La Dialettica in Proclo, Il quinto libro dell’In Parmenidem, tradotto e commentato, written by Del Forno, D. 2015

In: The International Journal of the Platonic Tradition

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La Dialettica in Proclo, Il quinto libro dell’In Parmenidem, tradotto e commentato. Sankt Augustin: Academia Verlag, x-375 p., Paperback, isbn 978-3-89665-630-8, 46,5 €.

Il y a dix ans encore, l’In Parmenidem de Proclus se trouvait dans une situation paradoxale. En dépit de son importance – point d’aboutissement du cursus et expression la plus complète de l’architectonique du néoplatonisme tardif –, il était seulement accessible à travers l’édition de Victor Cousin qui, datant du milieu du xixème siècle, ne satisfait pas aux critères actuels de l’ecdotique : bien que Cousin connaisse plusieurs manuscrits, il privilégie toujours celui de Paris. Ce texte d’une technicité extrême s’offrait ainsi dans un grec peu fiable, qui servit de base aux deux premières traductions modernes : la française d’A.-É. Chaignet (Paris, 1900-1903) et l’anglaise de G. R. Morrow et J. Dillon (Princeton, 1987). Et si la traduction latine de Guillaume de Moerbeke, éditée par C. Steel (Leuven-Leiden, 1982-1985), donnait accès à un meilleur état du texte, elle avait le défaut de ne pas être dans la bonne langue.

Dans la seconde moitié des années 2000, paraissent successivement l’édition dirigée par C. Steel (Oxford, 2007-2009), puis celle, avec traduction juxtaposée, d’A.-Ph. Segonds et de C. Luna (Paris, 2007-2014). Cette dernière, qui s’élève en concurrente à celle d’Oxford, en est d’ailleurs au cinquième livre, celui qui occupe notre Del Forno. Et sa sortie récente ne devait pas permettre à celui-ci d’en tenir compte dans son propre travail. Mais cette lacune rend-elle déjà ses résultats obsolètes ? Del Forno propose en effet la toute première traduction italienne d’un livre du Commentaire sur le Parménide de Proclus, sur la base de l’édition Steel, ce qui en fait par soi un objet inédit. Or, comme il apparaît à l’examen que les variations des leçons sont mineures, dans la mesure où la plupart des différences significatives concernent plutôt les lemmes du Parménide que le texte propre du Commentaire, la traduction de Del Forno n’était donc pas déjà dépassée avant même de paraître.

Quant au commentaire, il ne connaît à ma connaissance aucun équivalent dans aucune langue. Prenant en quelque sorte la forme de son modèle, il explique les questions soulevées de façon complète et systématique. À la forme lemmatique, il préfère le découpage en chapitres et en unités thématiques, ce qui aide à la compréhension. Enfin, il faut le souligner, il s’avère plus complet et systématique que l’appareil d’annotation proposé à la fin du volume Budé. Ce livre remplit dès lors un vide autant qu’il ouvre des perspectives à des travaux futurs, sur ce livre autant que sur le reste du Commentaire.

Dans le passage au cœur du cinquième livre (135b3-137c3), Parménide invite le jeune Socrate à s’entraîner s’il veut lever les apories relatives aux Idées évoquées dans la première partie du dialogue et ainsi préserver la dialectique. Pour les lecteurs, cela implique de lever la difficulté suivante : l’exercice préalable à la dialectique auquel Parménide invite Socrate est-il déjà lui-même l’exercice de la dialectique ? Ou, pour utiliser les deux notions qui animent ce passage, l’exercice et l’hypothèse, le déploiement de l’hypothèse est-il déjà la découverte des réalités stables et identiques, ou bien est-il une préparation cantonnée à un niveau hypothétique qu’il n’entend pas dépasser ? La difficulté, qui figure parmi celles que Proclus rapporte à la fin du premier livre, est alors de concilier Parménide et République, où Platon définit la dialectique comme la capacité à s’élever au-delà des hypothèses et à atteindre l’anhypothétique. Dans la perspective qui consiste à expliquer Platon à partir de Platon, Proclus entend ainsi montrer la cohérence qui anime les dialogues par la compatibilité entre la définition de la dialectique dans la République et son exercice dans la deuxième partie du Parménide.

