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L’ usage des fragments arabes (Le Caire, Taymūr Pāšā 290 aḫlāq) dans l’ édition arabo-latine de la Summa Alexandrinorum

In: Oriens
Author:
Frédérique Woerther UMR 8230, Centre national de la recherche scientifique / ENS Ulm France Villejuif/Paris

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Résumé

Following the work of Dunlop (1974) and Badawī (1979), this study aims to prepare the way for a new edition of the Arabic fragments of the Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn, which are preserved in Cairo manuscript Taymūr Pāšā 290 aḫlāq. This second phase of the project concerns a precise comparison between these Arabic fragments and the corresponding passages in the Arabo-Latin translation of the Summa Alexandrinorum, which was completed by Hermann the German in 1243 and will soon be published in a new edition. Comparing the Arabic fragments with the corresponding passages in Latin makes it possible: 1) to enhance earlier attempts to compile a glossary of Arabic and Latin terms as used by Hermann in his translations; 2) to evaluate how these Arabic fragments can properly be used for the new edition of the Arabo-Latin version of the Summa Alexandrinorum; 3) to draw some conclusions about the status of these Arabic fragments and Hermann’s methods, as well as Hermann’s underlying aims. The paper concludes by offering a methodological perspective on the forthcoming edition of the Summa Alexandrinorum in its Arabo-Latin version.

Résumé

Following the work of Dunlop (1974) and Badawī (1979), this study aims to prepare the way for a new edition of the Arabic fragments of the Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn, which are preserved in Cairo manuscript Taymūr Pāšā 290 aḫlāq. This second phase of the project concerns a precise comparison between these Arabic fragments and the corresponding passages in the Arabo-Latin translation of the Summa Alexandrinorum, which was completed by Hermann the German in 1243 and will soon be published in a new edition. Comparing the Arabic fragments with the corresponding passages in Latin makes it possible: 1) to enhance earlier attempts to compile a glossary of Arabic and Latin terms as used by Hermann in his translations; 2) to evaluate how these Arabic fragments can properly be used for the new edition of the Arabo-Latin version of the Summa Alexandrinorum; 3) to draw some conclusions about the status of these Arabic fragments and Hermann’s methods, as well as Hermann’s underlying aims. The paper concludes by offering a methodological perspective on the forthcoming edition of the Summa Alexandrinorum in its Arabo-Latin version.

Signalés pour la première fois par Paul Kraus en 19371, les fragments arabes contenus dans le manuscrit du Caire Taymūr Pāšā 290 aḫlāq (p. 310-317) ont été puis édités pour la première fois par Douglas Dunlop en 19742, puis par ʿAbd al-Raḥmān Badawī cinq ans plus tard3.

Dans son article de 1974, Dunlop s’ était principalement fixé la tâche d’ explorer les liens que ces fragments arabes entretiennent avec le fameux « Livre VII », inséré dans l’ Éthique à Nicomaque d’ Aristote telle qu’ on la connaît dans la tradition arabe entre les Livres VI et VII authentiques, et dont l’ auteur n’ a pas encore été identifié aujourd’ hui avec certitude4. En comparant ces fragments arabes avec le texte latin de la Summa Alexandrinorum, disponible à l’ époque dans l’ édition que Marchesi avait réalisée à partir d’ un seul manuscrit5, Dunlop était parvenu à démontrer la coïncidence du texte de la Summa avec certains de ces fragments arabes – seuls ceux qui étaient conservés dans les premières pages du manuscrit du Caire. En revanche, les fragments arabes contenus dans les pages 312 (min al-maqāla al-ṯāmina) à 317, énumérant les différentes causes de la colère, ne possédaient aucune correspondance avec la Summa, ce qui a mené Dunlop à tirer la conclusion suivante :

It would seem better meantime to assume that we have here another development like the account of the causes of anger, appearing in the Arabic of the Cairo MS. to which nothing in the Latin version corresponds, but which none the less seems to have been part of the original work. In this case we have yet another component or element which would have to be taken into account as part of the work to which the intrusive “Seventh Book” originally belonged, and it would be this that al-Fārābī had in mind when he spoke of the “Little Nicomachie”6.

Il ne s’ agira pas de discuter ici de l’ origine et de la nature du fameux « Livre VII », inséré dans la version arabe de l’ Éthique à Nicomaque et dans la version latine de la Summa Alexandrinorum entre les Livres VI et VII du traité authentique d’ Aristote, et dans les fragments arabes du manuscrit du Caire entre les Livres V et VI, mais d’ examiner dans le détail les rapports entre les fragments arabes et la version arabo-latine de la Summa Alexandrinorum, dont je prépare l’ édition critique. Cette étude, qui revêt un caractère essentiellement méthodologique, se propose de considérer les conditions et les limites de l’ usage que l’ on peut faire de ces fragments arabes dans l’ édition de la Summa, et de soulever, de manière plus générale, les questions préliminaires qu’ il importe de se poser dans l’ édition critique d’ un texte pour lequel des fragments allogènes ont également été conservés.

Il s’ agira ainsi d’ esquisser dans un premier temps la tradition de la Summa Alexandrinorum, un abrégé d’ origine peut-être grecque, réalisé à partir d’ une version de l’ Éthique à Nicomaque en onze livres, et qui n’ est aujourd’ hui disponible que dans sa version arabo-latine et quelques fragments et témoignages conservés en arabe, en hébreu et en syriaque. Dans un deuxième temps, l’ exposé des principes adoptés dans l’ édition critique que je prépare permettra de comparer avec plus de précision la version latine de la Summa avec les fragments arabes, qui font ici l’ objet d’ une réédition à partir des reproductions du manuscrit du Caire que j’ ai pu me procurer par le biais du projet, dirigé par Maroun Aouad, PhASIF (« Le patrimoine manuscrit philosophique arabe et syriaque en Île-de-France et ailleurs : trésors à découvrir et circuits de diffusion », labellisé domaine d’ intérêt majeur par la Région Île-de-France), et notamment grâce à l’ intervention de mes collègues le Professeur Josep Puig Montada et Sara Ahmed Mahmoud Abbas. Enfin, il s’ agira, à partir de ces comparaisons, non seulement de tirer des conclusions de nature méthodologique, mais également de proposer de nouvelles hypothèses sur les méthodes de traduction suivies par Hermann l’ Allemand.

1 Brève esquisse de la tradition de la Summa Alexandrinorum et de ses principaux témoins

D’ après les reconstructions proposées par Douglas Dunlop7 et la notice de Mauro Zonta8, la Summa Alexandrinorum serait un texte originellement rédigé en grec, mais qui n’ est aujourd’ hui connu que par sa traduction arabe et les traditions hébraïque et latine qui en dépendent.

Suvant Dunlop en effet, la reconstitution du titre arabe dans le manuscrit du Caire – Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn (Abrégé des Alexandrins) – semble plus vraisemblablement indiquer une origine grecque. En effet :

While the general population is regularly called in the Arabic sources ahl al-Iskandarīyah, the term al-Iskandarānīyūn was used with reference to the school of Alexandria and more generally to the later Greek scholars before Islam9.

