Conclusion: Faire corps avec la matière digitale

in Ecritures digitales
Open Access

If the inline PDF is not rendering correctly, you can download the PDF file here.

1 Préambule

La conclusion de cet essai se propose de résumer les principaux points dans lesquels a été explorée la thèse énoncée dans l’introduction : en tant que nouvelle technologie, l’écriture digitale contribue à l’émergence « d’un nouveau rapport du corps de l’homme aux machines »1. Les liens contractés par l’écriture avec le corps via la matière digitale convient en retour à une réflexion sur le corpus textuel des Ecritures bibliques. Ecriture digitale – digital writing, et Ecritures digitales – digital Scriptures, sorties de la couverture et du corpus textuel, explorent et nouent de nouvelles relations au corps et au vivant, notamment via leurs productions multimodales.

A l’arrière-plan de cette thèse se tient donc le binôme écriture et Ecritures bibliques, qui se retrouve dans plusieurs réflexions symboliques et culturelles sur le tournant numérique. L’énoncé de Jean-Claude Carrière sur le livre qui a servi de grand angle aux « religions du Livre »2, de même que l’entrée sous forme d’un livre de vingt-sept mètres de haut à l’exposition allemande marquant les 500 ans de la Réforme3, sont autant de signaux culturels qui nous ont rappelé la manière dont la culture du livre et le christianisme ont pu être associés. Face à cela, le déploiement de l’écriture dans la matière digitale intrigue, dérange, fascine : nous avons vu qu’Umberto Eco considère qu’elle n’est absolument pas biologique4, tandis que Derrida nomme « séisme » la sortie du papier5, et que les récentes études en biologie nous montrent que l’usage des smartphones stimulent de nouvelles zones dans nos cerveaux6.

Inscrit dans ce contexte émergent, cet ouvrage a apporté sa part à la discussion sur les écritures qui font corps avec la matière digitale, en quatre grandes étapes. Les chapitres 1 et 2 ont abordé les conditions cadre de la réflexion sur les Ecritures et l’écriture digitales. Les chapitres 3 et 4 ont déployé l’argumentation de la thèse, respectivement pour l’écriture et les Ecritures digitales.

Le face-à-face du français avec l’anglais a occupé une part importante dans ce volume, tant dans sa forme que dans son contenu. Cette forme vise délibérément un double public linguistique, en offrant une version réduite du livre via des synthèses de chapitres. Mais ce compagnonnage linguistique vise ultimement le contenu, à commencer par le sous-titre de cet ouvrage qui révèle et explicite le titre français. A de nombreuses reprises, on a pu vérifier que chacune de ces deux langues avait sa sphère : ainsi, l’écriture embedded dans la matière digitale, un mot qui reste sans équivalent clair en français ; ou l’esprit qui rassemble mind et spirit.

Dans l’expérience d’écriture, j’ai plusieurs fois constaté que j’exprimais de façon légèrement différente ma pensée dans les deux langues. A l’issue de cette traversée, je suis plus convaincue que jamais qu’il se passe quelque chose d’important pour la quête intellectuelle en sciences humaines dans ce binôme linguistique, lieu d’expression désormais de nombreux chercheurs francophones. Ce sont de nouvelles conditions de déploiement de la pensée, ni bonnes, ni mauvaises en tant que telles, simplement différentes, et qu’il nous appartient d’explorer : j’ai tenté de le faire dans ces pages.

2 Sortir du livre

Le premier chapitre, « Les Ecritures hors du Livre », a dressé un tour d’horizon des points marquants de la rencontre des Ecritures bibliques avec la culture digitale, pour s’interroger sur la problématique centrale qu’elle pose à l’identité réformée : comment gérer la sortie du livre pour cette confession chrétienne qui s’est largement constituée autour de la culture du livre ? En effet, pour de nombreux théologiens réformés, « l’Ecriture occupe le lieu de l’origine »7, et fonde le rapport à la foi. Pourtant, un tour d’horizon des premières marques institutionnelles de la rencontre entre sciences bibliques et culture digitale montre que cette rencontre est en cours : masters et groupes de recherche sont désormais visibles, et c’est aussi le cas de la série qui accueille ce volume, Digital Biblical Studies 8.

