Sarah Demart, Bénédicte Meiers and Anne Mélice

Resumé

L’Église kimbanguiste (EJCSK), les Églises de réveil, le Ministère du Combat Spirituel du couple Olangi, sont trois mouvements religieux d’origine congolaise affirmant un christianisme africain affranchi des assignations coloniales et néocoloniales. Bien que ces mouvements soient irréductibles les uns aux autres sur le plan historique, ils sont tous travaillés par la thématique du combat spirituel. Sur la base de recherches menées au sein de ces mondes religieux plurilocalisés, les auteurs examinent la redistribution temporelle et spatiale des territoires sorciers. Après avoir rappelé les métamorphoses de la sorcellerie dans la société congolaise depuis les années 1990, les pratiques et les discours relatifs à la sorcellerie sont examinés pour chacun des mouvements. Les recompositions religieuses qu’engage la migration en Europe sont ensuite mises en perspective en posant la question de savoir dans quelle mesure ces pratiques et discours en situation migratoire activent le référent postcolonial. Si le projet migratoire est avant tout un projet de réalisation de soi et d’affranchissement pour les adeptes du combat spirituel, il est en même temps associé à une entreprise de rédemption d’une Europe jugée en perdition, et même, selon les kimbanguistes, en proie à la sorcellerie. Ce fond commun supporte toutefois aussi des divergences. Tandis que la migration est associée à une reformulation des discours sur la famille pour les olangistes et à une forte transformation des discours et des pratiques de délivrance au sein des Églises de réveil, le déplacement en Europe correspond au contraire pour la diaspora kimbanguiste, à une confrontation accrue avec un territoire considéré comme éminemment sorcier.