Un ou plusieurs auteurs de l’ école d’ Alexandrie auraient ainsi rédigé un compendium de l’ Éthique à Nicomaque à partir d’ une version grecque de ce traité, qui existait alors déjà en onze livres, c’ est-à-dire composé des dix livres authentiques augmentés du « Livre VII » inséré entre les Livres VI et VII. Dunlop y a vu plus précisément l’ œuvre d’ un auteur grec du nom de Nīqūlāūs (Nicolaos), mentionné par Bar Hebraeus (Ǧrīġūriyyūs Abū l-Faraǧ Ahrūn al-Ṭabīb al-Malaṭī al-maʿrūf bi-Ibn al-ʿIbrī, 623/1226-685/1286) dans son Taʾrīḫ muḫtaṣar al-duwal (Histoire abrégée des dynasties) :

‮ومن الفلاسفة القريبة العهد من هذا الزمان نيقولاوس قد تقدّم في معرفة الحكمة وله من التصانيف كتاب من جمل فلسفة ارسطوطاليس ولنا نسخته بالسرياني نقل حُنين بن اسحق وكتاب النبات وكتاب الردّ على جاعل العقل والمعقولات شيئاً واحداً قال ابن بطلان ان اصله من اللاذقية وبها ولد…‬‎

Et parmi les philosophes quasi-contemporains de cette époque [sc. l’ époque de l’ Empereur Julien], il y eut Nicolaos, qui progressa dans la connaissance de la sagesse. Il fut l’ auteur de plusieurs livres : le Livre du Compendium de la philosophie d’ Aristote (nous en possédons une copie en syriaque, traduite par Ḥunayn b. Iṣhāq), le Livre des Plantes, et le Livre de la Réfutation de celui qui fait de l’ intellect et de l’ intelligible une même chose. Ibn Buṭlān dit qu’ il était originaire de Lattakié et qu’ il y était né10.

Comme l’ a souligné Dunlop, Bar Hebraeus a repris ces informations d’ Ibn al-Qifṭī (568/1172-646/1248)11, lequel dépend de deux sources distinctes. La première source est le Fihrist d’ Ibn al-Nadīm (377/987) – ou une source qui leur est commune, comme pourrait l’ être la liste des livres de Yaḥyā b. ʿAdī, utilisée par Ibn al-Nadīm lui-même –, dont les informations coïncident avec la première partie de la notice d’ Ibn al-Qifṭī. La seconde source d’ Ibn al-Qifṭī est le récit, par Ibn Buṭlān (m. 460/1068), du voyage qu’ il effectua à partir de 440/1049 et qui le conduisit depuis Baġdād jusqu’ au Caire, et en passant par Raḥba, Ruṣāfa, Alep, Antioche, Lattakié et Jaffa. Ce récit, utilisé par Yāqūt al-Rūmī (m. 626/1229), mentionne en effet Nicolaos dans les termes suivants :

‮ومن هذه المدينة اعنى اللاذقية خرج نيقولاوس صاحب جوامع الفلسفة وتوفلس صاحب الحجج في قدم العالم…‬‎

Et de cette cité – je veux parler de Lattakié – étaient originaires Nicolaos, auteur de Résumés de la philosophie, et Tūfls12, auteur des Arguments pour l’ éternité du monde13

Ces passages mettent ainsi clairement en relation un auteur du nom de Nicolaos, peut-être originaire de Lattakié/Laodicée – suivant le seul témoignage d’ Ibn Buṭlān, repris par Ibn al-Qifṭī, puis Bar Hebraeus –, avec la rédaction d’ Abrégés ou de Résumés de la philosophie (d’ Aristote). Et c’ est Bar Hebraeus seul qui situe ce Nicolaos au IVe s. après J.-C. Pour Dunlop, que suit Zonta14, une telle figure n’ a pas d’ existence et est le fruit d’ une confusion avec Nicolas de Damas, que l’ on situe au Ier s. avant J.-C., qui serait le véritable auteur mentionné par les sources15. L’ identification précise de cet auteur grec – Nicolaos –, sa ville d’ origine et l’ époque à laquelle il convient de situer son activité semblent donc encore le sujet d’ âpres controverses. Il ne s’ agit pas, dans le cadre de cette étude, de rappeler les divers arguments brandis par les spécialistes, et encore moins de d’ apporter une réponse définitive à cette question.

Dans tous les cas, l’ abrégé grec, œuvre de Nicolaos, aurait ensuite été traduit en syriaque. Dunlop rappelle en effet que Ibn Zurʿa (m. 1008), qui est vraisemblablement l’ auteur de la traduction arabe de la Summa (voir infra), ne connaissait guère le grec mais était connu pour traduire ses textes depuis leur version syriaque, et que le Fihrist d’ Ibn al-Nadīm mentionne explicitement un traité d’ éthique anonyme, traduit du syriaque en arabe par Ibn Zurʿa, qui pourrait bien être identifié à un abrégé syriaque de l’ Éthique à Nicomaque :

Nor will the translation necessarily have been made directly from the Greek. (…) Perhaps therefore it is preferable to think of Ibn Zurʿah as having made his translation directly from Syriac, as he did in other cases ; Ibn al-Nadīm in the Fihrist states this distinctly, giving a breakdown of ‘what [Ibn Zurʿa] translated from Syriac’ (mā naqalahu min as-Suryānī) and even mentioning a treatise on ethics (maqālah fī ‘l-akhlāq) translated from Syriac by Ibn Zurʿah, which he tells us was anonymous (majhūlah). If by this the Arabic abbreviation of the Nicomachean Ethics is meant, the description at first sight seems appropriate, for the identity of the original author as distinct from the Arabic translator as yet eludes us16.

De son côté, Zonta a identifié dans La Crème de la Science de Bar Hebraeus un passage (en syriaque) correspondant à la Summa Alexandrinorum dans sa version latine (EN V 3-5, 1130a 5-10 ; 1131a 2-9). Toutefois, la comparaison terme à terme du syriaque de Bar Hebraeus et du latin indique que le syriaque présente un texte plus complet que le latin. Soulevant la question du modèle qui a été utilisé par Bar Hebraeus – l’ arabe, traduit directement par Bar Hebraeus, ou la version syriaque qui a été réalisée à partir du grec et a servi ensuite de modèle à Ibn Zurʿa –, Zonta conclut que le passage en syriaque conservé dans La Crème de la Science est certainement un extrait de l’ intermédiaire syriaque, traduit du grec, et qui a servi de modèle au traducteur arabe17.

Une première observation du fragment syriaque tend à confirmer les conclusions de Zonta : loin d’ être l’ œuvre de Bar Hebraeus qui l’ aurait directement traduite à partir d’ un modèle arabe, ce fragment est extrait d’ une traduction syriaque qui aurait été exécutée à une date ancienne. En effet, outre que certains termes en syriaque sont en effet des calques directs du grec (ce qui interdit l’ hypothèse d’ une traduction syriaque faite à partir d’ un modèle arabe), on note, vers la fin du fragment, un développement qui n’ a de correspondance ni dans la version grecque d’ Aristote, ni dans la traduction latine d’ Hermann, et qui est un référence très nette aux martyrs chrétiens. Toutefois, la conclusion de Zonta demande à être encore affinée, dans la mesure où :

  1. les références chrétiennes présentes dans la version syriaque ne sont peut-être pas originales et peuvent avoir été ajoutées par le traducteur syriaque : il importe donc de caractériser plus précisément le caractère « plus complet » du fragment syriaque par rapport à la version arabo-latine de la Summa, et de soulever l’ existence possible d’ un modèle syriaque qui serait commun à la fois à la version syriaque utilisée par Bar Hebraeus (avec des développements allogènes), et au modèle syriaque utilisé par Ibn Zurʿa pour l’ exécution de la traduction arabe ;

  2. le fragment syriaque ne contient pas certains passages qui ont pourtant des correspondances dans le grec d’ Aristote, mais aussi dans la traduction arabo-latine d’ Hermann : ces omissions doivent-elles être imputées au caractère lacunaire du texte syriaque dans lequel Bar Hebraeus aurait puisé sa citation ? Ou s’ agit-il d’ un choix raisonné de la part de Bar Hebraeus, qui n’ aurait pas souhaité citer le passage dans son intégralité ?18

En tout état de cause, Dunlop estime que cet intermédiaire syriaque aurait été traduit en arabe par Ibn Zurʿa (331/943-398/1008). Il tire son argument principal de la comparaison de trois textes.

