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La réconciliation des hérétiques et des pénitents en Occident, du IIIe siècle jusqu’à Grégoire le Grand
Quand Dieu fait don de l’Esprit aux croyants, comment l’Esprit est-il conféré ? L’Esprit peut-il être perdu ? Laurence Decousu s’attache à répondre à ces questions en étudiant comment l’Église ancienne réconciliait les pénitents et ceux qui s’étaient séparés d’elle. Depuis le Moyen-Âge, la théologie catholique pense que l’Esprit est donné à travers des rites célébrés une fois pour toutes : baptême, confirmation, ordre. Or l’Église des Pères n’a pas vu ces rites comme transmettant l’Esprit et ses effets. Pour eux, recevoir l’Esprit dépendait d’une initiative divine, à la fois directe, libre et souveraine. Cette étude représente une contribution importante pour renouveler la pneumatologie, la pastorale, et les relations œcuméniques.

When God gives the Spirit to believers, how is the Spirit conferred ? Can the Spirit be lost ? Laurence Decousu answers these questions by studying the reconciliation of penitents and those who have separated themselves from the Church. Ever since the Middle Ages, theology has held that the Spirit is given through rites celebrated once for all : Baptism, Confirmation, Order. The Church Fathers did not see these rites as transmitting the Spirit and the effects of the Spirit. For them, reception of the Spirit depended on a divine initiative that was direct, free and sovereign. This study is an important contribution to the renewal of pneumatology, pastoral practice and ecumenical relations.
In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne
In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne

Abstract

Les documents produits par la querelle baptismale africaine du IIIe siècle constituent les premiers témoins des rites effectués dans la réconciliation des hérétiques et des pénitents en Occident. Ils sont aussi à la base des débats sur le sens du rituel depuis le XVIe siècle. Parmi ces documents, le De rebaptismate, ouvrage anonyme méconnu, dont il convient de questionner l’origine, la datation, et la visée. Deux traditions en concurrence sur le sol africain ont provoqué la querelle baptismale. L’hypothèse d’une christianisation de l’Africa romana par deux foyers de diffusion distincts : l’un à l’ouest (Tingitane-Césarienne), en lien étroit avec la Bétique, l’autre à l’est (Proconsulaire-Numidie), explique l’existence de ces deux traditions en Afrique, qui finissent par se confronter l’une à l’autre au milieu du IIIe siècle. C’est un concile de Numidie qui est le premier témoin des tensions survenues entre les tenants de ces deux traditions, et qui déclenche la controverse officielle. Le De rebaptismate apparaît comme une apologie que l’auteur adresse à son propre camp, alors que celui-là se divise par la défection de plusieurs évêques maurétaniens séduits par la coutume anabaptiste en usage en Numidie.

In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne

Abstract

Les documents relatifs à la réconciliation des Novatiens ont engendré plusieurs polémiques parmi les commentateurs modernes. Ces documents permettent pourtant de commencer à mieux saisir les principes pneumatologiques qui sont à l’origine d’un certain nombre de pratiques anciennes non élucidées, concernant l’usage de l’imposition des mains associée au don de l’Esprit dans l’initiation, les ordinations, et la réconciliation des séparés et des pénitents, laïcs et clercs. Les communautés chrétiennes ont opéré un discernement au cours des deux premiers siècles de leur histoire. Une véritable théologie de l’observation est à l’origine de ce discernement concernant la possession ou la vacance de l’Esprit chez un croyant. À l’origine, on n’impose pas la main à celui qui est déjà en possession de l’Esprit, mais seulement à celui qui l’a perdu ou qui ne l’aurait pas encore reçu. Cette pneumatologie a continué de fonctionner après la fixation des rites dans les liturgies de l’initiation et des ordinations. L’imposition des mains postbaptismale effectuée sur les néophytes avait la même finalité que celle effectuée sur les clercs dans les ordinations ; elles ont une origine commune : l’épiclèse associée à ces impositions des mains demandait à Dieu de donner son Esprit au néophyte ou à l’ordinand au cas où ceux-ci ne l’auraient pas reçu. En vertu de cette pneumatologie, ces impositions des mains étaient réitérées dans la réconciliation des laïcs (d’origine catholique ou séparée), et tout autant dans la réconciliation des clercs (d’origine catholique ou séparée) quand ceux-ci étaient reçus dans leur rang : soit parce que ces deux catégories de pénitents, laïcs et clercs, avaient perdu l’Esprit (cas des pénitents d’origine catholique) ; soit parce qu’elles ne l’avaient encore jamais reçu (cas des séparés). Ce chapitre expose aussi plus précisément les modalités d’application des règles pénitentielles à l’égard des clercs faillis, ou d’origine séparée, réconciliés dans leur rang moyennant une dispense exceptionnelle. Il montre en outre la continuité du rituel à l’égard des Novatiens durant toute la période patristique.

In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne
In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne
In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne
In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne

Abstract

Ce chapitre montre la continuité du rituel à l’égard des Donatistes également. Il présente d’abord l’apport de la documentation canonique en matière de réconciliation des Donatistes, laïcs et clercs, en Afrique aux IVe et Ve siècles. Il souligne ensuite l’apport précieux d’Augustin pour éclairer les principes pneumatologiques qui gouvernaient la réitération de l’imposition des mains associée au don de l’Esprit dans la réconciliation des séparés et des pénitents. Ces principes s’expliquent par une conception de l’effusion de l’Esprit très éloignée du modèle scolastique élaboré à l’époque médiévale : pour l’Église ancienne, la communication de l’Esprit avec ses dons résulte de l’immédiateté d’un agir divin libre et souverain ; elle n’est pas le fruit d’une transmission résultant d’un rite agissant ex opere operato accompli une fois pour toutes. L’imposition des mains, rappellera Augustin, « n’est qu’une prière » ; et d’ailleurs, « on peut la réitérer ». Les rites du culte chrétien ne sont pas considérés comme l’assurance ou la garantie d’un don effectif de l’Esprit. Les usages de l’Église ancienne dans la réconciliation des pénitents montrent comment la perte de l’Esprit par le pécheur conduisait à prier pour une nouvelle initiative de la part de Dieu, consistant en une réédition du don de l’Esprit en faveur du pécheur repenti. Enfin, comme pour les Novatiens, on note aussi qu’aucune onction n’était pratiquée dans la réconciliation des Donatistes : ni en Afrique, ni en Gaule, ni en Hispanie (hormis Barcelone), ni à Rome.

In: La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne