La dimension pragmatico-discursive du français en contact

L’exemple des consultations à la radio camerounaise

In: Journal of Language Contact
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  • 1 University of Bayreuth

The aim of this paper is two-fold : First it argues for a stronger consideration of the pragmatic and discourse level in research on language contact. Secondly it contributes to the pragmatics of a specific regional variety of French, namely Cameroonian French. Starting with a picture of the complex linguistic landscape of this multilingual African country, the paper stresses the importance of the pragmatic and discourse level by raising some of the crucial theoretical and methodological issues that a broader, usage-based view on language contact has to cope with. First it suggests that pragmatic and discourse conventions may be influenced by the local contact languages and secondly it emphasizes that they may not be specific to a language, but be shared by a much larger and encompassing community of discourse. A case study of Cameroonian radio phone-ins where callers seek advice on medical issues points out some of these conventions. Here the participants establish a specific participation framework that avoids direct interaction between caller and expert while the host is set in as a mediator. This global mitigation technique then allows for quite direct realisations of the advice at a local level.

Abstract

The aim of this paper is two-fold : First it argues for a stronger consideration of the pragmatic and discourse level in research on language contact. Secondly it contributes to the pragmatics of a specific regional variety of French, namely Cameroonian French. Starting with a picture of the complex linguistic landscape of this multilingual African country, the paper stresses the importance of the pragmatic and discourse level by raising some of the crucial theoretical and methodological issues that a broader, usage-based view on language contact has to cope with. First it suggests that pragmatic and discourse conventions may be influenced by the local contact languages and secondly it emphasizes that they may not be specific to a language, but be shared by a much larger and encompassing community of discourse. A case study of Cameroonian radio phone-ins where callers seek advice on medical issues points out some of these conventions. Here the participants establish a specific participation framework that avoids direct interaction between caller and expert while the host is set in as a mediator. This global mitigation technique then allows for quite direct realisations of the advice at a local level.

1 Introduction

À la mémoire de ma mère Hedwig Drescher

Au cours de la dernière décennie, on a vu augmenter le nombre d’études qui s’intéressent aux variétés non-hexagonales du français (Drescher et Neumann-Holzschuh, 2010). Cet intérêt croissant va de pair avec une reconnaissance de la diversité linguistique et un souci de décrire les normes régionales émergentes du français (Pöll et Schafroth, 2010 ; Blumenthal et Pfänder, 2012). La francophonie africaine est particulièrement intéressante sous l’angle de la dynamique linguistique, car il s’agit de régions d’un haut degré de multilinguisme et partant de situations de contact complexes avec des variétés de français où les effets acquisitionnels se mêlent aux influences du substrat.

Le Cameroun, pays plurilingue de l’Afrique centrale qui est au centre de notre étude, en constitue un exemple typique. Le but de notre recherche est double : d’abord elle vise à contribuer à une meilleure connaissance du français camerounais en analysant des consultations radiophoniques où les auditeurs exposent leurs soucis de santé. Ensuite elle voudrait stimuler la réflexion théorique sur la dimension pragmatique et discursive du contact linguistique, en abordant quelques défis méthodologiques posés par les recherches dans ce domaine. D’un point de vue théorique, notre étude se situe au carrefour de la pragmatique variationnelle, une branche récente de la linguistique née de l’intérêt pour la dimension pragmatique de la variation, et de la linguistique de contact. Rappelons que la linguistique de contact ‘classique’ est une approche diachronique et comparative. Or, pour des raisons que nous allons développer ultérieurement, de telles revendications s´avèrent difficile à satisfaire dans le cas de la pragmatique des français africains. Voilà pourquoi nous nous limiterons à un premier échelon dans cette démarche complexe en proposant une analyse synchronique basée sur des données empiriques du français camerounais, sans procéder à une comparaison explicite avec une de ses langues de contact. Car un préalable à toute analyse comparative est la connaissance des modèles intralinguistiques respectifs, dans notre cas les conventions génériques de la consultation en français camerounais et en langue(s) locale(s). Pour le moment, elles restent largement à découvrir. Aussi, notre but principal est-il de décrire les conventions propres au français camerounais, afin de préparer une comparaison ultérieure avec les modèles correspondants propres aux langues de contact.

Notre réflexion est cependant nourrie par l’hypothèse d’une influence des langues locales dans le domaine pragmatico-discursif. Le français tel qu’il est parlé au Cameroun a subi de multiples transformations, au cours desquelles les contacts avec les langues locales ont joué un rôle important. Les répercussions vont de l’emprunt lexical aux calques syntaxiques, en passant par la phonétique. Mais on peut présumer que les processus d’appropriation touchent aussi au niveau pragmatico-discursif. Or, dans la grande majorité des recherches, cette dimension pragmatico-discursive a été négligée. Ce sont les influences sur le système linguistique du français – inventaire phonologique, lexique, formes et structures morphosyntaxiques – qui ont dominé la discussion. Nous chercherons ici à attirer l’attention sur les phénomènes pragmatiques et discursifs en soulignant leur importance pour la linguistique de contact, et particulièrement pour les recherches sur les variétés non-hexagonales du français. Il relèvera d’études subséquentes de procéder à une comparaison avec les langues présentes dans l’écologie du français camerounais et de valider les hypothèses qui guident notre réflexion.

Notre article commence par une présentation du paysage linguistique camerounais (partie 2), suivie d’une discussion des recherches en linguistique de contact axée sur la dimension pragmatico-discursive (partie 3). Une quatrième partie est consacrée à une synthèse des travaux sur la consultation et à une présentation du corpus. La partie 5 contient les analyses des données, avant une brève conclusion.

2 Le paysage linguistique camerounais

Le paysage linguistique du Cameroun est extrêmement diversifié. Situé en Afrique centrale, ce pays est souvent considéré comme une « Afrique en miniature ». Il compte plus de 250 langues locales (dont quelques langues véhiculaires de diffusion suprarégionale) qui, après un passé colonial mouvementé, sont aujourd’hui coiffées par deux langues officielles, le français et l’anglais. Ancienne colonie allemande jusqu’à la première guerre mondiale,1 le Cameroun passe ensuite sous tutelle de la Société des Nations, qui confère le mandat pour la partie occidentale au Royaume-Uni, alors que la majeure partie du territoire est mise sous contrôle de la France. Le Cameroun français devient indépendant en 1960. La partie sud du Cameroun anglais, surtout chrétienne, le rejoint en 1961 suite à un plébiscite, tandis que la partie nord de l’ancien territoire anglais décide de rester nigériane. Dans ce Cameroun réuni, le français, langue officielle dans huit des dix régions dont celles de la capitale Yaoundé et du centre économique Douala, est la langue dominante, étant donné son poids démographique et politique, tandis que l’anglais est confiné aux deux provinces de l’ouest jouxtant le Nigéria. On y trouve aussi un pidgin-english, parlé dans toute la partie sud du pays avec Douala et Yaoundé, qui joue un rôle important dans la communication interrégionale et interethnique. De plus, le contact avec l’anglais et notamment son pidgin, a fait émerger le camfranglais ou francanglais (les deux termes renvoient à la même réalité), variété de français parlée surtout par les jeunes.2 Il apparaît donc que dans ce pays plurilingue, les contacts entre les langues locales (appelées aussi « langues nationales »), le français, l’anglais et le pidgin, sont multiples et fréquents. S’ajoute le fait que le français est généralement langue seconde (L2), selon les circonstances apprise à l’école ou sur le tas, et donc porteur de traces acquisitionnelles même si, dans des centres urbains comme Douala, très hétérogènes du point de vue ethnique et linguistique, on assiste actuellement au glissement vers la variété régionale du français comme première langue apprise (L1). Ce contact régulier et intense avec les langues présentes dans son environnement a largement contribué à façonner le français camerounais, qui a intégré les traces fossilisées d’une acquisition partielle ou incomplète dans son système linguistique. Ces traits sont constitutifs du FC et ils sont transférés aux générations ultérieures, même si elles apprennent le FC comme L1. Aux effets du contact linguistique s’ajoutent donc des phénomènes acquisitionnels fossilisés. En résumé, le français au Cameroun est tributaire d’influences variées, son écologie est complexe et, vu le plurilinguisme de son environnement, difficile à saisir dans sa totalité.

Aussi n’est-il guère surprenant que le français parlé au Cameroun connaisse une dynamique puissante, souvent décrite à l’aide des termes acrolecte, mésolecte et basilecte, empruntés aux études créoles. Les linguistes se sont surtout intéressés aux traits formels et structurels associés avec le niveau mésolectal. Ses caractéristiques phonétiques, lexicales et morphosyntaxiques ont fait l’objet de nombreuses études, alors que sa dimension pragmatico-discursive reste encore largement à découvrir.3 On sait toujours peu de choses sur les conventions qui règlent par exemple la réalisation des actes de langage, des schémas interactionnels ou des genres communicatifs. D’un point de vue variationnel, le niveau mésolectal est le plus saillant, car si l’acrolecte semble assez proche du français hexagonal, et si le basilecte peut se confondre avec les langues de contact locales, le mésolecte reste clairement identifiable comme du français, tout en se détachant nettement de sa forme hexagonale. Voilà pourquoi ce niveau est souvent considéré comme représentant ou noyau de la norme endogène. Lorsqu’on parle du français camerounais, c’est généralement à ce mésolecte que l’on fait référence.

Il reste que sa conception soulève un certain nombre de questions relatives à l’espace variationnel que nous ne ferons ici qu’effleurer.4 Soulignons simplement que le FC ne constitue pas un système linguistique stable et homogène, étant donné qu’il connaît une grande hétérogénéité interne. Ainsi, Feussi (2008), dans une étude récente conduite à Douala, a pu montrer que la réalité linguistique dans la capitale économique du Cameroun se compose de pratiques plurielles, fluides et peu stabilisées, qui correspondent de fait à un continuum avec des zones de cristallisation dont les contours restent pour le moment flous, tandis que le schéma tripartite suggère l’existence de variétés bien distinctes. Or il est clair que, à l’heure actuelle, le FC ne constitue pas (pas encore ?) une variété au sens d’un diasystème. Aussi, le terme, même s’il peut paraître quelque peu réifiant, renvoie-t-il ici à un segment moyen dans le continuum des pratiques observables au Cameroun, segment dont les frontières sont forcément flexibles et approximatives. Parler de FC nous permet avant tout de désigner l’objet de notre étude, les pratiques observables dans nos données, sans pour autant chercher à voiler, à simplifier ou à figer une situation linguistique qui est, au contraire, complexe et dynamique.5

L’accent sera ici mis sur quelques spécificités pragmatiques et discursives du FC. Peu explorée par les recherches sur le contact linguistique, cette dimension fera l’objet de la prochaine partie.

3 La dimension pragmatico-discursive du contact linguistique

D’orientation diachronique, la linguistique de contact ‘classique’ examine les effets du contact sur l’évolution d’une langue (Haugen, 1950 ; Thomason et Kaufman, 1991 ; Thomason, 2001 ; Heine et Kuteva, 2005). Partant d’une approche historique et comparative, elle met l’accent sur le noyau de la langue. Son champ d’investigation se limite à la structure linguistique, comme le souligne Thomason (2001 : 11, c’est nous qui soulignons) : « all aspects of language structure are subject to transfer from one language to another, given the right mix of circumstances ». Étant donné que l’étude de la dimension pragmatico-discursive n’est guère abordée dans ce cadre théorique, il importe d’abord de préciser sa place dans les recherches sur le contact linguistique.

3.1 La dimension pragmatico-discursive entre emprunt et interférence

Pour saisir les effets du contact au niveau pragmatico-discursif, commençons par rappeler la distinction entre emprunt (transfert de la L2 vers la L1) et interférence (transfert de la L1 vers la L2), qui repose sur les critères de la direction du transfert et de la compétence linguistique, notamment sur l’opposition entre langue maternelle et langue seconde. Selon Thomason (2001 : 68) « interference […] comes about as a result of imperfect learning », alors que « in borrowing, the interference features are introduced into the receiving language by people who speak it fluently ». De manière générale, le lexique semble plus vulnérable à l’emprunt que la morphosyntaxe. Cette résistance des structures morphosyntaxiques s’explique non seulement par leur plus grande systématicité, mais aussi par leur récurrence et leur caractère subconscient : « the more habitual and subconscious a feature of language is, the harder it will be to change » (Haugen, 1950 : 224). À la différence du lexique, ces structures seraient des « entrenched habits », habitudes répétées et partant profondément ancrées au plan cognitif.6 L’acquisition précoce de patrons morphosyntaxiques contribuerait également à leur routinisation. Si l’ancrage profond de la morphosyntaxe explique sa résistance à l’emprunt, il éclaire aussi sa dominance lorsqu’il s’agit de transferts de la L1 vers la L2, donc d’interférences.7 Si l’on cherche à faire un partage du domaine entre emprunts et interférences, quelle est la place de la dimension pragmatico-discursive ? Où la situera-t-on ?

Prince (1988), dans une étude pionnière portant sur un patron syntaxique de topicalisation dans les langues slaves, en yiddish et en anglais, montre que ce n’est pas la structure syntaxique qui est empruntée, mais sa fonction discursive. Et elle conclut : « borrowing is possible at the pragmatic level » (Prince, 1988 : 517). Ce constat est confirmé par les travaux de Matras sur le comportement des mots du discours dans différentes situations de contact. Ces unités sont en effet parmi les premières à être empruntées. Matras (2007 : 33) en déduit que « contact-induced change begins at the level of the organization of discourse ». L’emprunt de marqueurs discursifs serait motivé par des besoins communicatifs et interactifs : « contact thus first affects those functions of language that are primary […]. Reacting to external stimuli, seeking attention, and seeking common ground with a counterpart or interlocutor » (Matras, 2010 : 210).

Ces recherches corroborent non seulement l’hypothèse d’un transfert au niveau pragmatico-discursif, elles incitent aussi à repenser le rapport dichotomique entre emprunt et interférence. Matras commence par mettre en doute l’idée d’une séparation cognitive des langues dans le répertoire d’un bilingue. L’hypothèse d’un fonds commun avec accès simultané aux deux ‘langues’8 lui paraît plus appropriée que celle de deux entités indépendantes. La distinction entre emprunt et interférence perd alors de son poids, car il devient difficile d’identifier L1 et L2, et partant d’assigner une direction au transfert. Le transfert, notamment dans le domaine pragmatico-discursif, apparaît plutôt comme une « system conflation » (Matras, 2007 : 34), une fusion de deux patrons structurels partageant une même fonction. Les causes seraient d’ordre cognitif et communicatif : le locuteur chercherait à réduire la charge cognitive dans une situation interactionnelle qui (pour différentes raisons : tension communicative, conflit, émotions…) exige toute son attention. La solution consisterait alors à amalgamer des structures linguistiques qui, relevant en principe de différentes langues, remplissent une même fonction :

Maintaining the demarcation boundary between repertoire components (or ‘languages’) is a burden on the mental processing of language in conversation, and yet it is a social requirement. Compromise is sought when the tension assumes its most extreme when the burden of controlling the language selection mechanism coincides with other sources of tension in the interaction itself. […] Since the conversational tension around such processing tasks cannot itself be reduced, bilingual speakers’ only alternative is to eliminate the need to distinguish between sub-components of their linguistic repertoire – or ‘languages’ – and to unify the structures that trigger the appropriate processing operations. The result is a fusion of the two systems of structures around the relevant functions (Matras, 2007 : 67).

Si ce modèle cognitivo-communicatif du contact linguistique accorde plus d’importance à la dynamique linguistique et aux facteurs situationnels au sens large, les différentes facettes du transfert pragmatico-discursif (désormais transfert pragmatique), et notamment sa portée, restent à préciser.

3.2 Comment définir le transfert pragmatique ?

Le transfert pragmatique ne se limitant pas aux marqueurs discursifs, reste la question de savoir quels autres phénomènes peuvent être concernés. Selon Meeuwis et Östman (2010 : 40), « speakers can master all the purely linguistic (formal) aspects of the target language, appearing in that way to be perfect bilinguals, while they at the same time stick to their native pragmatic system ». Les auteurs restent vagues quant à la portée du transfert. Mais leurs exemples illustrent avant tout des interférences prosodiques cf. Gumperz 1982. En général, les conventions pragmatico-discursives de la L1, complexes et de nature suprasegmentale, semblent particulièrement résistantes. Même si la relation forme – fonction est plus souple, ces conventions rappellent les entrenched habits, les patrons structurels du domaine de la morphosyntaxe. Il s’agit ici de patrons interactionnels ou de genres communicatifs, qui opèrent au-delà de l’unité lexicale et qui constituent des solutions fossilisées pour des problèmes communicatifs récurrents.9 Ces routines communicatives – produits d’une tradition discursive (Tradition des Sprechens) – sont déterminées par des conditions historiques et culturelles. Les locuteurs sont rarement conscients de ces habitudes communicatives ancrées dans leur comportement verbal. Voilà pourquoi elles partagent non seulement la complexité des schémas syntaxiques, mais aussi leur caractère implicite. Et c’est là une autre raison qui les prédestine à la résistance et par conséquent au transfert de la L1 vers la L2. Les patrons suprasegmentaux, de morphosyntaxe ou de discours, semblent avoir une affinité pour le calque qui, lorsqu’il concerne l’usage, sera appelé ici transfert pragmatique.

Notons au passage que les calques et plus particulièrement le transfert pragmatique, se trouvent au centre de différentes branches de la linguistique appliquée, concernant la didactique des langues, la traductologie et, de manière générale, la communication interculturelle. En explorant la dimension pragmatico-discursive à travers des analyses contrastives, on a pu mettre en relief les effets, souvent jugés négativement, du transfert pragmatique, car, subtils et peu conscients, ils peuvent gêner la communication. S’inscrivant fréquemment dans le paradigme de la théorie des actes de langage, les études dans ce champ comparent les conditions de réalisation d’un même acte de langage dans plusieurs langues, mettant ainsi à jour des différences qui peuvent être à l’origine de transferts pragmatiques.10Kasper (1992), et à sa suite Barron (2003), distingue « transfert pragmalinguistique », qui opère au niveau des conventions rhétorico-discursives, et « transfert sociopragmatique », qui concerne les facteurs interpersonnels et ceux relevant de la situation.11 Un autre type de transfert plus global pourrait affecter ce que Luckmann (1986) appelle le « budget communicatif » (kommunikativer Haushalt) d’une communauté linguistique, son inventaire de genres communicatifs, car il n’est pas exclu qu’un genre communicatif soit importé sous l’influence du contact linguistique, tandis que d’autres disparaissent, de sorte que le budget communicatif s’en trouve transformé.

En résumé, le contact linguistique a des répercussions au niveau pragmatico-discursif. L’étude de cette dimension, tributaire de facteurs communicatifs et situationnels, pose cependant un certain nombre de défis méthodologiques dont certains seront discutés dans les paragraphes suivants. Il apparaît que, à moins de subir des modifications fondamentales, l’approche diachronique et structurale du contact linguistique ne pourra servir de cadre théorique pour une étude de la dimension pragmatico-discursive.

3.3 Quelques défis méthodologiques

Signalons quelques-unes de ces apories afin de faire émerger les contours d’une approche susceptible de saisir la dimension pragmatico-discursive du contact linguistique ou, le cas échéant, à montrer les limites des recherches pragmatiques dans ce domaine. Commençons par les exigences relatives à la nature des données empiriques. Pour pouvoir retracer de manière univoque des transferts pragmatiques en FC, il faudrait d’abord des données comparables pour ses états antérieurs, et ensuite des corpus parallèles pour les langues de contact comme l’anglais ou les langues locales camerounaises. Haugen (1950) insistait déjà sur la nécessité de cette double comparaison, diachronique et contrastive.12 La seule étude synchronique, même si elle s’appuie sur d’autres méthodes comme les jugements des locuteurs, est rejetée.13 Or, il est difficile voire impossible d’obtenir et des corpus historiques et des corpus parallèles, qui pourraient servir de base à des études de la dimension pragmatico-discursive du contact linguistique. Et ces corpus sont encore plus rares quand sont en cause des ‘variétés’ récentes et avant tout orales comme le FC. Il faut alors soit renoncer à la profondeur historique, soit faire des concessions quant à la comparabilité des données. Et si le matériel linguistique disponible peut suffire à l’étude de phénomènes segmentaux et locaux comme les marqueurs discursifs, une analyse de patrons interactionnels d’ordre global comme les conventions génériques s’avère plus délicate. C’est là une des difficultés auxquelles notre étude doit aussi faire face.

Une autre difficulté réside dans la complexité du paysage linguistique camerounais, avec sa multitude de contacts potentiels. Il n’est pas dit, à moins de se restreindre à une région de substrat homogène, que l’on puisse identifier la ou les langue(s) à l’origine des interférences pragmatico-discursives. S’il est relativement facile de connaître la provenance d’une unité lexicale dans la mesure où la forme du mot trahit souvent son origine,14 les calques syntaxiques sont déjà plus difficiles à détecter, difficulté accrue au niveau pragmatico-discursif. D’abord, parce que les conventions y sont à la fois plus complexes et plus souples que les règles lexicales et morphosyntaxiques. Un acte de langage se réalise en général à l’aide d’un énoncé voire d’une suite d’énoncés. Par ailleurs, il existe pour un même acte de langage des alternatives, plus ou moins directes. Et une activité langagière complexe comme la consultation est soumise à des contraintes supplémentaires d’ordre séquentiel, interactionnel ou institutionnel. De plus, elle comporte à la fois des composants obligatoires et facultatifs. Bref, il n’existe pas un modèle unique valable dans tous les contextes. Aussi peut-il être difficile de trancher, entre ce qui est variation interne et ce qui est causé par l’influence d’une autre aire linguistico-culturelle. Somme toute, une stricte comparabilité est difficile à atteindre en pragmatique, même avec des méthodes (semi-)expérimentales comme les jeux de rôles ou les discourse completion tests.

Enfin, un autre obstacle est le manque d’études sur la dimension pragmatico-discursive des langues nationales camerounaises. On ignore largement les normes qui sous-tendent la réalisation des différents actes de langage, et on en sait encore moins sur les conventions qui règlent les activités interactionnelles complexes ou les genres communicatifs. Mais ici une distinction introduite par Neustupny, un membre de l’école de Prague, et reprise par Romaine (1994) peut s’avérer utile : celle entre Sprechbund et Sprachbund.15 Alors que la première notion renvoie à « shared ways of speaking which go beyond language boundaries », la seconde caractérise « relatedness at the level of linguistic form » (Romaine, 1994 : 23). Cette idée est proche de celle de Hymes (1974 : 47 ss.) qui oppose speech community à language (community). Alors qu’une speech community (communauté discursive) se caractérise par des pratiques culturelles et communicatives partagées, la seconde se crée autour d’une langue commune.16 De façon similaire, Koch (1997 : 49) distingue entre règles linguistiques (Sprachregeln) et règles discursives (Diskursregeln) dont les domaines de validité (Geltungsbereiche) et les représentants (Trägergruppen) ne se recouvrent pas. Alors que les représentants des règles discursives – en vigueur au-delà des communautés linguistiques – sont des groupes culturels (professions, courants littéraires, mouvements politiques, etc.), les règles linguistiques sont enracinées dans des communautés linguistiques.17

Quant au paysage linguistique africain, c’est chez Manessy (1994a) qu’apparaît clairement l’idée d’un patrimoine linguistico-culturel partagé. En postulant une vision typiquement africaine du monde qui trouverait son expression dans une « sémantaxe » commune aux français africains, il souligne l’existence de schémas culturels partagés qui détermineraient des structures linguistico-cognitives comme l’expression de la possession, mais aussi des phénomènes plus proprement pragmatiques comme le tutoiement impersonnel ou l’usage abondant de proverbes dans l’élaboration d’une argumentation (Manessy, 1994b). Pour lui, cela explique en partie l’étonnante homogénéité des français africains, malgré les différents substrats linguistiques. Si l’on accepte cette idée d’une communauté discursive s’étendant sur plusieurs communautés linguistiques qui partagent du moins en partie leurs conventions pragmatico-discursives, on peut faire l’hypothèse que le Cameroun, extrêmement diversifié d’un point de vue linguistique, l’est beaucoup moins au niveau pragmatico-discursif. Si l’hypothèse d’une communauté discursive plus unifiée voire homogène est avérée, il sera moins essentiel de disposer d’études pour toutes les langues de contact, puisque leurs conventions pragmatico-discursives sont censées se ressembler.

Pour terminer, notons que ces apories concernent la linguistique de contact dans son ensemble, même si elle se confine à des phénomènes de structure.18 La perspective pragmatico-discursive les rend seulement plus saillantes. Quelles sont alors les conséquences méthodologiques ? Nous pensons que, confrontée à ces défis, il importe de commencer par une analyse synchronique d’orientation empirique, qui fournira les bases pour une comparaison ultérieure. Une telle étude ne représente certes pas l’aboutissement d’une recherche sur le français en contact, mais elle contribuera à une meilleure connaissance de certains phénomènes de sa dimension pragmatico-discursive et préparera le terrain pour des analyses contrastives subséquentes. En somme, elle constitue un premier pas indispensable dans un parcours heuristique complexe.

4 La consultation dans les médias

La consultation se réalise à travers une séquence d’actes de langages, parmi lesquels le conseil au sens étroit. Elle connaît donc une dimension micro- et une dimension macrolinguistique : d’une part l’énoncé ou la suite d’énoncés qui réalisent le conseil au sens étroit, d’autre part le genre communicatif, c’est-à-dire le patron interactif qui comporte aussi d’autres activités comme la sollicitation du conseil. Solliciter et donner des conseils sont des activités à la fois quotidiennes et institutionnelles. Dans ce deuxième contexte, elles connaissent souvent des modifications dans leur réalisation, qui peuvent toucher la mise en mots du conseil, la complexification du schéma séquentiel, etc. Pour les langues occidentales comme l’allemand, l’anglais, et dans une moindre mesure le français, la consultation et le conseil au sens étroit ont fait l’objet de nombreuses études.

Selon Kallmeyer (1987) et Nothdurft et al. (1994), la consultation serait caractérisée par des rôles participatifs complémentaires mais asymétriques – asymétrie qui se manifeste non seulement par des divergences relatives à un savoir spécifique, mais également par une « divergence de perspectives » (Perspektivendivergenz) émotive, cognitive et interactive, entre celui qui sollicite et celui qui donne des conseils (conseillé vs conseilleur). Le schéma actionnel idéal de la consultation comporte plusieurs complexes d’activités dont certains sont facultatifs. Nothdurft et al. (1994 : 10 ss.) distinguent : 1. ouverture de la situation avec instantiation des participants (Situationseröffnung mit Instanzeinsetzung) ; 2. présentation du problème (Problempräsentation) ; 3. développement d’une vision du problème (Entwickeln einer Problemsicht) ; 4. développement et processualisation d’une solution (Lösungsentwicklung und -verarbeitung) et 5. clôture de la situation (Situationsauflösung). Chaque complexe d’activité comporte des tâches spécifiques pour le conseilleur et pour le conseillé. Deux composants constituent la forme minimale du schéma d’action de la consultation : la présentation du problème et le développement d’une solution. Les activités connaissent un ordre séquentiel typique, bien que les participants puissent anticiper ou revenir sur des complexes d’activités au cours de l’interaction.

Les consultations sont fréquentes dans les médias – presse écrite, radio, télévision ou internet. À la différence des consultations en face-à-face, les consultations dans les médias sont soumises à des contraintes spécifiques. Hutchby (1995, 2006 : 102), dans ses travaux sur le « advice-giving type show », a dégagé les caractéristiques pour la radio. La différence essentielle découle du fait que les deux rôles participatifs sont en quelque sorte dédoublés : aux conseilleur et au conseillé s’ajoutent l’animateur et le public à l’écoute de l’émission :

Instead of being a two-way dialogue between an advice-seeker and an advice-giver, advice talk on call-in radio has a more complex communicative framework in which four categories of participants are involved: the caller (advice-seeker), the expert (advice-giver), the studio host (professional broadcaster) and the ‘overhearing’ audience (Hutchby, 1995, 2006 : 116).

L’audience joue un rôle-clef, car c’est elle et non le conseillé qui est le destinataire principal des propos de l’expert. Le fait que et l’expert et l’animateur visent l’audience se traduit sur le plan linguistique par des formes d’adresse plurielle, qui se distinguent par leur caractère général et leur surplus informatif par rapport au problème posé au départ, car « the expert’s responses to the callers’ questions are designed to be more than answers to the actual questions themselves » (Hutchby, 1995, 2006 : 104). Ainsi, les contraintes du média, notamment le souci d’intégrer les auditeurs, déterminent le format de la consultation qui, même si elle part de problèmes individuels, vise le public.

Selon Tudesq (2002 : 17), la radio reste, malgré l’influence croissante d’internet, le premier média en Afrique. Et elle est « le média le mieux assimilé aux cultures africaines ». Au niveau linguistique, cette appropriation se traduit par des usages régionalisés du français qui correspondent à un continuum de pratiques plus ou moins proches de la norme hexagonale, pratiques plurielles en somme qui témoignent de la genèse d’une norme endogène. C’est vrai aussi pour notre corpus enregistré au printemps 2010, qui est constitué de trois émissions complètes d’un programme avec participation du public (phone-in). Il s’agit du phone-in Un autre monde, une émission consacrée aux problèmes de santé qui passe tous les jeudis entre 21 heures et 22 heures 30 sur les ondes de Radio Equinoxe FM 93,00, une radio privée de Douala.19 Son protagoniste est Docteur Erico, un tradipracticien, naturopathe et spécialiste de « problèmes mystiques », c’est-à-dire de maladies causées par la sorcellerie, la magie ou, de façon générale, des forces surnaturelles. Le nom de l’émission, Un autre monde, renvoie aux approches thérapeutiques alternatives favorisées par l’expert. En principe, chaque émission est consacrée à un thème particulier (troubles sexuels, maladies virales, phénomènes paranormaux), mais les auditeurs qui appellent ne respectent guère cette consigne. La participation du public se fait surtout par voie téléphonique, mais il peut aussi envoyer des emails dont certains sont traités à la fin de l’émission. Si cette dernière dispose d’un standard, il se borne apparemment à recevoir les appels, car l’animateur ne semble pas disposer d’informations préalables sur les auditeurs et les motifs de leurs appels.

Abordons une question méthodologique importante avant d’en venir aux analyses : celle de l’identification des spécificités pragmatico-discursives du FC. Comment procéder sans le recours, au moins implicite, à une norme de référence ?20 Il est évident qu’en renonçant à une perspective différentielle au sens strict, nous nous basons néanmoins sur une comparaison que l’on pourrait dire préthéorique ou « informelle ». Car, au-delà de sa valeur méthodologique en linguistique de contact, il s’agit d’un instrument heuristique de tout premier ordre, étant donné que ce sont justement les oppositions formelles ou fonctionnelles apparaissant à travers des comparaisons qui confèrent leur saillance aux phénomènes langagiers étudiés.21 Le rapprochement avec les attentes formées par des consultations dans les médias de l’hexagone, et les connaissances sur la (les) communauté(s) discursive(s) africaine(s) nous ont servi de repères lors de l’identification de faits saillants dans le corpus.

5 Analyses

Commençons par une description de la macro-organisation de l’émission avant de passer aux réalisations du conseil.

5.1 Macro-organisation de l’émission

Une première partie de l’émission est consacrée aux appels des auditeurs. Elle est constituée d’une série d’interactions entre l’animateur et les auditeurs, entrecoupée de rares interludes musicaux. D’habitude, l’expert n’intervient pas pendant cette partie, où les auditeurs interagissent seulement avec l’animateur. Dans une deuxième partie, l’animateur reformule les problèmes présentés par les auditeurs et ce n’est qu’alors que l’expert propose ses solutions. Un tel format ʻdécaléʼ surprend par rapport au déroulement typique d’une consultation sur les ondes françaises où la réponse de l’expert enchaîne en général sur la présentation du problème, avec un contact direct entre conseilleur et conseillé qui permet une certaine interactivité, alors que l’émission camerounaise attribue un rôle-clef à l’animateur : entre l’expert et les auditeurs, il fait figure d’intermédiaire, voire de ʻtraducteurʼ. Aussi, la structure de l’émission montre-t-elle des similarités avec des consultations figurant dans la presse écrite et sur internet, où les coordonnées spatio-temporelles sont également fonction d’un différé.22

On se demande alors ce qui motive cet éclatement de la consultation avec un cadre de participation fondé sur la séparation du conseillé et du conseilleur. Il pourrait y avoir une raison économique : les appels à partir d’un portable étant relativement chers, se limiter à la présentation du problème réduit la durée de l’appel. Mais une seconde hypothèse s’appuie sur les coutumes traditionnelles en supposant un transfert pragmatique. Le fait que l’auditeur et l’expert communiquent par le truchement de l’animateur-médiateur pourrait être favorisé par une forme d’interaction courante dans différentes communautés africaines, que Ameka et Breedveld (2004 : 175 s.), à la suite de Yankah, appellent communication triadique :

A fundamental mode of communication in West Africa, be it in formal or informal contexts, is to channel information between an addressor (source) and an addressee through intermediaries. […] While it is almost impossible to communicate without an intermediary in formal encounters, informal encounters also often use the triadic mode of communication. […] In general, any social encounter which is thought of as serious, and during which significant exchanges will take place, calls for the use of intermediaries (Ameka et Breedveld, 2004 : 176 s.).

Recourir à un intermédiaire semble une convention pragmatico-discursive bien établie, du moins en Afrique de l’Ouest. Aussi, n’est-il guère surprenant de trouver ce mode d’interaction dans les médias et à plus forte raison dans un phone-in où il est déjà préparé par le dédoublement des rôles participatifs. Il s’agirait là d’une forme radicale d’atténuation, accomplie à travers le format de participation. Ce format constitue une réponse originale à la contrainte de l’adresse multiple. Car si les reformulations de l’animateur ne sont pas économiques en termes de temps, elles contribuent néanmoins à détacher du cas individuel et à préparer une réponse généralisante.

Au cours d’une émission sont traités en moyenne 15 à 20 cas. Comme ce sont les mêmes tâches qui reviennent, les interactions entre auditeurs et animateur d’un côté, expert et animateur de l’autre, se ressemblent beaucoup. Selon Hutchby (1999 : 43), il s’agit là de « settings in which each encounter is ‘another’ in a series of similar encounters, in each of which the same basic tasks have to be accomplished ». Ce caractère sériel nous permet d’exploiter un nombre relativement restreint d’émissions tout en disposant de nombreuses consultations.

5.2 Micro-organisation de l’émission

Dans nos données, le schéma actionnel de la consultation se réduit généralement aux deux complexes d’activités obligatoires : la présentation du problème par l’auditeur et la solution de l’expert. D’autres composants comme le « développement d’une vision du problème » ou la « clôture de la situation », qui demanderaient un échange direct, n’y sont pas réalisés. Tout au plus trouve-t-on une amorce de diagnostic dans certaines réponses de l’expert. En général, il propose une solution qui forme le complexe d’activité le plus élaboré. C’est pourquoi nous nous intéresserens maintenant à ce composant, pour en dégager les conventions rhétorico-discursives et dresser un premier inventaire des formes et structures de réalisation.

Afin d’illustrer le déroulement typique d’une consultation dans l’émission Un autre monde, je présente deux cas au complet pour me pencher ensuite sur les formes du conseil repérées dans l’ensemble du corpus. Dans le premier appel de l’émission, une jeune femme, Marie-Mireille (MM), explique son problème à l’animateur (A) : elle aimerait tomber enceinte, mais depuis une fausse couche elle n’a plus ses règles.23

tab1

L’ouverture de l’interaction avec salutations, identification de l’auditrice et invitation à exposer le problème contient une séquence latérale déclenchée par des difficultés techniques (un son strident). L’animateur reprend ensuite l’ouverture avec une nouvelle salutation, rendue par l’auditrice. Ensuite elle obtient la parole (on vous écoute à présent) et commence avec un énoncé métacommunicatif ( j’ai un problème) qui marque la présentation du problème. Dans cette phase, les interventions de l’animateur se limitent à deux signaux d’écoute. Quand l’auditrice a terminé, l’animateur la congédie en disant simplement que la réponse viendra plus tard (tour 15). Sans échange rituel de clôture, il passe à l’auditeur suivant (tour 17).

Le cas de Marie-Mireille est repris dans la deuxième partie de l’émission qui débute après le dernier appel avec une transition à peine marquée de l’animateur (début du tour 01). La reprise des cas suit la chronologic des appels. Voici la reformulation de l’animateur (A) suivie par la réponse de Docteur Erico (DE).

tab2

L’expert donne tout de suite la recette d’une potion à base de plantes sans catégoriser les problèmes de santé de l’auditrice et sans poser de diagnostic. Le conseil prend la forme d’une instruction réalisée à l’aide d’une phrase injonctive à la troisième personne du subjonctif (qu’elle prenne). Ensuite, l’expert poursuit avec des infinitifs (macérer, mettre, boire, mélanger) pour terminer – suite à un rephrasage de l’animateur – avec des énoncés comportant le pronom on (on pile, on met, on boit).

Alors que les infinitifs et l’emploi de on sont typiques des textes instructifs, la phrase injonctive au subjonctif semble plus spécifique à l’expression du conseil dans la situation médiatique particulière de notre corpus. Rappelons que les composants « présentation du problème » et « solution » relèvent de deux séries d’interaction successives. Dans une interaction en face-à-face, le conseil peut se réaliser à l’aide d’un impératif à valeur directive. C’est cette valeur directive qui explique sa limitation en personnes, l’impératif n’ayant pas de troisième personne. Le subjonctif, annoncé par que en tête de phrase comme dans l’exemple précédent, complète ce paradigme déficitaire. La phrase injonctive à la troisième personne reflète donc le type de consultation décalée où le conseilleur et le conseillé n’interagissent pas directement. L’adresse directe exigée par l’impératif n’étant pas possible, le locuteur s’adresse indirectement à son partenaire avec les formes de la troisième personne, ou à l’aide de verbes à l’infinitif et de pronoms génériques.

Soulignons également la présence d’emprunts lexicaux (cotimanjo, njansan, ésèsè, pèbè, masep) qui témoignent du contact linguistique. Il s’agit de plantes, de fruits et de graines utilisés dans la médecine traditionnelle.24 Les termes transférés sont donc en rapport avec l’environnement naturel et la culture locale et ils n’ont pas toujours d’équivalent en français. Dans certains cas, l’équivalent français peut être connu, mais ne pas véhiculer les valeurs curatives associées au mot africain, comme l’atteste la traduction de basilic que l’expert auto-reformule (le basilic donc le masep). Si les emprunts directs sont les plus saillants, on décèle aussi des influences plus subtiles au niveau sémantique, comme pour saigner au sens ‘avoir ses règles’.25 Selon le terme concerné et la situation de communication, le recours aux langues nationales peut renvoyer aussi à un imperfect learning qui caractérise l’écologie du FC. L’extrait suivant, où le Docteur Erico semble être conscient de la compétence réduite en français de son destinataire, contient un exemple de ce type. Ici, il s’agit apparemment d’un recipient design, adaptation à l’auditeur, supposé peu familier du terme français.

Dans l’exemple (3), c’est un auditeur nommé Dieudonné (D) qui expose son problème. Si l’ouverture de la conversation ressemble beaucoup au premier extrait, la présentation du problème – contenant en fait deux questions apparemment non reliées – débouche sur une difficulté de compréhension de la part de l’auditeur.

tab3

Après la présentation d’un premier souci, Dieudonné enchaîne avec un deuxième, dont la formulation est ambiguë (tour 12), pour mon épouse permettant deux lectures : 1. « un problème de mon épouse que je présente à sa place » et 2. « un problème que j’ai avec mon épouse ». La suite de l’interaction révèle que c’est la deuxième interprétation qui est la bonne. L’animateur reformule à l’aide du mot frigide qui semble poser problème puisque Dieudonné demande une reformulation (pardon?). L’animateur traite le problème de compréhension d’abord comme un problème acoustique et répète simplement frigide. Mais Dieudonné reprend le mot avec une intonation interrogative signalant que la signification de frigide pose problème. Au lieu de donner une explication lexicale, l’animateur clôt la conversation. Il congédie Dieudonné et passe à l’appel suivant. Bien qu’il soit difficile de généraliser à partir de cas isolés, cette lacune lexicale semble confirmer la pertinence du imperfect learning dans la situation linguistique camerounaise.

Jetons maintenant un regard à l’interaction entre l’animateur (A) et le Docteur Erico (DE).

tab4

L’animateur soumet les deux questions de l’auditeur à Docteur Erico qui ne revient cependant pas au premier problème mentionné (petit bouton au niveau de la nuque) et refuse de répondre au deuxième en alléguant que ce genre de problèmes ne peut pas se traiter à la radio (fin du tour 02). Suit alors le conseil explicite, réalisé à l’aide d’une expression performative (je lui conseille), de consulter le tradipracticien dans son cabinet.

Les extraits précédents nous ont déjà montré quelques réalisations du conseil en FC. À côté de la 3e personne du subjonctif et des infinitifs, nous rencontrons également des verbes métacommunicatifs. Se pose alors la question de savoir si les Camerounais franco-phones disposent d’autres moyens linguistiques pour formuler un conseil. Le balayage du corpus a permis de dresser un premier inventaire de formes directes et indirectes. Car même si les interprétations de la force illocutoire du conseil divergent – pour Austin (1975 : 151)conseiller relève des actes directifs (exercitives) alors que Searle l’associe aux actes représentatifs –,26 le conseil a un caractère injonctif. Aussi, du point de vue de la gestion des relations interpersonnelles, est-il un acte de langage qui risque de menacer le territoire de l’interlocuteur : ce sont les contraintes de figuration qui rendent l’analyse de cette activité intéressante, car il existe une panoplie de moyens linguistiques pour nuancer son expression.

Si les formules métacommunicatives du type je vous conseille représentent un pôle du continuum, on trouve à l’autre pôle des expressions indirectes sans marques linguistiques spécifiques, que seul le contexte permet d’interpréter comme conseil.27 Avec ces formats indirects moins intrusifs, l’imposition et partant la menace pour la face négative du conseillé sont adoucies. Mais ces réalisations contextualisées ne se trouvent pour le moment pas au centre de notre approche, qui commence par répertorier les moyens linguistiques.

En nous basant sur l’ensemble de nos données, nous proposons maintenant une première classification des moyens linguistiques utilisés pour formuler un conseil en nous appuyant sur des critères formels.

5.2.1 Adresse indirecte (3e personne du subjonctif)

Exemples: qu’elle prenne ; qu’elle mette ; qu’il boive ; qu’elle pile ; qu’il fasse bouillir ; qu’elle fasse piler ; qu’elle ajoute ; qu’elle allume ; qu’elle laisse consommer ; qu’il cherche à nous contacter ; qu’elle essaye de

Dans cette catégorie dominent les verbes prendre, mettre, boire, faire bouillir, etc. tous reliés à la fabrication d’une potion ou d’un produit à caractère thérapeutique. L’adresse indirecte à la 3e personne du subjonctif, tout comme l’infinitif, semblent limités au discours procédural, c’est-à-dire à des conseils présentés sous forme d’instructions concrètes. Dans nos données, il n’y a que deux exceptions, chercher à contacter qn et essayer de voir qn, où le verbe principal est précédé d’un quasi-auxiliaire qui porte la valeur directive de l’énoncé. Avec Weinrich (1982 : 221), on peut parler d’atténuation syntaxique (syntaktische Abschwächung). L’instruction est transférée sur un verbe qui précède le verbe actionnel. Ainsi, apparaît-elle à l’extérieur de l’injonction au sens étroit. En général, c’est un verbe modal qui devient porteur de l’injonction et contribue à adoucir la valeur directive (veuillez vous asseoir vs asseyez-vous).28

5.2.2 Infinitif

Exemples: faire piler ; faire bouillir ; prendre en purge ; mettre ; macérer ; mettre ; boire.

Les infinitifs sont beaucoup moins fréquents que les adresses indirectes à l’aide du subjonctif et ne concernent qu’un nombre restreint de verbes. Ils sont eux aussi limités aux conseils donnés sous formes d’instructions concrètes. Pour Grevisse (1988 : 670), l’infinitif employé dans la phrase injonctive comporterait une nuance de généralisation : « L’infinitif sans sujet s’emploie dans des inscriptions ou dans d’autres textes s’adressant à des lecteurs non précisés ». Ce caractère généralisant le à prédispose l’adresse multiple qui est, comme nous l’avons vu, capitale pour les consultations dans les médias.

5.2.3 Emplois impersonnels de pronoms (on ; vous)

Exemples: vous vous réveillez ; vous ne vous levez pas ; vous prenez ; vous pouvez ; on prend ; on fait bouillir ; on ajoute ; on fait des gargarismes ; on se brosse avec ; on met.

Les occurrences de l’adresse directe à l’aide d’un vous à référence générique, appelée enallage en rhétorique, se trouvent toutes dans une seule intervention de l’expert. Leur fréquence minimale dans le corpus s’explique probablement par le fait que le vous générique peut porter à confusion quant à la référence personnelle, entre adresse directe de l’animateur dans la situation actuelle et adresse indirecte avec un vous générique. Contrairement à nos attentes, les occurrences de on à référence générique sont rares et se limitent au discours procédural. D’après Weinrich (1982 : 214 ss.), ce jeu sur les rôles conversationnels serait motivé par la politesse. Dans le contexte médiatique, s’y ajoute un autre avantage : la référence personnelle générique permet de se conformer aux exigences de l’adresse multiple.

5.2.4 Verbe métacommunicatif (1ère personne et emploi impersonnel)

Exemples: je lui conseille de prendre, de préparer, de faire ; je lui conseille de chercher à me rencontrer ; je vous conseille déjà d’aller à l’hôpital ; il est conseillé de manger.