Le rapport publié par la FEPS en 2016, Sola lectura ?, permet de comprendre à plus d’un titre ce qui est à l’œuvre en ce moment. Il enclenche la réflexion sur le devenir des Ecritures bibliques via le retour de l’oralité et leur évolution multimodale possible, texte, image, son9. Le point nodal est la comparaison des versions allemande et française quant à une expression : die Emanzipation der Schrift vom Buch, la dissociation entre l’écrit et le livre 10. Choisit-on de lire la révolution en cours comme une émancipation de l’écriture hors du livre, ou comme une dissociation entre écrit et livre? Tout est là. On peut avec profit se rappeler que le théologien Karl Barth souhaitait rejoindre une unsichtbare Gemeinschaft en rédigeant son commentaire sur l’Epître aux Romains11.

Pour que les théologiens et les « gens du Livre » prennent le tournant numérique, le regard et les réflexions interdisciplinaires et culturelles au sens large se révèlent indispensables. C’est ainsi que l’ouvrage de Maurice Olender, Un fantôme dans la bibliothèque, est à recommander comme une ressource importante pour à la fois prendre acte de ce que l’on quitte et percevoir ce qui déstabilise dans ce qu’on acquiert. Rappelant on ne peut plus fortement le lien entre support matériel d’écriture, archive et christianisme, cette archive « forme de la civilisation chrétienne »12, Olender a notamment cette expression judicieuse qui décrit notre incertitude face à la matérialité digitale : les « documents matériels immatériels »13.

Dans ce bouleversement qui va jusqu’à nos sensations familières – le matériel immatériel – un temps culturel long est requis pour comprendre ce qui est à l’œuvre, et notamment reconnaître qu’un certain vocabulaire religieux est venu parasiter un regard plus technique sur la matérialité numérique. On repère, en effet, de nombreux liens entre culture des Digital Humanities et vocabulaire à teneur religieuse, de l’enthousiasme de Roberto Busa14 au choix de traduire computer par « ordinateur », tel que le justifie Jacques Perret, auteur de cette traduction, en 195515.

Après la prise de conscience de cet arrière-plan culturel, le chapitre 1 s’est conclu par une présentation de l’arrivée de la culture digitale dans le champ de la critique textuelle du Nouveau Testament, lieu même de ces Ecritures qui sortent du livre, un changement décrit par David Parker comme « drastique » en 200816. Les nombreux projets en cours, l’entreprise de l’ECM lancée en lien avec l’informatique dès la fin des années soixante et la diversification récente des éditions du NT grec montrent que, bon an mal an, les Ecritures néotestamentaires sont sorties du livre, en partie du moins. Il y a là un lieu à observer dans son évolution, de même que les nombreuses innovations entre culture digitale et Bible, telles les applications YouVersion et GloBible 17, présentées au chapitre 4.

3 Nommer les Digital Humanities

Le chapitre 2, « Sauf le nom, nommer les Digital Humanities », s’est donné pour tâche de comprendre en profondeur ce que veut dire l’expression Digital Humanities en observant ce nom, dans la veine philosophique de Derrida18. L’enquête a souligné ce que ne contiendrait pas l’expression anglaise Digital Humanities, en observant ce dont ce nom se trouve gratifié en passant dans d’autres langues : le français introduit dans cette expression le terme d’« humanités », qu’elles soient digitales ou numériques ; et c’est l’« esprit » qui vient prendre sa place en allemand (digitale Geisteswissenschaften) et en hébreu (Ruaḥ Digitalit). Cette approche via les noms et les mots est d’ordre généalogique, et a apporté une contribution complémentaire à celles et ceux qui ont entamé la quête complexe d’une histoire des Digital Humanities 19. Elle devrait, bien sûr, être étendue à d’autres sphères linguistiques, chacune s’appropriant sous une modalité différente le label de DH.