1º Le premier est un passage du Muntaḫab ṣiwān al-ḥikma de Siǧistānī :

‮وممّا ترجمه من كلام أرسطوطيلس قوله : الانسانيّة أفقّ والانسان متحرّك الى أفقه بالطبع ودائر على مركزه إلّا أن يكون مؤوفا بطبيعته مخلوطا بأخلاق بهيميّة ومن رفع عصاه عن نفسه وألقى حبله على غاربه وسيّب هواه فى مرعاه ولم يضبط نفسه عمّا يدعو اليه بطبعه وكان ليّن العريكة لاتباع الشهوات الرديئة فقد خرج عن أفقه وصار أرذل من البهيمة بسوء إيثاره.‬‎

Et parmi ce qu’ il [sc. Abū ʿAlī ʿĪsā b. Zurʿa al-Baġdādī] traduisit des propos d’ Aristote, il y a le passage suivant : « l’ humanité est un horizon, et l’ homme se meut naturellement vers son horizon et tourne autour de son centre, sauf quand il est affecté par sa nature et qu’ il est mêlé à des caractères bestiaux. Celui qui suspend sa marche, rompt son licol, laisse errer ses passions, brides lâchées, à travers leurs pâturages, celui qui ne se retient pas devant ce vers quoi il est poussé par sa nature19 et qui est prêt à suivre les mauvais désirs, celui-là a perdu son horizon et est devenu pire que les bêtes sauvages en raison de ses mauvaises préférences »20.

2º Le deuxième est un passage, qui est la reprise de Siǧistānī, conservé dans le Kitāb al-Muqābasāt (Livre des Entretiens) d’ Abū Ḥayyān al-Tawḥīdī (m. 414/1023) :

‮قال ارسطوطاليس فيما ترجم من كلامه عيسى بن زرعة المنطقى البغدادى أبو علىّ : الانسانية أفق والانسان متحرك إلى أفقه بالطبع ودائر على مركزه إلا إنّه مرموق بطبيعته ملحوظ بأخلاق بهيمية ومن رفع عصاه عن نفسه وألقى حبله وسيّب هواه فى مرعاه ولم يضبط نفسه عما تدعو إليه بطبعه وكان لين العريكة لاتباع الشهوات الردية فقد خرج عن أفقه وصار إلى أرذل من البهيمية لسوء إيثاره.‬‎

Aristote a dit dans ce que ʿĪsā b. Zurʿa al-Manṭiqī al-Baġdādī Abū ʿAlī a traduit de son propos : « l’ humanité est un horizon, et l’ homme se meut naturellement vers son horizon et tourne autour de son centre, sauf qu’ il se signale par sa nature et se remarque par un caractère bestial. Celui qui suspend sa marche, rompt son licol, laisse errer ses passions, brides lâchées, à travers leurs pâturages, celui qui ne se retient pas devant ce vers quoi il est poussé par sa nature et qui est prêt à suivre les mauvais désirs, celui-là a perdu son horizon et est devenu pire que les bêtes sauvages en raison de ses mauvaises préférences »21.

3º Le troisième est un passage extrait de la traduction arabo-latine de la Summa Alexandrinorum (VII, 1) par Hermann l’ Allemand :

Homo habet metas suas ad quas mouetur naturaliter et infra quas reuoluitur circa ipsarum centrum, nisi acciderit nature sue occasio ad mores bestiarum ipsarum inclinans, que solutis habenis secundum motum proprii appetitus uagantur per pascua, neque continent se ab aliquo eorum ad que ducit eas natura sua. Et hoc modo egrediatur ambitum metarum suarum qui immo peior tunc efficitur bestiis propter sue eligentie prauitatem.

1 infra] contra Fi, ultra Ma Pa Vp, non leg. S2 ipsarum] ipsorum Fr Vt ‖ acciderit] accideret Fi Vt, accidit Fr Ma, accidet (sic) V, non leg. S3 ipsarum] ipsam L ‖ que] om. Fr Ma, non leg. S ‖ habenis] heremis Mb, habemus Pb3-4 motum proprii appetitus] morem proprii appetitus Fi, motum proprium Mb, non leg. S4 neque] ne Fr, non leg. S ‖ continent] continet Fi, contines V5 ducit eas] deducit eos L, ducit eos Fr Ma Vp, ducit ea Vt ‖ egrediatur] egrediuntur Fr Vp, aggrediatur corr. alt. man. uel transgreditur Fi, egreditur L V, non leg. S ‖ suarum om. Fr6 qui immo] quin ymmo Fr Mb V Vt, qui minimo L Pa Pb Vp, qui uno Ma, non leg. S ‖ tunc] om. Fr Ma Vp ‖ bestiis] non leg. S, bestiis sunt efficitur V ‖ prauitatem] non leg. S, om. V.

L’ homme possède ses propres bornes vers desquelles il se meut naturellement et à l’ intérieur desquelles il retourne vers leur centre, à moins que sa nature en arrive à dévier vers les mœurs des bêtes sauvages elles-mêmes qui, les brides lâchées, errent suivant le mouvement de leur propre désir à travers les pâturages et ne s’ abstiennent d’ aucune des choses vers lesquelles leur nature les conduit. Et c’ est de cette façon que sort de l’ enceinte déterminée par ses bornes celui qui est alors devenu pire que les bêtes sauvages en raison du caractère dépravé de son choix22.

Cet Abū ʿAlī ʿĪsā b. Isḥāq b. Zurʿa b. Marqus b. Zurʿa b. Yuhannā est un auteur chrétien jacobite de Bagdad, mentionné par les principaux bio-bibliographes arabes, Ibn al-Nadīm (m. 385 ou 388/995 ou 998)23, Ibn al-Qifṭī (m. 646/1248)24, et Ibn Abī Uṣaybiʿa (m. 668/ 1270)25. Versé dans la logique et la philosophie, il fut également traducteur, et l’ on compte parmi ses livres un grand nombre de traités consacrés à Aristote. Outre la traduction arabe de la Summa Alexandrinorum, des Réfutations sophistiques, des Épîtres de Thémistius, et la rédaction de traités logiques et philosophiques – à l’ instar des Buts des Livres logiques d’ Aristote, ou du Livre du résumé du Livre d’ Aristote Sur les parties habitées de la terre – que les bio-bibliographes cités précédemment lui attribuent, il convient de rappeler que ʿĪsā b. Zurʿa est aussi l’ auteur de traités théologiques de dogmatique et d’ apologétique chrétiennes, à l’ instar de son maître Yaḥyā b. ʿAdī26.