Le verbe conseiller qui, employé à la première personne du présent, est performatif, apparaît dans des constructions qui comprennent l’adresse directe et l’adresse indirecte (une seule occurrence). On trouve aussi une forme impersonnelle de force illocutoire assertive : il est conseillé, qui introduit un savoir partagé. En renvoyant à une norme générale que l’auditeur peut appliquer à son propre cas, elle représente – malgré le verbe métacommunicatif – une réalisation atténuée de cette activité.

5.2.5 Verbes Modaux (devoir ; pouvoir)

Exemples: il doit faire, combattre contre ça, chercher à se soignerelle doit rentrer, aller à l’hôpital ; elle ne doit pas allaiter ; elle doit pas allaiterce qu’elle doit faire c’est de prendre;

il peut prendre ; elle peut utiliser ; elle peut le mélanger ; elle peut se purger avec ; on peut le prendre ; on peut lui mettre ; on peut pas allaiterce qu’elle peut prendre c’est ; ce qu’il peut prendre c’est de prendre ; ce qu’il peut faire c’est de prendre.

L’emploi du modal devoir, fréquent dans notre corpus, établit une forte obligation pour l’auditeur. Par sa valeur déontique, il compte parmi les formes les plus directes de l’expression d’un conseil. Sa force directive est adoucie lorsqu’il porte sur un quasi-auxiliaire comme dans il doit chercher à se soigner. Il s’agit là de nouveau d’une atténuation syntaxique. En revanche, le modal pouvoir, assez fréquent aussi dans les données, est beaucoup moins contraignant pour l’auditeur. Avec cette forme, le conseil se transforme en suggestion et le locuteur n’empiète guère sur le territoire de l’interlocuteur.

5.2.6 Forme déontique impersonnelle (il faut) (présent indicatif ; conditionnel)

Exemples: il faut soigner, prendre, voir, faire le choix ; il faut qu’il se fasse soigner ; il faudrait qu’il cherche ; peut-être il faudrait aller faire.

L’expression déontique impersonnelle il faut peut, quant à sa force illocutoire, sembler une variante du modal devoir. Le fait qu’il s’agit d’une tournure impersonnelle contribue cependant à présenter le conseil moins comme une obligation individuelle que comme l’application d’une norme ou d’une règle de conduite générales. C’est pourquoi cette forme semble plus atténuée que le modal. Le conditionnel (faudrait) accentue l’atténuation.

5.2.7 Expression d’une préférence

Exemples: il est préférable de ; le mieux c’est de savoir, de voir.

Finalement, on trouve des tournures comme le mieux c’est ou il est préférable de, qui focalisent la solution proposée en termes de préférence. Dans nos données, l’expression d’une préférence, peu courante, se réalise toujours de manière impersonnelle moyennant l’appel à un savoir partagé. Il en résulte une réalisation indirecte fortement atténuée du conseil.

En revanche, une réalisation courante du conseil dans les communautés linguistiques occidentales fait ici défaut : un format où le conseilleur se met à la place du conseillé et signale sa perspective par l’emploi du conditionnel comme dans moi à votre place je ferais.29 De même et malgré l’importance des proverbes dans la culture africaine, on ne rencontre pas de conseils donnés à l’aide d’expressions figées.

En résumé, le corpus révèle que, pour formuler un conseil, les locuteurs camerounais disposent d’un éventail de formes plus ou moins atténuées allant de l’impératif ou du verbe métacommunicatif conseiller aux expressions de préférence et aux pronoms impersonnels, en passant par les verbes modaux et expressions déontiques. Dans l’ensemble, on y trouve une préférence pour les réalisations directes du conseil. Mais ces réalisations se situent sur le fond de la communication triadique qui instaure un cadre d’interaction fondamentalement indirect où la gestion des rôles participatifs et notamment le recours à un médiateur créent une atténuation générale. Parler à une tierce personne qui n’est pas directement impliquée permet une réalisation plus explicite d’actes de langage comme le conseil qui autrement seraient assez injonctifs.

Bien que notre inventaire rassemble bon nombre des formes et structures utilisées en FC pour réaliser un conseil, il ne permet pas de déterminer si ces moyens linguistiques sont spécifiques aux usages camerounais, ce qui exigerait des recherches sur d’autres français, africains mais aussi européens ou nord-américains. Nos analyses donnent cependant à penser que les expressions du FC documentées dans le corpus se recoupent partiellement avec celles du français hexagonal. S’il y a des différences, elles se situent davantage au niveau de la fréquence ou de la distribution. On constate aussi une préférence pour les réalisations directes, certainement favorisée par la communication triadique constitutive de ces consultations institutionnelles et médiatiques. Et étant donné que nos résultats se basent pour l’instant sur les conseils du seul Docteur Erico, on ne peut pas exclure d’éventuelles idiosyncrasies. Une étude semi-expérimentale du conseil en FC basée sur des discourse completion tests confirme cependant ces tendances (Drescher, 2012b). Reste à voir si le modèle triadique qui semble être le résultat d’un transfert pragmatique se rencontre aussi dans des consultations informelles.

6 Conclusion

La présente étude, au carrefour des linguistiques variationnelle, pragmatique et comparative, vise à sensibiliser davantage aux phénomènes relatifs à l’usage en linguistique de contact et à attirer l’attention sur la dimension pragmatico-discursive, sachant que les recherches et sur la variation en français et en linguistique de contact se confinent encore majoritairement aux seules propriétés formelles des systèmes linguistiques. Son but est de contribuer à une pragmatique postcoloniale du français qui, à l’instar des travaux sur l’anglais,30 s’intéresse à la dynamique et aux différentes facettes du contact linguistique qui définissent l’écologie du français en Afrique et plus particulièrement au Cameroun. Le genre de la consultation, présent dans les interactions quotidiennes et institutionnelles et particulièrement fréquent à la radio, nous a servi ici de point de départ.

En même temps, notre étude a mis en relief certains des défis théoriques et méthodologiques auxquels sont confrontées les recherches dans ce domaine. Un problème majeur réside dans le fait que nos connaissances sur la dimension pragmatico-discursive de la plupart des langues de contact sont déficitaires, de sorte qu’une comparaison s’avère difficile. Étant donné que les traditions discursives sont ancrées dans les coutumes et dans la culture, une étude complémentaire, d’orientation ethnographique, pourrait s’avérer fructueuse. C’est là un terrain fort intéressant puisque, d’un côté, on peut présumer que les pratiques de consultation en usage dans le milieu des tradi-praticiens ont marqué les formes médiatiques observables dans nos données. Par ailleurs, les consultations en face-à-face dans les cabinets de ces ‘docteurs’ ont souvent lieu en langue locale, puisque les clients ont tendance à chercher conseil auprès d’un tradipracticien appartenant à leur groupe ethnique. Le choix du français comme langue de communication dans notre corpus est donc en grande partie dû à une influence du média, la radio. D’un autre côté, une étude en cours montre que les tradipracticiens, souvent en concurrence avec les représentants de la biomédecine, ont eux aussi recours à des pratiques hybrides, inspirées par le modèle occidental de l’entretien médecin-malade. S’ils calquent leurs consultations sur ce schéma, c’est dans le souci de mieux persuader leurs clients de l’efficacité du traitement proposé (Ngawa, en préparation).