La première partie du chapitre a analysé la double expression française humanités numériques/ humanités digitales, et a conduit non sans surprise à réaliser que son élément le plus signifiant n’est pas tant la double traduction de l’adjectif, que le retour en français d’un mot désuet, les « humanités », dont les significations jusqu’à l’Age Classique ont notamment compris les sens de « corps, chair »20. On peut par ailleurs se figurer qu’on parlera dans un avenir pas si lointain d’humanités digitalisées plutôt que digitales, puis simplement à nouveau des « humanités », selon une évolution que semble montrer par exemple la nouvelle revue Cahiers d’Agora : une revue d’humanités 21.

La seconde partie du chapitre a pris appui sur la suggestion faite par Milad Doueihi22 : revisiter la généalogie des humanités numériques depuis l’article phare d’Alan Turing, « Computing Machinery (1950) »23. C’est l’objection dite « d’Ada Lovelace » qui donne le plus de fil à retordre à Turing dans son article, et qui amène à analyser en détail son débat avec la scientifique du 19e siècle : un ordinateur, une machine peut-il/elle être à l’origine de quelque chose et penser ? De fait, qu’on lise Lovelace – et Luigi F. Menabrea qu’elle traduit –, qu’on lise Turing ou Vannevar Bush24, tous ces auteurs aboutissent à la thématique de l’esprit, sous ses diverses modalités que l’anglais découple entre mind et spirit, sans oublier le rôle que le cerveau/brain réclame de jouer dans la réflexion, et jusqu’à l’impensé/unthought, souligné à quelques décennies de distance par Nathalie Sarraute et Katherine Hayles25. Les manières dont l’allemand et l’hébreu traduisent Digital Humanities s’en trouvent d’autant plus éclairées par cette enquête autour de l’esprit, menée depuis les propos de Turing, fondamentaux dans la généalogie des DH.

Le chapitre 2 a ainsi démontré que l’identité des Digital Humanities se déplace, s’enrichit, se transforme au fur et à mesure qu’elle migre et est traduite dans d’autres langues. Le français pointe sur le corps avec le retour des « humanités » dans le langage intellectuel francophone ; l’allemand et l’hébreu pointent sur l’esprit, une thématique débattue dans l’histoire de l’informatique depuis Menabrea et Lovelace. L’attention au nom même des Digital Humanities permet de prendre la mesure du tournant épistémologique qu’elles signalent.

4 Ecrire dans la matière digitale

Ce chapitre s’est attaché à démontrer que l’écriture digitale, en tant que l’une des modalités des nouvelles technologies, appartient à l’émergence d’un « nouvel homme, d’un nouveau rapport du corps de l’homme aux machines », décrit par Derrida26. L’écriture se retrouve embedded dans la matière digitale, un terme que le français résiste à traduire de manière univoque – enclore, incorporer, encastrer, encapsuler, insérer –, signalant par là même une nouveauté encore à exprimer.

Pour prendre la mesure des transformations de l’écriture dans sa rencontre avec la matérialité digitale, ce chapitre a d’abord analysé les changements de rythme de cette transition, qui remet l’écrit face à la part d’oralité qu’il n’a jamais cessé de véhiculer, mais qu’il a parfois oubliée ou mise de côté. Pour ce faire, l’argumentation s’est appuyée tant sur des auteurs comme Henri Meschonnic27 que sur des exemples concrets, la place de l’oralité dans l’écriture se laissant percevoir de la note de bas de page au système d’encodage Unix28. C’est ensuite le lieu de l’écriture digitale qui a été sondé, en prenant d’abord la mesure de l’avertissement qu’adresse Bernard Stiegler face au risque de disruption dans ce tournant culturel29. La mémoire culturelle antique a ensuite été sollicitée pour penser le lieu d’écriture digitale. Pour l’approcher, il nous faut surmonter la répulsion ancestrale éprouvée devant la pierre d’Héraclée – la pierre magnétique – mise en scène par Platon dans Ion 30.