Il faut noter que d’ autres auteurs ont, contre Dunlop, défendu l’ idée que l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn était un abrégé arabe qui aurait été directement réalisé à partir de la version arabe de l’ Éthique à Nicomaque27. Manfred Ullmann a notamment avancé des arguments très convaincants à ce sujet. Il démontre en effet que le passage du Ṣiwān al-ḥikma, que l’ on retrouve également dans la traduction d’ Hermann, serait en réalité un apophtegme, réunissant plusieurs figures caractéristiques des expressions arabes d’ origine bédouine, et qui aurait été introduit après coup dans le texte de l’ Iḫtiṣār. Aussi, Ibn Zurʿa ne peut être le traducteur de la Summa, et on ne peut plus dès lors considérer comme epritmentes toutes les conclusions qui dérivent de ce postulat, à savoir que la version arabe dépendrait d’ un modèle syriaque, et que Nicolas de Damas aurait été l’ auteur de la Summa.

Comparant avec précision les textes de la Summa avec les passages correspondants chez Mubaššir b. Fātik, la version arabe et la version grecque de l’ Éthique à Nicomaque, Ullmann indique que l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn a été réalisé à partir du texte arabe de l’ Éthique tel qu’ on le connaît aujourd’ hui – c’ est-à-dire dans la version où les Livres I-IV avaient déjà été remplacés par la traduction d’ Isḥāq b. Ḥunayn.

À cela s’ ajoutent d’ autres indices, parmi lesquels : l’ inclusion du « Livre VII » inauthentique dans la Summa Alexandrinorum ; la présence, dans la Summa ou dans certains fragments arabes conservés de l’ Iḫtiṣār, de certains passages bien plus proches du texte arabe de l’ Éthique à Nicomaque que de sa version originale, grecque28.

En tout état de cause, la version arabo-latine de l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn, connue sous le titre de Summa Alexandrinorum, est réalisée par Hermann l’ Allemand en 1243. C’ est ce qu’ indique l’ Explicit de la traduction :

Summa Alexandrinorum, Explicit

Incipiamus ergo et dicamus. Explicit prima pars Nicomachie Aristotilis que se habet per modum theorice, et restat secunda pars que se habet per modum practice. Et expleta est eius translatio ex arabico in latinum anno Incarnationis Verbi MCCXLIII octauo die Aprilis.

1-4 incipiamus ergo… octauo die aprilis] explicit prima pars nicomachie aristotelis que se habet per modum theorice L, om. Mb Pb1 dicamus explicit prima pars] dicamus Pa, dicamus explicit prima pars de Vp ‖ nicomachie] ycomachie Fr Vp2 secunda] substantia Ma Pa2-3 theorice… per modum] om. Vt3 expleta est] est expleta Fi ‖ ex] ab Pa3-4 anno incarnationis uerbi] ab incarnatione domini Pa4 MCCXLIII octauo die aprilis] MCCXLIII octauo die aprilis explicit summa perutilis de moribus que uocatur translatio alexandrina liber (libri Vp, libro Fr) ethicorum aristotelis Fr Ma Vp, explicit prima pars nicomachie aristotelis que se habet per modum theorice L, MCCXLIIII explicit prima pars VIII die aprilis Pa.

Commençons donc et disons. Fin de la première partie de Nicomaque d’ Aristote qui se présente sur le mode de la théorie, et il reste la seconde partie qui se présente sur le mode de la pratique. Sa traduction de l’ arabe en latin a été achevée l’ année 1243 de l’ Incarnation du Verbe, le 8 avril29.

Cette traduction est aujourd’ hui disponible dans quatorze manuscrits (dont un fragmentaire, c’ est le manuscrit C) :

A :

Admont, Stiftsbibl. 608, fol. 43r–60v, s. XIII2

L :

London, Gray’s Inn Library 2, fol. 219r–337v, s. XIII ex.

O :

Oxford, Bodl. Canonic. class. Lat. 271, fol. 218r–245r, s. XV

Pa :

Paris, BNF, Lat. 12954, fol. 3v–27v, s. XIII2

Pb :

Paris, BNF, Lat. 16581, fol. 3r–50v, s. XIII med.

C :

Cologne, Stadtarchiv GB f 12/13 = Best. 7002, 12/13, fol. 2r, s. XV

Fr :

Francfort, Stadtbibl. Dominicani 1110 = Praed. 51, fol. 182r–194r, anno 1438

Ma :

Munich, Staatsbibl. CLM 8001, fol. 13r–24r, s. XIII ex.

Mb :

Munich, Staatsbibl. CLM 9624, fol. 9624, fol. 25r–41r, s. XIII-XIV

Fi :

Florence, Laurent. Gadd. Plut. LXXIX inf. 41, fol. 134r–144r, s. XIII2

S :

Séville, Columbina 7.4.22, fol. 110r–131r, s. XV

V :

Venise, Bibl. S. Marco, Lat. 262 (= 1964), fol. 4r–15v, anno 1394

Vp :

Uppsala, Univ. C. 55, fol. 80r–97r, s. XIII-XIV

Vt :

Vatican, Palat. Lat. 317, fol. 97r–108v, s. XIV init.

Marie-Thérèse d’ Alverny30 a distingué, dans l’ ensemble des témoins latins, deux recensions : d’ une part, une version proche de la version originale d’ Hermann (il s’ agit des apographes directs ou indirects, de la version contenue dans l’ autographe d’ Hermann, qui est perdu), et dont l’ un des témoins (Fi) a été édité par Concetto Marchesi31 ; d’ autre part, une redactio patauina, qui est une forme aménagée et réécrite du texte, qui contient titres et chapitres, et que l’ on retrouve dans les manuscrits A et O. Le manuscrit A a été édité par George B. Fowler en 198232. C’ est cette version qui fut ensuite traduite en toscan par Taddeo Alderotti, laquelle fut amplement utilisée par le Florentin Brunetto Latini pour composer en français le livre VI de son Trésor33.

Steven Harvey a démontré que Miskawayh, dans le Tahḏīb al-aḫlāq, et Shem Ṭov b. Falaquera (m. 1295 ?), dans le Sepher Shelemut ha-maʿasim (Livre de La perfection des actions)34, ont recouru tous deux, mais indépendamment l’ un de l’ autre, à un même texte arabe qui n’ est pas l’ Éthique à Nicomaque d’ Aristote, mais une source éthique aristotélicienne (un commentaire ou une paraphrase), qu’ il nomme S35. Cette source commune à Miskawayh et Falaquera est en réalité l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn, comme l’ a montré Bruno Chiesa36, qui a isolés les treize passages cités par Falaquera dans le Shelemut ha-maʿasim avant de les comparer à la version latine de la Summa Alexandrinorum (dans son édition par Marchesi)37, et est parvenu ainsi à établir que Falaquera a effectivement traduit en hébreu de larges extraits de l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn, qu’ il inséra ensuite dans certains de ses écrits, et en particulier dans les six premiers chapitres du Shelemut ha-maʿasim. Cette traduction arabo-hébraïque se rapproche du caractère d’ un compendium, où l’ auteur n’ aurait réuni que des morceaux choisis38 qu’ il paraphrase plus qu’ il ne traduit39.

