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  • Author or Editor: Stéphane Chaudier x
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Résumé

Puisqu’il y a style, il y a donc promesse que, sous l’opportunisme et le jeu des circonstances, se cache un étymon spirituel, qui est comme le levain du désir enfoui dans la pâte de l’histoire littéraire, et la fait lever. L’idée de changer de style arrache le style à l’infâmant et inusable reproche d’essentialisme, qui conjoint le monolithisme et l’artificialité : dans la morne idée de style (substantif lourdement singulier, renvoyant à de l’exemplaire, du défini-définissable), conçu comme une construction abstraite, le change stylistique introduirait l’image du primesaut, du charme et de la surprise : puisqu’il change, le style devient une idée romanesque. Mais le change n’est-il pas une hypothèse ontologique trop séduisante pour ne pas être coûteuse ? Echenoz me semble un excellent poste d’observation pour servir de tremplin à une querelle argumentée entre la continuité affectée de quelques variations de surface (thèse unitariste) et la discontinuité (thèse pluraliste). De 1979, Le Méridien de Greenwich, à 2016, Envoyée spéciale, qui renoue avec la veine du roman divertissant (roman policier, d’espionnage, d’aventures, de quasi science-fiction), le style d’Échenoz a-t-il changé ? Y a-t-il des hapax stylistiques dans cette œuvre : Jérôme Lindon (hommage, 2001), Caprice de la reine (nouvelles, 2014), 14 (roman historique, 2012) ? La série des récits biographiques (Ravel, Courir, Des éclairs) crée-t-elle une rupture au sein des romans ? Ou faut-il supposer qu’un même et unique boulevard stylistique permet d’assurer le flux continu du discours échenozien, celui-ci étant caractérisé par la permanence de son ironie à la fois joueuse et nihiliste, qui ne fait que changer d’objets, en allant des plus particuliers (situations diverses), aux plus généraux : les genres, puis la narration elle-même, et enfin la prétention à tenir un discours, quel qu’il soit, tout finit par passer, inévitablement, à la moulinette d’un inépuisable opérateur langagier de scepticisme. Bref, d’un style – postulant et prescrivant une sorte de désenchantement qu’aucun enchantement n’aurait jamais vraiment précédé.

In: Changer de style
In: Marcel Proust Aujourd’hui 9
In: Marcel Proust Aujourd’hui 9

Résumé

Puisqu’il y a style, il y a donc promesse que, sous l’opportunisme et le jeu des circonstances, se cache un étymon spirituel, qui est comme le levain du désir enfoui dans la pâte de l’histoire littéraire, et la fait lever. L’idée de changer de style arrache le style à l’infâmant et inusable reproche d’essentialisme, qui conjoint le monolithisme et l’artificialité : dans la morne idée de style (substantif lourdement singulier, renvoyant à de l’exemplaire, du défini-définissable), conçu comme une construction abstraite, le change stylistique introduirait l’image du primesaut, du charme et de la surprise : puisqu’il change, le style devient une idée romanesque. Mais le change n’est-il pas une hypothèse ontologique trop séduisante pour ne pas être coûteuse ? Echenoz me semble un excellent poste d’observation pour servir de tremplin à une querelle argumentée entre la continuité affectée de quelques variations de surface (thèse unitariste) et la discontinuité (thèse pluraliste). De 1979, Le Méridien de Greenwich, à 2016, Envoyée spéciale, qui renoue avec la veine du roman divertissant (roman policier, d’espionnage, d’aventures, de quasi science-fiction), le style d’Échenoz a-t-il changé ? Y a-t-il des hapax stylistiques dans cette œuvre : Jérôme Lindon (hommage, 2001), Caprice de la reine (nouvelles, 2014), 14 (roman historique, 2012) ? La série des récits biographiques (Ravel, Courir, Des éclairs) crée-t-elle une rupture au sein des romans ? Ou faut-il supposer qu’un même et unique boulevard stylistique permet d’assurer le flux continu du discours échenozien, celui-ci étant caractérisé par la permanence de son ironie à la fois joueuse et nihiliste, qui ne fait que changer d’objets, en allant des plus particuliers (situations diverses), aux plus généraux : les genres, puis la narration elle-même, et enfin la prétention à tenir un discours, quel qu’il soit, tout finit par passer, inévitablement, à la moulinette d’un inépuisable opérateur langagier de scepticisme. Bref, d’un style – postulant et prescrivant une sorte de désenchantement qu’aucun enchantement n’aurait jamais vraiment précédé.

In: Changer de style