C’est ensuite le concept de la khôra antique qui a été sollicité pour décrire, un tant soit peu, ce lieu méconnu. La khôra a pu servir à décrire un lieu inconnu mais qu’on sait exister, comme le Penjab dans les expéditions d’Alexandre le Grand31. Dans la veine philosophique du Timée relu par Derrida, la khôra est un tritos genos qui met à l’épreuve le politique, qui nous est « comme » une mère tantôt nourricière, tantôt dévorante, « comme » une empreinte-réceptacle ni sensible, ni intelligible32. Ce lieu met au défi les « je » d’auteurs, historiens, écrivains, poètes, journalistes ou simples quidam, en les livrant à l’expérience de la porosité et de la collectivisation, une thématique développée en faisant notamment appel à Annie Ernaux et Antoinette Rouvroy33. L’enquête sur le « je » auctorial dans la culture digitale a abouti à la proposition suivante : pour conserver un tant soit peu notre puissance de sujet face à la gouvernance algorithmique, il ne nous reste qu’à cultiver notre for intérieur, qui reste inaccessible au for extérieur de cette gouvernementalité. Du moins tant que nous ne portons pas un casque AlterEgo qui lit dans nos pensées, peut-on ajouter non sans une ironie lucide34.

Dans cet espace délimité par le rythme, le lieu et le « je » auctorial de l’écriture digitale, le chapitre 3 a ensuite revisité certaines thématiques du dispositif classique de l’écriture livresque, pour évaluer ce que l’on quitte, ce qui se transforme et ce que l’on acquiert lorsqu’il mute dans la culture digitale. La couverture du livre et son dispositif appartiennent à ce que l’on quitte. L’index et la référentialité sont des dimensions qui ont déjà traversé des transformations de support d’écriture, et qui à présent mutent via le tournant numérique.

Au chapitre des nouveautés, la multimodalité et le code ramènent tous deux à la préoccupation du corps. Liant textes, images et sons, la multimodalité invite l’écriture digitale à toutes sortes d’expériences d’embedment avec les sens et la corporéité. Quant au code électronique, cette nouvelle grammaire de l’envers de l’écriture digitale, il est en rapport de voisinage de voisinage avec le code génétique : complexification de l’écriture de l’ADN et de l’écriture digitale vont de pair, jusqu’aux premières expériences de stockage de données dans l’ADN35. Ce chapitre a confirmé que l’écriture digitale appartient aux technologies qui engendrent un nouveau rapport du corps de l’homme aux machines.

5 Le corps des Ecritures digitales

Ce dernier chapitre a développé l’hypothèse du chapitre 3 pour les Ecritures bibliques : si l’écriture digitale, comme nouvelle technologie, participe à ce qui provoque un autre rapport du corps de l’homme aux machines, qu’est-ce que cela signifie pour ce corpus de textes millénaires, la Bible ? Un état des lieux de la recherche sur la Bible et son statut dans la culture digitale a commencé par montrer l’intérêt précoce des sciences bibliques pour le tournant numérique, avec la fabrication d’un premier outil entre Bible et informatique par John Ellison en 195736. En revanche, la première monographie sur le sujet n’a été publiée qu’en 2017, soit soixante ans plus tard37. L’état des lieux a mis en relief ce hiatus, issu du fait que le statut du texte biblique digital n’a pratiquement pas été discuté par les chercheurs en critique textuelle du Nouveau Testament (NTTC), qui ont au contraire mis les bouchées doubles pour faire entrer leur domaine dans l’ère digitale.