Si l’ on s’ en tient donc aux preuves matérielles qui subsistent, la véritable histoire du texte de la Summa Alexandrinorum ne commence qu’ avec sa version arabe, connue sous le nom d’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn, et perdue dans sa version intégrale. Elle subsiste aujourd’ hui en arabe uniquement sous une forme fragmentaire :

  1. six fragments cités dans le Tahḏīb al-aḫlāq (Raffinement du caractère) de Miskawayh (m. 421/1030) ;

  2. sept fragments conservés dans le manuscrit d’ Oxford, Bodleian, Marsh 539 (XIe s.), disponible aujourd’ hui dans l’ édition et la traduction d’ Elvira Wakelnig40 ;

  3. trente fragments cités dans le Muḫtār al-ḥikam wa-maḥāsin al-kalim (Les Sentences choisies et les fins propos), composés en 440/1048/9, par Mubaššir b. Fātik (Ve/XIe s.) ;

  4. sept fragments conservés dans le manuscrit du Caire, Taymūr Pāšā 290 aḫlāq, dont il sera ici question.

Il faut ajouter à ces témoins arabes :

L’ ensemble de ces témoins seront pris en considération dans l’ édition du texte latin de la Summa Alexandrinorum que je projette de réaliser41. Cette version latine, dont le modèle arabe est perdue, et qui a été exécutée par le traducteur de Tolède, Hermann l’ Allemand – auteur par ailleurs d’ autres traductions en latin de textes philosophiques arabes42 – est en effet de la seule version de ce texte qui ait été conservée dans son intégralité.

Les conditions et les limites de l’ usage des fragments arabes dans l’ édition arabo-latine de la Summa Alexandrinorum seront observées :

  1. à partir de la collation réalisée à partir des douze manuscrits latins (les manuscrits A et O renfermant en effet ce que Marie-Thérèse d’ Alverny a nommé la redactio patauina) ;

  2. de la transcription des fragments arabes conservés dans le manuscrit du Caire.

Les passages communs aux deux versions ont été mises en évidence en rouge (dans la version arabe) ou en gras (pour la version latine et les traductions françaises).

Le manuscrit Taymūr Pāšā 290 aḫlāq (= Kar)

Les fragments sont conservés dans le manuscrit Taymūr Pāšā 290 aḫlāq, qui a été décrit par Louis Cheikho43. Le volume mesure 230 × 160 mm, et contient 360 pages de 17 lignes chacune. Son écriture « nette et régulière, est du genre appelé naskhi ». La copie n’ est pas datée, mais Cheikho est « prêt à le faire remonter au XIVe siècle »44.

Le manuscrit contient vingt textes de taille inégale, et dont les titres sont répertoriés dans la table des matières finale. Une première section rassemble des traités d’ éthique, d’ économie domestique et de politique, qu’ ils soient anonymes, ou composés par et/ou attribués à Yaḥyā b. ʿAdī, Galien, Thémistius, Platon, etc.

Les fragments arabes de l’ Iḫtiṣār appartiennent à la seconde section du volume (p. 266-360), dans laquelle sont rassemblés des fragments, « amalgamés et reliés sans aucun ordre et sans suite. Il est difficile d’ en reconstituer un traité complet. Un ancien possesseur du manuscrit arabe aura relié ces feuillets détachés pour les conserver »45.

Les fragments de l’ Iḫtiṣār sont consignés dans les pages 310-312 du manuscrit, dont la table des matières (p. II-III), datée par Dunlop des XIV-XVe siècles, signale les textes suivants :

‮‭٣١٠‬‬‎

‮من كتاب الاخلاص اختصار الاسكندرانين‬‎

‮‭١٥‬‬‎

‮‭٣١٢‬‬‎

‮من المقالة السابعة‬‎ – ‮من المقالة الثامنة‬‎

‮‭١٦‬‬‎

1 ‮الاسكندرانين‬‎ corr. alter manu : ‮الاسكندراهعين‬‎.

Comme l’ indique Dunlop, le titre du texte 15, débutant p. 310, est erroné et a été corrigé, mais il renvoie bien à l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn :

… the title appears as Min kitāb al-ikhlāṣ ikhtiṣār plus another word or words. This has already caused difficulty, but no doubt kitāb al-ikhlāṣ should be read kitāb al-akhlāq (Book of Ethics). The latter part of the notice reads al-Iskandar ahmīn ( ?) with the correction in a later hand al-Iskandarānīn, apparently for al-Iskandarāniyyīn46.

Les sept fragments arabes correspondants à la version latine de la Summa constituent l’ ensemble du texte 15, ainsi que le début du texte 16, jusqu’ à la p. 312,16. Les développements qui occupent le reste du texte 16 (312,17-317) n’ ont pas de correspondance avec la version latine de la Summa, bien qu’ ils traitent de certains vices et de leurs vertus correspondantes, et de la colère : ils ne seront pas retranscrits ici47.

2 L’ édition des fragments arabes avec leur traduction française et les passages parallèles dans la version arabo-latine de la Summa Alexandrinorum

2.1 Fragment 1, p. 310,11-311,4 (Summa, ad EN I 1, 1094a 1-16) [= Dunlop p. 260,1-8 ; Badawī p. 439,1-440,3]

‮من المقالة الاولى. كل صناعة ومذهب وهمة وفعل واختيار فإنه يظن به أنه يقصد إلى خير ما فالخير هو الذي يتشوقه الكل. والمقصودات الصناعية كثيرة مختلفة منها ما هو فعل ومنها ما هو انفعال. والانفعال فيها أفضل من الفعل. فإن غرض الطب الصحة. وبعض الصناعات يدخل تحت بعض كالجنس والنوع والشخص. والمقومة أشرف. وكما أن للمطبوعات تماماً تقصده الطبيعة بذاتها وللمعقولات تماماً يقصده العقل بذاته كذلك للمصنوعات تمام تقصده المهنة الإنسية بذاتها وهو الخير المقصود.‬‎

Premier traité. De chaque art, chaque méthode, chaque aspiration, chaque action, et chaque choix, on estime qu’ ils visent quelque bien, car le bien, c’ est ce que désire tout le monde. Et les visées relatives à l’ art sont nombreuses et différentes ; parmi elles, ⟨il y a⟩ ce qui est action, et parmi elles ⟨il y a⟩ ce qui est acte. Et l’ acte est meilleur en ces arts que l’ action. Car le but de la médecine, c’ est la santé. Et certains arts entrent sous certains ⟨arts⟩, comme le genre, l’ espèce et l’ individu. Et ce qui est constitutif est le plus honorable. Et de même que les choses ⟨produites par⟩ la nature possèdent une perfection que vise la nature par soi et que les choses intelligibles possèdent une perfection que vise l’ intellect par soi, de la même manière les choses produites par l’ art possèdent une perfection que vise par soi le métier humain, et c’ est le bien visé.

Summa Alexandrinorum, ad EN I 1, 1094a 1-16

Omnis ars et omnis incessus et omnis sollicitudo uel propositum et quelibet actionum et omnis electio ad bonum aliquod tendere uidetur. Optime ergo diffinierunt bonum dicentes quod ipsum est quod intenditur ex modis omnibus. Sunt autem intenta per artes multa diuersa. Quedam enim sunt actio ipsamet, et quedam sunt ipsum actum. Cumque sint artes ac ipsarum actiones multe, erunt intenta per ipsas multa. Attamen actum in ipsis existit melius actione. Est igitur intentum per medicinam sanitas, et per artem deductiuam exercituum uictoria, et per nauium structuram nauigatio, et per dominum rectiuam diuitie, et ista sunt acta honorabilia. Quedam autem artium habent se habitudine generum, et quedam habitudine specierum, et quedam habitudine indiuiduorum. Ideoque quedam ipsarum sunt sub aliis, ut sub militari factiua frenorum, et cetere artium instrumentorum militarium. Et ut sub arte exercituali cetere omnes bellice siue litigatorie, et simpliciter honorabilissima omnium artium est constitutiua et instructiua ceterarum. Et quemadmodum quibus rebus a natura productis est perfectio quam per se natura intendit et intelligibilibus est perfectio quam intendit per se intellectus, eodem modo rebus effectis ab arte est perfectio quam per se intendit artificium humanum. Hec autem perfection est bonum ad quod intenditur.

