, Les Yeux bleus cheveux noirs – a lancé un défi à la persistance de ce mythe en élaborant des scènes où une femme offre son sexe à voir, à un homme. Il s’agira d’analyser les modalités de ces scènes où, à travers une focalisation masculine, se jouent les notions de l’obscène, de l’apotropaïque et de l’abject, et une mise en crise de la différence sexuelle.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps

Résumé

Le mythe ancien de Déméter et Perséphone décrit le développement des femmes dans un environnement patriarcal. La nourriture et le refus de manger occupent une place importante dans l’histoire de la jeune déesse Perséphone et de la séparation d’avec sa mère Déméter, la déesse de l’agriculture et de la moisson. En psychologie contemporaine, le mythe est souvent utilisé comme un modèle anachronique pour expliquer les troubles nutritionnels – l’anorexie et la boulimie. Cet article examine la grève de la faim et le symbolisme alimentaire dans quatre versions du mythe de différentes époques et langues, représentant divers genres: l’Hymne homérique à Déméter, les Métamorphoses d’Ovide, la poésie de Lotta Olsson, poétesse suédoise, et la bande dessinée Hades de George O’Connor, illustrateur américain. Il s’avère que l’esthétique du renoncement à l’alimentation est inscrite dans le mythe bien avant le développement d’un modèle de maladie psychiatrique. La logique anorexique qui prédomine dans les diverses adaptations du mythe de Perséphone fournit des informations sur les idéaux de la féminité et sur les possibilités de rupture avec une culture misogyne et hostile au corps. Après une présentation du mythe et des concepts théoriques médicaux, littéraires et féministes utilisés pour démontrer une certaine continuité concernant le refus volontaire de manger, les quatre textes primaires seront examinés au regard des aspects thématiques de l’alimentation, de la sexualité, de la résistance, de l’émancipation et de la corporéité.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps

Résumé

Le mythe n’existe pas en dehors de l’imaginaire – autrement dit, l’imaginaire, la visualisation d’une image, d’une figure (mythique) est la condition sine qua non pour la transmission des savoirs (mythiques). En ce sens, c’est l’imaginaire qui, lors de la transmission des savoirs par le biais des récits mythiques, crée des images mentales qu’il amplifie au besoin – selon l’attitude, les réseaux, l’organisation intime des personnes qui se forment une perception, d’abord intérieure, d’un phénomène évoqué par un récit. En sens inverse, après la phase où l’imaginaire individuel fabrique des monstres, les représentations visuelles (le plus souvent artistiques), qui en sont le résultat « tangible », vont ensuite les rendre disponibles aux autres. Ainsi se forme une image partagée, collective, dirait-on – la collectivité pouvant être large ou restreinte – que l’imaginaire individuel reçoit et adapte à ses propres perceptions, en fonction aussi des croyances admises et intégrées par un individu. Dans cette optique, il s’agira de comprendre – autant qu’il se peut – comment s’est créée l’image de la Méduse monstrueuse et pourquoi. Toujours est-il que cette figure incarne la complexité mythique par excellence, étant à beaucoup d’égards fuyante, insaisissable, mais aussi sujette, comme tout mythe, aux transformations nécessaires dont le résultat, tout particulièrement dans l’imaginaire contemporain, propose une Méduse forte et indomptable, mais au caractère conciliant, bénévole, et bénéfique pour l’art et la créativité, surtout au féminin.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps
In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps
Author: Cheryl Toman

Résumé

Dans La Femme aux pieds nus (2008), le deuxième roman de Scholastique Muskasonga, écrivaine rwandaise de renom, le lecteur constate deux corps maternels – le Rwanda, le pays natal de l’auteure, et la mère de Mukasonga, Stefania. Julia Kristeva décrit le corps maternel comme une «polyphonie» (2017). Dans le contexte rwandais, cette polyphonie se compose de vivants accompagnés de voix des hommes, des femmes et des enfants morts du génocide en 1994. Stefania n’était qu’une de ses victimes. Pour Mukasonga, les mythes de son peuple, les Tutsi, sont d’une grande importance pour pouvoir reprendre possession de l’histoire des Rwandais. Mukasonga privilégie dans son roman des mythes bibliques et tutsi, mais il y a aussi des mythes inventés ou réécrits. Il est pourtant probable que le lecteur occidental ignore les mythes tutsi, comme celui de Ruganzu Ndori, roi du royaume rwandais au XVI e siècle, connu pour ses pouvoirs mystiques. Les colons belges ont propagé leur propre version des origines des Tutsi et le génocide s’est avéré être le véritable aboutissement d’une guerre des mythes. Cet essai se concentrera surtout sur deux chapitres de La Femme au pieds nus, «Le pays des contes» et «Des histoires de femmes», dans lesquels Mukasonga infuse sa langue maternelle, le kinyarwanda, pour souligner une réappropriation des mythes tutsi «violés» par des Occidentaux. La réécriture des mythes chez Mukasonga suggère une sorte de recomposition du corps maternel absent. Ces mythes revisités représentant les voix éteintes du passé visent à aider non seulement leur auteure mais aussi la société rwandaise à se relever d’un passé marqué par la violence.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps

Résumé

Cette étude examine le processus de mythification de la Shoah et analyse la manière dont il s’est opéré en trois étapes : d’abord, le glissement sémantique du nom d’Auschwitz, devenu métonymie de la violence génocidaire ; puis, le recours à la mythologie grecque, notamment au mythe d’Orphée et Eurydice, chez Charlotte Delbo et d’autres survivant.e.s pour inscrire leur récit dans une intertextualité anhistorique ; enfin, la mythification de la Shoah dans les récits apocalyptiques de deux écrivaines des deuxième et troisième générations respectivement, Cécile Wajsbrot et Sarah Chiche. Ainsi, il apparaît que le mythe de la Shoah remplit une fonction prophétique en facilitant l’avènement de la mémoire anticipatoire tout en permettant de dépasser les discours victimaires à l’œuvre dans les récits de l’extrême contemporain, dans l’optique d’élaboration de nouvelles structures narratives et d’expérimentation de nouvelles formes d’écriture de soi afin de transcender les frontières génériques. Ce mythe permet aussi l’inscription de la problématique du genre et du corps dans le contexte génocidaire de déshumanisation et désincarnation.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps
Author: Irène Kristeva

Résumé

L’article se propose de confronter les manifestations de l’érotisme émanant du corps voilé ou dévoilé de Diane, telles qu’elles se dégagent dans l’œuvre de trois érudits majeurs de notre temps. Le goût pour le mythe de Pierre Klossowski, Pascal Quignard et Roberto Calasso s’exprime, entre autres, dans leur passion commune pour les Métamorphoses d’Ovide. Or, malgré leur admiration pour la représentation du mythe par le poète prodige, ils sont conscients que l’unique chance d’en assurer la survie aujourd’hui réside dans sa recréation continue. Ainsi, nous allons analyser les relations éphémères instaurées par les métamorphoses de Diane, la gardienne de la chasteté, la séductrice redoutable, la souveraine de la chasse, en essayant d’en délimiter les perceptions particulières : une tentatrice involontaire pour Klossowski, une prédatrice exhibitionniste pour Quignard, une amazone impitoyable pour Calasso. Notre objectif sera de prouver, d’une part, que sa beauté fascinante exerce une attraction irrépressible qui incite le désir de pénétrer l’inconnu, le non-révélé, le dissimulé, et de démontrer, d’autre part, que ses métamorphoses offrent l’occasion d’aller en amont de l’animalité originaire.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps

Résumé

Certains critiques ont défini le mythe comme une parole relatant un événement et portant un message dont l’origine reste non identifiable. Marguerite Duras explore de façon créative la nature du récit mythique et des possibles identités de ses auteur et destinataire, par le biais du cinéma, tout en respectant les mécanismes qui assurent son universalité (comme l’effacement du genre de la voix et la superposition des temporalités). Partant des plus anciennes traces de la présence humaine sur terre, elle transporte le premier discours mythique, non écrit, jusqu’à nos jours. Cette trace, c’est la main négative, caractéristique de l’art du Paléolithique supérieur, dans laquelle Duras perçoit un cri d’amour. Le court-métrage qui s’y rapporte, et dont il est question ici, mêle passé et présent par l’usage d’un récit oral ne correspondant en rien au récit visuel qui l’accompagne: l’un parle au nom d’un homme préhistorique; l’autre montre des images sombres d’un Paris qui s’éveille, où seules des silhouettes noires nettoyant les rues se distinguent peu à peu. En actualisant le récit mythique dans un contexte socio-politique qui reste pertinent, Duras nous alerte sur l’inhumanité des sociétés modernes et nous interpelle quant à notre relation à l’Autre, révélant que l’invisibilité des êtres provient d’un aveuglement collectif consenti. Pour Duras, cet état de transparence universelle qu’elle perçoit de manière humaniste passe en premier lieu par elle-même, en tant que narratrice à la voix spectrale d’un récit mythique, Les Mains négatives, et en tant qu’attributaire et légatrice d’un amour atavique.

In: Le mythe au féminin et l’(in)visibilisation du corps