Enfin, de futures recherches dans ce domaine gagneraient aussi à creuser davantage les rapports entre les variétés postcoloniales de différentes langues comme le français et l’anglais, présentes dans un même milieu linguistique. Le Cameroun représente un excellent terrain pour ce type d’étude, puisque le français et l’anglais partagent bon nombre de leurs langues de contacts. Etant donné que leurs écologies se recoupent largement, on peut présumer que leurs variétés régionales montrent des parallèles qui, au niveau pragmatico-discursif, devraient se traduire par des transferts similaires. S’il est vrai que les Camerounais, du moins ceux de la moitié sud du pays, relèvent d’une même communauté discursive, il s’ensuit que les communautés francophone et anglophone partagent une partie de leurs conventions pragmatico-discursives. Le bagage culturel et partant les habitudes communicatives des locuteurs du français et de l’anglais parlés au Cameroun devraient donc se ressembler. De plus, dans les deux cas, l’imperfect learning et partant les interférences ou transferts pragmatiques de la L1 vers la L2 devraient influer sur la formation d’une norme endogène. Voilà pourquoi cette piste de recherche, explorée dans une étude pilote consacrée aux réalisations du conseil en français et en anglais camerounais (Drescher et Mühleisen, 2011), nous paraît très fructueuse.

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1 En dehors de quelques toponymes (comme Lolodorf), la colonisation allemande (de 1884 à 1916) a laissé peu de traces dans le paysage linguistique camerounais.

2 Le camfranglais a tôt suscité l'intérêt des linguistes. Cf. Féral (2007) ; Ntsobé et al. (2008).

3 Cf. Mendo Zé (1992, 2009) ; Féral (1993, 2010, 2011) ; Biloa (2003) et Mulo Farenkia (2008) pour une étude pragmatique qui se limite cependant à la politesse.

4 Alors que l’épithète « camerounais » suggère que les spécificités de ce français sont avant tout d’ordre régional, que l’on a donc affaire à de la variation diatopique, il reste à examiner dans quelle mesure du moins une partie de ces spécificités relève de la variation du médium (oral vs écrit). De façon générale, l’espace variationnel des français africains reste largement à découvrir et à décrire.

5 Cf. Féral (2011).

6 Pour la notion d'entrenchment, centrale en linguistique cognitive, cf. Croft et Cruse (2004 : 292). Les entrenched habits de Haugen semblent anticiper les constructions de la grammaire de construction. On peut les rapprocher aussi des routines communicatives de la linguistique interactionnelle. Cf. infra 3.2.

7 Cf. Thomason (2001 : 75): « The crucial prediction about shift-induced interference is that, unlike borrowing, it does not start with the lexicon. Instead, it starts with phonology and syntax ; the TL2 [i.e. target L2, MD] may include lexical interference as well as structural interference, but structural interference will dominate ».

8 Cf. Matras (2007 : 32, note 1) : « it is not obvious that multilingual speakers process language in form of seperate systems ; it is safer to assume that multilingual speakers have an overall repertoire of linguistic forms, to which constraints are attached concerning the situations and conversational constellations in which those forms may be used, for various purposes. The notion of a separation of ʻlinguistic systems’ on the part of the language user is therefore somewhat of an abstraction ».

9 Cf. Luckmann (1986 : 283) ; Günthner et Knoblauch (1995).

10 Dans la dernière décennie, les approches se sont diversifiées: pragmatique interculturelle (Blum-Kulka et al., 1989), pragmatique de l'interlangue (Barron, 2003), pragmatique variationnelle (Schneider et Barron, 2008; Barron et Schneider, 2009), pragmatique postcoloniale (Anchimbe et Janney, 2011) ou ethnopragmatique (Goddard, 2006).

11 Le transfert pragmalinguistique est « the process whereby the illocutionary force or politeness value assigned to particular linguistic material in L1 influences learners' perception and production of form-function mappings in L2 » (Kasper, 1992 : 209). Il s'oppose au transfert sociopragmatique que Barron (2003 : 37) définit comme « learners’ reference to their L1 perceptions of social relationships when deciding whether to perform a particular illocution or not, and in cases where the illocution is performed, it concerns their L1 assessment of how much politeness to invest ».

12 Pour Haugen (1950 : 227) « borrowing is a historical process and therefore to be identified only by historical methods. This means a comparison between earlier and later states of a given language, to detect possible innovations ; and thereupon a comparison of the innovations discovered with possible models in other languages. This double comparison is a corollary of our definition of borrowing ; its application requires knowledge of earlier states of the language, as well as of whatever languages may conceivably have exerted the influence in question ».

14 Cf. infra 5.2., pour des formes comme cotimanjo, pèbè, njansan, ésèsè qui frappent par des sons ou des combinaisons phonétiques inconnues du français et sont identifiées par des informateurs camerounais comme emprunts aux langues locales sans que ces derniers soient toujours capables d’indiquer la langue d’origine.

15 Pour une discussion de ces concepts cf. aussi Hymes (1974 : 49 ss.).

16 Hymes (1974 : 51) la définit comme « a community sharing knowledge of rules for the conduct and interpretation of speech ».

17 Cf. aussi Ameka et Breedveld (2004), qui parlent de cultural areas.

18 Cf. Thomason (2001 : 91) : « Establishing the fact of contact-induced change is usually easy when the focus is on loanwords, but it can be much harder, and often impossible, with structural interference ».

19 Cf. http://www.cameroonvoice.com/ (site consulté le 09/08/10).

20 Cf. Francard (2001).

21 Cf. Schweickard (1995 : 24).

22 Nous négligons ici une troisième et dernière partie de l'émission, très courte et consacrée à des courriers que l'animateur soumet directement à l'expert après avoir reformulé les différents cas présentés par les auditeurs.

23 La transcription suit les conventions de GAT 2 (Selting et al., 2009). Cf. Drescher (2012a) pour une étude précédente des deux premiers extraits qui focalise davantage sur la dimension médiatique des consultations.

24 Le pèbè (monodora myristica) est appelé en français « fausse noix de muscade » ou « noix de muscade sauvage ». Le njansan (riciodendron heudelotii) ne semble pas avoir d’équivalent courant en FC. L’ésésè est connu en FC comme « fruit de l’arbre Aidan » ou « quatre côtes ». Le masep (parfois transcrit messep) correspond au « basilic sauvage » ou « basilic tropical ». Notons que l’orthgraphe française de ces mots, d’après mes informateurs empruntés au douala et au basa’a, n’est pas standardisée et peut varier considérablement. Je remercie Dr Nolé Tsabang (Université de Yaoundé) et Liliane Ngawa pour ces informations relatives aux noms des plantes.

25 Les signifiés des concepts culturels semblent facilement affectés par le contact linguistique. Cf. Drescher (2007) pour une analyse de la notion de fidélité, un concept-clef du discours de sensibilisation contre le VIH/sida, qui a une toute autre signification dans le contexte patriarcal et polygame du Burkina Faso.

26 Cf. Searle (1969 : 67 ; c’est nous qui soulignons): « Contrary to what one might suppose advice is not a species of requesting. […] Advising you is not trying to get you to do something in the sense that requesting is. Advising is more like telling you what is best for you ».

27 Cf. Heritage et Sefi (1992) pour des conseils réalisés à l'aide de factual generalizations et Silverman et al. (1992) pour une technique similaire appelée information-delivery format.

28 Hudson (1990 : 287) souligne également que « advice giving will reflect a wide range of options with regard to syntactic agency ».

29 Cf. Hudson (1990) qui parle de I would projection ; DeCapua et Huber (1995).

30 Le terme « postcolonial » est ici repris de l'anglais où il désigne les variétés nées au contact avec les langues locales dans les anciennes colonies du Royaume-Uni, surtout les vernaculaires nés depuis les indépendances. Cf. Schneider (2007) et Anchimbe et Janney (2011).

  • 5

     Cf. Féral (2011).

  • 17

     Cf. aussi Ameka et Breedveld (2004), qui parlent de cultural areas.

  • 20

     Cf. Francard (2001).

  • 27

     Cf. Heritage et Sefi (1992) pour des conseils réalisés à l'aide de factual generalizations et Silverman et al. (1992) pour une technique similaire appelée information-delivery format.

  • 29

     Cf. Hudson (1990) qui parle de I would projection ; DeCapua et Huber (1995).

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     Cf. Hudson (1990) qui parle de I would projection ; DeCapua et Huber (1995).

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