1 incessus] incessus corr. in marg. intellectus Pb, intellectus Fr Ma Pa V Vp ‖ et omnis] et est omnis Vp, om. Ma ‖ uel propositum] om. Vt ‖ et3] uel Ma2 optime] aptius Fr Ma Vp : non leg. S3 bonum dicentes] dicentes bonum Fr, bonum di… (non leg.) S ‖ ipsum est quod intenditur ex modis omnibus] quod intenditur modis in omnibus Fr, intendere modis omnibus Ma, ipsum est quod intenditur ex omnibus modis Pa, intenditur modis omnibus Vp4 artes] partes Fr, artem Vt ‖ multa] multas Fi, multum Fr Ma Vp ‖ quedam enim] quedam Fr, et quedam Ma4-5 actio ipsamet et quedam sunt ipsum actum] ipsamet operatio et quedam sunt ipsorum actus Fr, actio Ma, ipsamet et quedam sunt ipsum actum Vp5 ac ipsarum] et ipsarum Fr, ac ipsorum Ma6 actum in ipsis existit] actus in ipsis consistit Fr, actum in ipsis L, actum in ipsis existit S ‖ melius] uilius Pb7 intentum] instrumentum Vp, non leg. (inuentum ?) S ‖ deductiuam] regitiuam uel reductiuam Fi, deductam Ma ‖ exercituum] exercitiuum Mb, exercitandum Vp, exercitiue Vt8 nauigatio] nauis Fr Ma Vp ‖ dominum] domus Fi Fr L Pb S Vp Vt, domum Mb9 habent se] se habent Fr S9-10 generum et quedam habitudine specierum] specierum Mb, generum quedam specierum Pa, generum Pb11 ideoque] ideo est Fr ‖ sunt] om. Fr Ma Vp ‖ ut sub militari factiua frenorum] factiua frenorum sub militari Ma, factura frenorum sub militari Fr Vp12 ut] om. Fi Pa13 siue] ut Vp13-14 est constitutiua] est constructiua Fr Pb Vp, constructam Ma, constitutam Pa14 instructiua] instructam Ma ‖ ceterarum] ciuitatum Vt ‖ quibus] quidem Fr L Mb Vt, quibus quet ? abbr. Fi15 per se natura] natura per se Fr Ma Vp ‖ intelligibilibus] in intellegibus Fr, in intellectibus Vp, in intelligibilibus S ‖ perfectio] perfectis L16 intendit per se] per se intendit Fr Ma Pa Vp, per se Mb ‖ intellectus] intellectus artificiorum et humanorum Fr ‖ effectis ab arte] effectis sub arte Ma, effectiuis Pa, perfectis ab arte S17 quam per se intendit] quam intendit per se Pa ‖ bonum] om. Mb.

Tout art, toute méthode et tout souci ou visée, chaque action et tout choix semblent tendre vers quelque bien. On a donc parfaitement défini le bien en disant qu’il est ce vers quoi l’ on tend de toutes les manières. Or les buts visés au moyen des arts sont nombreux et divers. En effet, certains sont l’ activité elle-même, d’ autres sont l’ acte lui-même. Puis donc que les arts et leurs actions sont nombreux, les buts visés, au moyen d’ eux, seront nombreux. Cependant, l’ acte, en eux, est meilleur que l’ action. Donc le but visé par la médecine est la santé, et ⟨le but visé⟩ par l’ art de conduire les armées est la victoire, et ⟨le but visé⟩ par la construction de bateaux est la navigation, et ⟨le but visé⟩ au moyen de l’ art de régir une maison, ce sont les richesses, et ce sont là des actes honorables. Or, certains arts présentent la disposition de genres, d’ autres la disposition d’ espèces, et d’ autres la disposition d’ individus. C’ est pourquoi, certains d’ entre eux sont subordonnés à d’ autres, par exempl sont subordonnés à ⟨l’ art⟩ militaire ⟨l’ art⟩ de fabriquer des freins et tous les autres arts des instruments militaires, et sont subordonnés à l’ art militaire tous les autres arts de la guerre ou relatifs aux disputes et, simplement, les plus honorables de tous les arts confèrent aux autres arts une place et un rang. De même que les choses produites par la nature possèdent la perfection que la nature vise par soi, et que les choses intelligibles possèdent la perfection que l’ intellect vise par soi, de la même manière les choses réalisées par l’ art possèdent la perfection que l’ art humain vise par soi. Or, cette perfection est le bien vers lequel on tend.

2.2 Fragment 2, p. 311,5-8 (Summa, ad EN I 1, 1095a 2-13) [= Dunlop p. 260,9-12 / Badawī p. 440,4-7]

الأحداث غير المقموعين والتباع في الشهوات لا ينتفع بهم في الدنيا في السياسة. وأما الذي يستعمل الشهوات على قدر ما ينبغي وفي الوقت وبالمقدار الذي ينبغي وحيث ينبغي فما أكثر الانتفاع به فيما علم من صناعة السياسة.‬‎

On ne tire aucun profit, en ce monde, dans la politique, des jeunes gens qui ne sont pas domptés et qui poursuivent les désirs. Quant à celui qui use des désirs dans la mesure qu’ il faut, quand ⟨il faut⟩, selon la quantité qu’ il faut et où il faut, quel grand profit tire-t-on de lui dans la science issue de l’ art de la politique !

Summa Alexandrinorum, ad EN I 1, 1095a 2-13

Pueri ergo dissoluti et desideriorum persecutores non proficiunt penitus ex arte ciuili. Qui autem utitur desiderio secundum quod oportet et quando oportet et quantum oportet et ubi oportet, hic plurimum proficiet ex scientia artis ciuilis.

2 desiderio] ut oportet et Fr Ma2-3 et quando oportet et quantum oportet et ubi oportet] om. Fr, et quantum oportet et ubi oportet L S Vt, et quando Ma, et quando oportet et quantum oportet et ut oportet et ubi oportet Pb, et ut oportet et quantum oportet Vp3 proficiet] proficit Fi S, proficet Vt3-4 artis ciuilis] ciuilis artis Fr Ma Vp.

Donc les enfants dépravés et qui poursuivent leurs désirs ne tirent absolument aucun profit de l’ art politique. Mais celui qui au contraire use du désir selon ce qu’ il faut, quand il faut, autant qu’ il faut et où il faut, celui-là tirera le plus grand profit de la science de l’ art politique.

2.3 Fragment 3, p. 311,9-12 (Summa, ad EN I 6-7, 1096b 14-5, 1097b 1) [= Dunlop p. 260,13-15 / Badawī p. 440,8-10]

الخير ضربان خير بذاته وخير من أجل غيره. والمطلوب لذاته أفضل من المطلوب لغيره. فنحن نريد السعادة القصوى لذاتها إذ هي غاية غرضنا ونريد الفضائل من أجل السعادة.‬‎

Le bien est de deux sortes : le bien en soi et le bien en vue d’ autre chose. Ce qui est recherché en soi vaut mieux que ce qui est recherché en raison d’ autre chose. Nous voulons le bonheur ultime en soi, puisqu’ il est la fin de notre visée et nous voulons les vertus en vue du bonheur.