Les travaux pour éditer le NT en utilisant l’informatique ont été mis en route dès la fin des années soixante, pour préparer une nouvelle ECM, comme le rappelle la lecture de Kurt Aland et Bonifatius Fischer38. En francophonie, des projets tels La Bible informatique de l’Abbaye de Maredsous ou La Bible en ses traditions ou BiblIndex 39 ont vu le jour. Le choix de la CBGM de renoncer à la classification en grands types de textes est aussi à expliciter en fonction de l’apport de l’informatique, comme le montrent Tommy Wasserman et Peter Gurry40. Néanmoins, l’approche générale de la NTTC reste Lachmanienne, d’où, sans doute, l’absence de véritable discussion sur le statut du texte biblique digitalisé.

Si on observe ce qui se passe dans les débats entre DHers quant à l’édition digitale, la perspective est assez différente. En amont, Umberto Eco a pu annoncer la disparition de la notion de texte original41. De manière plus pragmatique, Elena Pierazzo souligne qu’une édition digitale est extensible et collaborative (crowdsourcing editing)42, tandis que Sarah Mombert précise qu’elle ne connaît que des limites de temps et de ressources43. Les chercheurs avancent aussi à des rythmes différents dans leurs appréciations des nouveautés : tandis qu’Haugen et Daniel Apollon estiment l’écriture bidimensionnelle et la page quasi indétrônable44, Mombert souligne que la possibilité d’éditer du contenu visuel et des textes, soit la multimodalité, est l’une des innovations principales de l’édition digitale45.

Pour comprendre ces transformations à l’œuvre, nous avons besoin de renouveler nos représentations symboliques du texte et de la textualité. Charlotte Touati rappelle que Deleuze et Guattari avaient déjà proposé le rhizome plutôt que l’arbre en 1976, et que Will Derks a suggéré le mycélium, appareil végétatif souterrain du champignon, comme métaphore pour rendre compte du phénomène littéraire indonésien, diffus, proche de l’oralité et qui a pris sa liberté face à l’imprimé46. Au mycélium, on pourrait articuler encore le blob, cet étrange organisme unicellulaire, ni plante, ni animal, en raison de sa capacité à transmettre son savoir par des mécanismes encore ignorés mais constatables47. On pourrait exprimer ainsi tout ce que nous ne savons pas encore sur la textualité digitale mais que, déjà, nous voyons à l’œuvre.

La première partie du chapitre 4 s’est terminée par la présentation des théologiens qui se sont exprimés sur le statut du texte biblique dans la culture digitale, redoutant souvent que la canonicité des Ecritures soit remise en question, comme l’exprime Jeffrey Siker48. Mais il ne tient pas compte des importants travaux de Tim Hutchings, notamment sur les deux applications bibliques YouVersion et GloBible 49, qui démontrent que le cadre classique évangélique est tout à fait maintenu dans ces applications50. Cet état de fait amène à analyser ce qui fait que les Ecritures digitales sont encore perçues comme immuables par les communautés chrétiennes, soit la notion de corpus textuel.

La deuxième partie de ce dernier chapitre commence donc par enquêter sur cette notion dans les éditions digitales, et soutient la proposition émise notamment par Mombert : l’édition digitale fait évoluer la notion de corpus textuel vers celle de collection digitale51, notamment via l’intégration de matériel multimodal52 ; ces collections « décanonisent » en provoquant la fin du statut éditorial marginal53. Cette évolution invite à repenser des métaphores séculaires dans la culture occidentale : le manuscrit perdu et retrouvé, et le fragment. En effet, fondamentalement, la culture digitale défragmente les données, selon le vocabulaire informatique, et recompose notre héritage culturel.