Pour résumer les belles analyses de Del Forno, la dialectique est pour Proclus une γυµνασία, non pas au sens d’exercice que les jeunes doivent pratiquer, tout comme ils doivent s’exercer à la dialectique aristotélicienne, mais au sens d’un allenamento, pour suivre la traduction de Del Forno : loin d’un simple bavardage, elle constitue un entrainement qui relève de la pensée discursive, en tant que la méthode hypothétique est déjà un procédé dialectique dont la portée d’entrainement s’accomplit dans la mise en relation avec le niveau supérieur de l’intellection. La dialectique est donc γυµνασία dans le sens où elle aide la pensée à atteindre un degré plus élevé de la connaissance. Elle est la διάνοια qui annonce la νόησις. Et, à cet égard, la lecture du Parménide est déjà un entraînement que Platon adresse au lecteur : à travers le parcours des déductions, il s’élève dans la connaissance de l’objet dialectisé (en l’occurrence, l’Un).

Sur ce point, Del Forno explique parfaitement comment Proclus interprète la dialectique en tant que πλάνη (errare). Cela ne signifie pas que la pensée erre sans but et se perde de façon désordonnée. Πλάνη doit être compris de façon positive : la dialectique est un mouvement, un parcours des déductions logiques. Au contraire de la νόησις qui saisit les intelligibles sur un mode pur, la dialectique est une forme de recherche et, dès lors, elle implique de traverser une matrice à vingt-quatre branches, selon un modèle structuré (Proclus applique méthodiquement les divisions suivantes : il est ou n’est pas, par rapport à lui-même ou par rapport aux autres, ce qui s’ensuit ou ne s’ensuit pas ou s’ensuit et ne s’ensuit pas – ce qui revient à systématiser le modèle du Parménide lui-même).

Je terminerai par une question aussi massive que naïve qui interroge l’expression θεωρία τῶν εἰδῶν. Celle-ci revient à plusieurs endroits du commentaire, tant celui de Proclus que celui de Del Forno. À propos de sa traduction, Del Forno écrit :

Mi servo di ‘teoria’, come fanno anche Morrow-Dillon : l’espressione ‘teoria delle idee’ è del resto di impiego ben consolidato in italiano, e non vale la pena sostiuirla con un’altra che rischia di essere meno trasparente (traduzioni alternative, non però legittimate dall’uso e comunque meno adeguate, potrebbero essere ‘assunto’ o ‘tesi’) (p. 138).

Le problème n’est pas que l’expression soit moins claire en français qu’en italien (ni même en anglais). La clarté apparente paraît empêcher de comprendre le lien avec la dialectique telle que Proclus la conçoit ici. Du reste, Del Forno lui-même ne traduit pas toujours à l’identique :

proprio per questo egli lo esorta ad acquisire maggiore esperienza attraverso la dialettica, esercitandosi su molti esempi e osserando le conseguenze delle ipotesi, per poi volgersi senz’altro a considerare le idee (ἐπὶ τὴν τῶν εἰδῶν τράπεσθαι θεωρίαν) (984, 13-20).

À quoi en définitive la dialectique mène-t-elle : à la contemplation des idées ou à une théorie déterminée ? Le commentaire semble parfois admettre une théorie des idées, un ensemble régi par des règles ou des principes. Toutefois, il n’évacue pas la question de la contemplation. La difficulté qui surgit à la lecture des analyses de Del Forno est au fond la suivante : 1) ressort-il du Commentaire que Proclus conçoit la théorie des idées au sens où nous l’entendons (quand nous parlons par exemple de la théorie de la relativité) ? Et, dans ce cas, en quoi n’est-elle pas analogue à une opinion et relève-t-elle de l’intellection ? 2) Dans le cas contraire, comment la dialectique telle que Proclus la conçoit peut-elle provoquer l’acte de contemplation ? Est-ce le parcours de l’ensemble qui conduit à l’époptie ? Mais alors, le mot « théorie » paraît tout sauf clair, d’autant qu’il risque de perdre le lecteur.

Cette question mineure ne vise cependant aucunement à nier la qualité intrinsèque du travail de Del Forno. La difficulté tient davantage à l’ambiguïté propre à la position de Proclus. Dès lors, s’il est impossible de rendre justice ici à la richesse des annotations de Del Forno, il ne fait toutefois aucun doute que ce livre fera rapidement référence dans les études dévolues au Commentaire sur le Parménide.

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