Summa Alexandrinorum, ad EN I 4, 1096b 14-5, 1097b 2

Est autem bonum secundum duos modos, bonum per se et bonum propter aliud. Et quesitum quidem propter se melius est quesito propter aliud. Nos uero beatitudinem ultimam propter se uolumus, cum sit finis noster et intentum a nobis, honorem autem et uirtutes propter beatitudinem.

1 duos modos] modos duos Vt ‖ bonum per se] per se bonum Ma ‖ propter] per Pa2 et quesitum quidem propter se melius est quesito propter aliud] om. Fr L Ma Vp, et insitum quidem propter se melius est questio propter aliud Pa, et quesitum quidem propter se est melius quesito propter aliud S ‖ uero] om. Fr, autem Ma Vp3 ultimam] ultimo L ‖ noster] rerum Fr Ma, non leg. S V, rerum vel mer ? Vp.

Or, le bien existe selon deux modes : le bien en soi et le bien en vue d’ autre chose, et ce qui est recherché en raison de soi-même vaut mieux que ce qui est recherché en vue d’ autre chose. Or, nous voulons le bonheur ultime pour lui-même, puisqu’ il est notre fin et ce qui est visé par nous, ⟨tandis que nous voulons⟩ l’ honneur et les vertus en raison du bonheur…

2.4 Fragment 4, p. 311,12-312,1 (Summa, ad EN I 8, 1098b 12-22 ; 1099a 31-1099b 2) [= Dunlop p. 260,16-21 / Badawī p. 440,11-15]

الخير ينقسم على ثلاث جهات خير في النفس وخير في البدن وخير في الأشياء الخارجة. وخير النفس أفضلها. وهذا لا تظهر صورته إلا بأفعال الفضيلة. فالسعادة في اقتنائها واستعمالها معاً. والسعادة الحقيقة محتاجة في هذا العالم إلى الخيرات التي من خارج لأنه يعسر على الإنسان أن يكمل الافعال الجميلة التي هي الفضائل… [حال الأشرار].‬‎

Le bien se divise en trois parties : le bien dans l’ âme, le bien dans le corps, et le bien dans les choses extérieures à lui. Le bien de l’ âme est le meilleur d’ entre eux, et ⟨ce bien⟩, sa forme n’ apparaît qu’ à travers les actions de la vertu. Le bonheur réside donc dans leur acquisition, en même temps que dans leur usage. Le bonheur véritable requiert, dans ce monde, les biens qui viennent de l’ extérieur, parce qu’ il est difficile pour l’ homme d’ accomplir les belles actions qui sont les vertus… [l’ état des vicieux]48.

Summa Alexandrinorum, ad EN I 8, 1098b 12-22

Bonum tripliciter diuiditur : est bonum anime et bonum corporis et bonum extra corpus. Bonum ergo quod dignissime bonum dicitur est bonum anime neque apparet forma istius boni nisi in actibus qui sunt a uirtute. Et beatitudo quidem est in acquisitione uirtutum et in usu earum simul. (…) Beatitudo tamen que hic est bonis exterioribus indiget. Difficile enim est homini ut opera decora exerceat…

1 tripliciter diuiditur] diuiditur tripliciter L, tripliciter diuidicatur V ‖ et bonum1] et est bonum Fr Ma Vp Vt, bonum L Pa ‖ et] et est Vp2 corpus] corporis ? V ‖ quod] quidem ? V ‖ dicitur est] dei est Mb, dicitur uel est L, dei corr. dicitur est Pb ‖ anime] om. Fr Ma3 istius] illius Ma Mb Pa3-4 beatitudo] habitudo Fr Vp4 acquisitione] actione Ma ‖ simul] similiter Vp5 tamen] autem Fr Ma Vp ‖ hic est] est hic Fi Fr Ma Vp ‖ enim est] est enim Fi L Pb S V6 exerceat] exercant Ma.

Le bien est divisé en trois : c’ est le bien de l’ âme, le bien du corps, et le bien extérieur au corps. Donc le bien qui est le plus digne d’ être appelé bien est le bien de l’ âme, et la forme de ce bien n’ apparaît qu’ à travers les actes qui proviennent de la vertu. Le bonheur réside dans l’ acquisition des vertus, en même temps que dans leur usage. (…) Cependant, le bonheur dont il s’ agit ici requiert des biens extérieurs. Il est difficile en effet pour un homme de réaliser de belles œuvres…

2.5 Fragment 5, p. 312,1-4 (Summa, ad ENVII’ 7) [= Dunlop p. 260,22-24 / Badawī p. 440,16-18]

المحاكي المضحك ينقص ذاته وأهله ويصبر على كل شيء. ويقابله الفدم الغبي الذي لا يقول ولا يسمع. والمازح متوسط بينهما هين التنقل من حل إلى حل.‬‎

L’ imitateur comique se rabaisse lui-même et les siens, et souffre toutes choses. Et celui qui lui est opposé est le rustre imbécile qui ne parle pas ni n’ écoute. Le badin est celui qui est le milieu entre les deux, il change facilement d’ un état à un autre.

Summa Alexandrinorum, ad ENVII’ 6

Histrio est ridiculose se habens in omnibus donec se ipsum et uxorem et filios derideat. Et huic contrarius est qui semper seuerum uultum protendit nec aliis colloquitur nec eos audit. Horum uero medius est mediocriter se habens in hiis.

1 est] enim Pa ‖ in omnibus] om. Fr Ma, omnibus S ‖ uxorem] uxores Pa, alios et uxorem V2 est] om. Fi ‖ qui] illi qui L ‖ uultum protendit] uultum pretendit Fi V Vt, protendit uultum Mb ‖ aliis] alii Fr Ma Vp3 colloquitur] alloquitur Fr ‖ est] est qui Fi, qui Fr Ma ‖ habens] habet Fi Fr Ma.

L’ histrion est celui qui a un comportement ridicule avec tout le monde, jusqu’ à rire de lui-même, de sa femme et de ses enfants, et celui qui lui est opposé est celui qui offre toujours un visage sévère et ne parle pas avec les autres ni ne les écoute, tandis que celui est au milieu au milieu d’ eux est celui qui a une attitude moyenne dans ce domaine.

2.6 Fragment 6, p. 312,4-9 (Summa, ad ENVII’ 10) [= Dunlop p. 260,25-261. 4 / Badawī p. 441,1-4]

العدل في المدينة توسط بين الغرامة والربح في الأخذ والإعطاء والمقايضة كالحائك يقايض بالأثواب. ولما كانت المقايضة لسائر الأصناف عسرة جداً وضع قدر واحد لجميعها وقابلوها به. وطلب فيه إمكان بقائه وحمله ومن هاهنا صار الدرهم والدينار يستعمله البناء والفلاح والحائك.‬‎

La justice dans la cité est un milieu entre la dette et le gain dans le fait de prendre, et le don et l’ échange, comme le tisserand qui échange ses vêtements. Comme l’ échange est très difficile pour l’ ensemble des produits, on a institué une seule mesure pour tous ces ⟨produits⟩ et on a échangé par son biais. Et on a demandé que ⟨cette mesure⟩ soit stable et transportable. C’ est pour cela que le dirham et le dīnār sont utilisés par le maçon, le paysan et le tisserand.