Ayant pris la mesure de cette transformation, nous avons ensuite revisité la discussion sur les catégories de textes chrétiens anciens à travers la question du support matériel d’écriture et constaté que leur évolution présente était toujours largement influencée par le contexte culturel chrétien. La question demeure ouverte de savoir comment ces corpus de textes vont évoluer dans les collections digitales où ils seront conviés.

Le dernier point a rappelé les exemples de liens entre textualité et métaphore du corps déjà rencontrés dans ce parcours, avec Lyotard commentant le volume et la peau à partir d’Ap 6, 14 et d’Augustin54, et en ajoutant encore d’autres exemples, comme He 9, 19-20. Le Nouveau Testament parle toujours du rouleau lorsqu’il évoque le support d’écriture, et non pas du codex, du livre55. Ce point méconnu a été l’occasion de se demander quand et comment était apparue l’appellation « religion du livre », pour la situer dans son contexte, la seconde moitié du 19e siècle, notamment via l’influence de Friedrich Max Müller56. Une lecture historique de ces données, du Nouveau Testament à l’époque contemporaine, permet de valider la conclusion du rapport de la FEPS Sola lectura ? : « das Christentum ist keine Buchreligion »57 ; ou tout du moins pas à toutes les époques et à tous les endroits. Seule une perspective différenciée est à même de rendre compte des divers éléments du dossier.

Le chapitre s’est conclu en proposant de considérer la multimodalité comme l’un des lieux privilégiés de rencontre avec le corps et la vivant, pour l’écriture et les Ecritures digitales. L’œuvre artistique d’Eduardo Kac Genesis nous aide à penser cette mutation58. Pour les communautés chrétiennes, elle signifiera certainement un retour vers l’oralité et les communautés, la personne devenant d’une certaine manière la garante des mots du texte, à l’image du pompier Montag de Fahrenheit 451, livre vivant de l’Ecclésiaste et de l’Apocalypse59. La suite nous dira ce que les uns et les autres feront de la matérialité multimodale de l’écriture et des Ecritures digitales.

