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Jean-Charles Coulon

Résumé

Les 11 et 12 mai 2007 eut lieu un colloque sur le « Picatrix entre Orient et Occident ». Le thème central du colloque concernait un traité de magie, la Ġāyat al-ḥakīm (Le but du sage), attribué à al-Maǧrīṭī et traduit en latin au xiiie siècle sous le titre de Picatrix. Si les actes de ce colloque viennent combler un certain manque historiographique autour de l’histoire de la magie en Islam, ils soulèvent également de nombreuses questions. La vocation universalisante des approches des chercheurs en Occident médiéval chrétien semble inégale entre un évident souci de rigueur historique pour l’Occident, moins développé pour l’Orient. La difficulté de ces textes médiévaux de nature protéiforme rend en outre leur étude particulièrement difficile et certaines conclusions, de fait, méritent d’être nuancées ou interrogées.

Building al-Būnī’s Legend

The Figure of al-Būnī through ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī’s Shams al-āfāq

Jean-Charles Coulon

From the fourteenth century onward, the figure of al-Būnī (d. 622/1225) became the greatest authority in the science of letters (or sīmiyāʾ). His life was not well known in the Middle Ages but some hagiographical notices concerning him circulated. The purpose of this article is to establish ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī’s (d. 858/1454) part in the process of building al-Būnī’s legend. Indeed, ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī’s renowned Shams al-āfāq fī ʿilm al-ḥurūf wa-l-awfāq (The Sun of the Horizons: The Science of Letters and Magic Squares) established al-Būnī the premier authority in the science of letters. Although the Shams al-āfāq clearly aimed to position the science of letters in a mythical background (with biblical references, for example), it also portrayed the Sufi environment in which al-Būnī was thought to live. The biographical notices in which al-Būnī is quoted can help us to understand how al-Bisṭāmī wrote an apparently self-consistent picture of the emergence and transmission of the science of letters. Moreover, some mystical pedigrees in the Shams al-āfāq indicate that this treatise must be one of the sources of the later Shams al-maʿārif al-kubrā since they are almost identical in both texts. Thus, the Shams al-āfāq was an important stage in the diffusion of the image of the figure of al-Būnī and the works attributed to him.

La figure d’al-Būnī (m. 622/1225) devint la plus importante autorité dans la science des lettres (ou sīmiyāʾ) à partir du xiv e siècle. Sa vie n’était pas très bien connue au Moyen Âge mais des notices hagiographiques circulaient. Le but de cet article est de mettre en évidence le rôle de ʿAbd al-Raḥmān al-Bisṭāmī (m. 859/1454) dans la formation de la légende entourant al-Būnī. En effet, son célèbre Shams al-āfāq fī ʿilm al-ḥurūf wa-l-awfāq (Le soleil des horizons: la science des lettres et des carrés magiques) fit d’al-Būnī une autorité majeure dans la science des lettres. Bien que ce travail a clairement pour but de resituer la science des lettres dans un contexte pseudo-historique légendaire (avec des références bibliques par exemple), il décrit également le milieu soufi dans lequel al-Būnī était réputé avoir vécu. Les notices biographiques dans lesquelles al-Būnī est mentionné peuvent nous aider à comprendre comment al-Bisṭāmī écrivit un panorama de l’émergence et de la transmission de la science des lettres cohérent en apparence. En outre, quelques chaînes de transmission du Shams al-āfāq indiquent que ce traité fut une des sources du Shams al-maʿārif al-kubrā. Ainsi, le Shams al-āfāq fut une étape importante dans la diffusion de la figure d’al-Būnī et des ouvrages qui lui furent attribués.

This article is in French.

Jean-Charles Coulon

Résumé

À la fin de l’époque médiévale, les cercles du pouvoir se sont beaucoup intéressés aux sciences occultes. Que l’on étudie les civilisations chrétienne ou islamique, on constate que des gouverneurs, leurs conseillers ou leurs agents faisaient la promotion de l’astrologie, de l’alchimie, de la magie, etc. À titre d’exemple, nous trouvons des copies de l’ouvrage de magie le plus important de l’Islam médiéval, le Šams al-maʿārif wa-laṭāʾif al-ʿawārif, avec des dédicaces pour des personnalités de premier plan. Les origines de ce traité demeurent obscures, d’où la paucité des recherches sur son contexte historique. Attribué à Abū l-ʿAbbās al-Būnī, un soufi maghrébin que l’on suppose mort en 622/1225, il pourrait plutôt avoir été écrit à la fin du vii e/xiii e siècle ou dans la première moitié du viii e/xiv e siècle, à l’époque mamelouke. La tombe d’al-Būnī était l’objet de visites en tant que lieu de pèlerinage soufi et le Šams al-maʿārif est réputé contenir les secrets de ce šayḫ, connu comme étant « celui dont les prières sont exaucées » (muǧāb al-daʿawāt). Notre propos ici est d’analyser ces éléments du Šams al-maʿārif qui contiennent une dimension historique ou politique afin de mettre en évidence des perspectives politiques et l’influence de la pensée politique sur cet ouvrage. Certains éléments peuvent nous informer sur le contexte historique de l’écriture de ce livre.