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Subject Highlights

Abstract

Dans ce chapitre, deux catégories d’Ariens sont distinguées : les Ariens de la romanité chrétienne au IVe siècle et les Ariens d’origine germanique. Les sources relatives à la réconciliation des Ariens issus de la romanité chrétienne montrent des modalités d’application du rituel inchangées au IVe siècle. En revanche, les modalités de réconciliation des Ariens d’origine germanique en Gaule, en Hispanie, et en Italie, révèlent une adaptation majeure à leur égard : les Ariens des tribus barbares sont dispensés d’une réconciliation par la pénitence canonique, en vertu de leur statut militaire incompatible avec la réglementation post-pénitentielle (excepté en Afrique). Une onction est par ailleurs pratiquée dans le cadre de leur réconciliation en Gaule et en Hispanie. Cette chrismation est la réitération d’un rite déjà reçu dans les assemblées ariennes. Cette réitération n’est pas conditionnée par des impératifs pneumatologiques, mais résulte de la non-reconnaissance en amont du clergé arien germanique qui a confectionné le chrême de cette chrismation – cette non-reconnaissance ayant entraîné la nullité du chrême arien et donc des chrismations accomplies avec ce chrême. On observe toutefois des pratiques différentes en Italie et en Afrique, où aucune chrismation n’a été mise en œuvre dans la réconciliation des Ariens germaniques. En Italie cependant, la dimension christologique de la chrismation postbaptismale, et ses enjeux en contexte arien, ont poussé certains milieux cléricaux à revendiquer la nullité des chrismations ariennes – en vain semble-t-il –, malgré une reconnaissance du clergé arien dans cette partie de l’Europe. Enfin, les dernières sections de ce chapitre énumèrent les différents documents romains produits jusqu’à Grégoire le Grand, relatifs à la réconciliation des Ariens germaniques, des Nestoriens, et des Monophysites. Cette documentation témoigne d’une évolution dans la réconciliation des séparés. La grande Église a reconnu à des séparés, des Nestoriens et des Monophysites, la possibilité de recevoir l’Esprit dans la séparation. À la même époque, des juridictions occidentales vont même jusqu’à reconnaître la possession de l’Esprit à certains Novatiens et Donatistes. Enfin, on observe un autre type d’évolution dans la discipline pénitentielle à l’intérieur des frontières de la catholicité. Cette évolution intervient au niveau de la perception de la gravité des péchés qui auparavant entraînaient une perte ou une non-possession de l’Esprit. Les critères d’évaluation ne sont plus les mêmes qu’au IIIe siècle pour dire qu’un pécheur possède ou ne possède pas l’Esprit. La non-possession et la perte de l’Esprit vont peu à peu ne plus concerner que les cas les plus extrêmes, mais les critères d’évaluation varient encore jusqu’à l’époque mérovingienne, selon les juridictions ecclésiales en Europe et en Afrique.

La perte de l'Esprit Saint et son recouvrement dans l'Église ancienne

La réconciliation des hérétiques et des pénitents en Occident, du IIIe siècle jusqu’à Grégoire le Grand

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