1076 Derrida, Sur parole, édition Kindle, l. 484.
1077 Carrière – Eco, N’espérez pas, édition Kindle, l. 1290-1298.
1078 Voir Reformation 2017, <https://r2017.org/weltausstellung/welcome/>.
1079 Carrière – Eco, N’espérez pas, édition Kindle, l. 197-203.
1080 Derrida, « Le papier et moi », p. 34.
1081 Gindrat et al., « Use-Dependent Cortical Processing », DOI: <http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2014.11.026>; cité dans l’Introduction, p. 4-5.
1082 Gisel, « Apocryphes et canon », p. 230.
1083 Voir chapitre 1, p. 18.
1084 FEPS, Sola lectura ?, p. 7-8.
1085 SEK, Sola lectura ?, p. 10;FEPS, Sola lectura ?, p. 30.
1086 Barth, « Karl Barth & the Epistle to the Romans », <https://vimeo.com/90346827>.
1087 Olender, Un fantôme, p. 80.
1088 Olender, Un fantôme, p. 28.
1089 Busa, « Forword », <http://www.digitalhumanities.org/companion/> : « Digitus Dei est hic! The finger of God is here! ».
1090 Nieuwbourg, « Découvrez l’origine du mot ordinateur », <http://blog.museeinforma tique.fr/Decouvrez-l-origine-du-mot-ordinateur-invente-il-y-a-pres-de-55-ans-par-Jac ques-Perret-a-la-demande-de-IBM_a212.html>. Dernier accès 18.07.18 ; cité au chapitre 1, p. 29.
1091 Parker, An introduction to the New Testament, p. 1.
1092 YouVersion, <https://www.youversion.com/>; GloBible, <https://globible.com/>.
1093 Derrida, Sauf le nom.
1094 Berra, « Pour une histoire des humanités numériques », p. 621.
1095 Voir chapitre 2, p. 57-63.
1096 Les Cahiers d’Agora : revue en humanités, <https://www.u-cergy.fr/fr/laboratoires/agora/cahiers-d-agora.html>.
1097 Doueihi, « Préface. quête et enquête », p. 7-8.
1098 Turing, « Computing Machinery and Intelligence ».
1099 Lovelace, Notes on Menabrea’s Sketch, p. 691-731 & 732-735 ; Menabrea, « Notions sur la Machine Analytique de M. Charles Babbage », p. 352-376 ; Bush, « ‘As We May Think’ », <http://www.theatlantic.com/magazine/print/1945/07/as-we-may-think/303881/>.
1100 Sarraute, Tropismes ; Sarraute, L’Ere du soupçon ; Hayles, How we think ; Hayles, Unthought.
1101 Derrida, Sur parole, édition Kindle, l. 384.
1102 Meschonnic, Critique du rythme.; Meschonnic, Politique du rythme.
1103 Derrida, « Ceci n’est pas une note infrapaginale orale »; Stephenson, In the Beginning… Was the Command Line, édition Kindle, l. 937-947.
1104 Stiegler, Dans la disruption, p. 433-434.
1105 Platon, Ion et autres textes.
1106 Diodore de Sicile, La Bibliothèque historique, 17, 90, 5-6.
1107 Derrida, Khôra, Prière d’insérer et p. 53.
1108 Libr-critique. La littérature dans toutes ses formes, <http://www.t-pas-net.com/libr-criti que/dossier-annie-ernaux-3-annie-ernaux-cinq-avant-textes-des-annees/> ; Rouvroy, « La vie n’est pas donnée ».
1109 MIT Media Lab, « AlterEgo », <https://youtu.be/RuUSc53Xpeg>.
1110 Goldman et al., « Towards practical, high-capacity, low-maintenance information storage in synthesized DNA ».
1111 Jones, Roberto Busa, p. 13.
1112 Siker, Liquid Scripture.
1113 Aland, « Novi Testamenti Graeci Editio Maior Critica » ; Fischer, « The use of computer in New Testament studies, with special reference to textual criticism ».
1114 Bible pastorale de Maredsous, <http://www.knowhowsphere.net/Main.aspx?BASEID=MARP> ; La Bible en ses traditions, <https://scroll.bibletraditions.org/> ; BiblIndex, <http://www.biblindex.mom.fr/fr/>.
1115 Wasserman – Gurry, A New Approach to Textual Criticism, p. 13.
1116 Eco – Origgi, « Auteurs et autorité », p. 227.
1117 Pierazzo, Digital Scholarly Editing, p. 22.
1118 Mombert, « From Books to Collections », édition Kindle, l. 5248.
1119 Haugen – Apollon, « The Digital Turn », édition Kindle, l. 1057.
1120 Mombert, « From Books to Collections », édition Kindle, l. 5157.
1121 Derks, « A literary Mycelium », p. 373.
1122 CNRS, « Le ‘blob’ capable d’apprendre…», <http://www2.cnrs.fr/presse/communique/4837.htm>.
1123 Siker, Liquid Scripture, p. 69.
1124 <https://www.youversion.com/> ; <https://globible.com/>.
1125 Hutchings, « Design and the digital Bible », p. 215-216.
1126 Mombert, « From Books to Collections », édition Kindle, l. 5128.
1127 Mombert, « From Books to Collections », édition Kindle, l. 5157.
1128 Mombert, « From Books to Collections », édition Kindle, l. 5128.
1129 Lyotard, La Confession d’Augustin, p. 59.
1130 Clivaz, « Pratiques de lecture, identités et prise de conscience », p. 323-324.
1131 Müller, « Second Lecture Delivered at the Royal Institution ».
1132 SEK, Sola lectura ?, p. 7.
1133 Eduardo Kac, Genesis, <http://www.ekac.org/genesis.html>.
1134 Bradbury, Fahrenheit 451, p. 143.

If the inline PDF is not rendering correctly, you can download the PDF file here.