Summa Alexandrinorum, ad ENVII’ 10

Iustitia in ciuitate est medium inter perditionem et lucrum, et non est possibile ut sit absque acceptione et datione et concambio, ut textor qui dat pannos pro rebus aliis et ferarius qui dat ferramenta pro rebus aliis. Et quia circa huiusmodi concambia incidit difficultas statuerunt in ciuitatibus rem unam mediante qua adequatio fiat inter connegotiantes, et hoc est numisma. Hoc enim mediante structor domorum adequatur in opere suo artifici calciamentorum, et medicus agricole, et sic de ceteris hominum modis.

1 iustitia in ciuitate est medium] iustitia autem in ciuitate est medium Mb, om. V ‖ est] om. Vt2 acceptione] attemptione Pa ‖ concambio] concreambio (sic) Pb, cambio V ‖ ut] et Ma V ‖ textor] textat Pb ‖ qui dat] cui dat aliis Ma, qui V3 rebus aliis] aliis rebus Fr ‖ quia] om. Mb, quod propter V ‖ huiusmodi] eius Fr Vp, non leg. S4 concambia] concabia Fi, concreabia Pb, concambra Vt ‖ incidit] accidit uel incidit Pa ‖ in ciuitatibus] om. V ‖ qua] quia V5 adequatio] adeptio Pa ‖ fiat] fit L ‖ connegotiantes] connegotiationes Fr L Ma Pa Pb V, negociantes Vppost numisma add. et Pa6 structor] structo Ma, structor enim Pa ‖ domorum] domus Fi Fr Ma ‖ adequatur] adequator Ma, acquisitur V ‖ in opere suo] om. Mb.

La justice dans la cité est un milieu entre la perte et le gain, et il n’ est pas possible qu’ elle existe sans dépense ni acquisition ni échange, comme le tisserand qui donne des morceaux d’ étoffe en échange d’ autres choses, et le forgeron qui donne du fer en échange d’ autres choses. Puisque dans les échanges de ce genre, une difficulté survient, on institua dans les cités une seule chose au moyen de laquelle une égalisation serait produite entre les parties d’ une transaction, et c’ est la monnaie. Grâce à son intermédiaire, le constructeur de maisons est rendu égal, dans son œuvre, au cordonnier, et le médecin au paysan, et ainsi pour les autres modes d’ hommes.

2.7 Fragment 7, p. 312,9-16 (Summa, ad EN VI 1) [= Dunlop p. 261,5-9 / Badawī p. 441,5-11]

‮من المقالة السابعة. الفضيلة نوعان فضيلة شكلية علتها النفس الحسية التي لا كلمة لها وفضيلة فكرية علتها النفس الناطقة. والنفس الحسية تطلب وتهرب بلا روية ولا اختيار والنفس الناطقة توجب وتسلب وتصدق وتكذب بالروية والاختيار. فالشهوة تطلب والعقل يوجب أو يمنع. الاختيار شهوة عقلية. الحكمة سعادة لذاتها تحصل بالاختيار.‬‎

Extrait du septième traité. La vertu est de deux espèces, la vertu formelle dont la cause est l’ âme sensible qui ne possède pas la raison, et la vertu intellectuelle dont la cause est l’ âme logique. L’ âme sensible cherche et fuit sans délibération ni choix, et l’ âme logique affirme et nie, donne son assentiment et le refuse au moyen de la délibération et du choix. C’ est que le désir demande et l’ intellect permet ou interdit. Le choix est un désir intellectuel. La sagesse est un bonheur en soi qui est atteint au moyen du choix.

Summa Alexandrinorum, ad EN VI 1

Virtutum due sunt species, uirtus uidelicet figuralis pertinens anime sensibili que non habet rationem ueram, et uirtus intellectualis que pertinet anime rationali que habet rationem et discretionem et intellectum. Anima igitur sensibilis agit et fugit et prosequitur absque preconsiliatione et electione. Anima uero rationalis agit et affirmat et negat et assentit et dissentit ex consiliatione et electione. Ideoque dictum est quod concupiscentia quidem appetit, intellectus autem affirmat et non fit electio nisi ab intellectu. (…) Sapientia felicitas est eligibilis propter se ipsam, non sicut res que inducit sanitatem sed sicut ipsamet sanitas.

1 uirtutum due sunt species] uirtututes diuiduntur in duas species S ‖ uirtus uidelicet] uirtus scilicet Ma, scilicet uirtus Vt ‖ figuralis] figuralis id est moralis Pb V Mb L ‖ pertinens] ditt. Pb, non leg. S ‖ anime sensibili] nime (sic) sensibili Fi, anime sensibilis Ma Pa V Vp Vt, non leg. S2 rationem ueram et uirtus intellectualis que pertinet anime rationali que habet rationem et] rationem et uirtus intellectualis que pertinet anime rationali que habet rationem et Fi Fr Ma Vp, rationem ueras et uirtus intellectualis que pertinet anime rationali que habet rationem L, rationem neque Pa, rationem ueram et uirtus intellectualis que pertinet eis ? rationalis que habet rationem et V, rationem et uirtus intellectualis que pertinet anime habenti rationem et Vt, non leg. S3 igitur] om. S, ergo V ‖ 5 et1] om. L ‖ assentit et dissentit] assentit et discernit Fi, dissentit et assentit Mb ‖ ex] de V6 quod] quadam L ‖ quidem] quam Fr, quedam V ‖ appetit] appetitur V7 autem affirmat] qui affirmat Fr, aut negat aut affirmat Ma, uero ? affirmat V, autem confirmat Vp7-8 felicitas est eligibilis] est felicitas eligibilis Fr, est eligibilis felicitas Vt, non leg. S8 que] quibus L ‖ ipsamet] ipsamque Pa.

Il y a deux espèces de vertus, à savoir la vertu figurale, qui se rapporte à l’ âme sensible qui n’ a pas la raison vraie, et la vertu intellectuelle qui se rapporte à l’ âme rationnelle qui a la raison, le jugement et l’ intellect. Donc l’ âme sensible agit, évite et poursuit en dehors de la délibération et du choix. L’ âme rationnelle en revanche agit, affirme et nie, donne son assentiment ou refuse son assentiment à partir d’ une délibération et d’ un choix. C’ est pourquoi on dit que la concupiscence désire, tandis que l’ intellect affirme, et il n’ y a pas de choix sans intellect. (…) La sagesse est une félicité digne d’ être choisie pour elle-même, non comme une chose qui induit la santé, mais comme la santé elle-même.

3 L’ usage des fragments arabes dans l’ édition de la version arabo-latine de la Summa Alexandrinorum

Dans quelles conditions convient-il d’ utiliser les fragments arabes pour l’ édition de la version arabo-latine de la Summa ? La comparaison des fragments avec les passages correspondants dans le texte latin d’ Hermann invite à distinguer deux cas de figure.

1. Tout d’ abord, le recours au fragments arabes permet de faire le départ entre deux leçons concurrentes présentes dans les témoins latins, et de distinguer dès lors, non plus des « variantes » mais, par l’ identification des leçons correctes, de déterminer ce qui relève des « fautes communes ».

Ainsi, au début de la version latine de la Summa, la répartition des variantes conservées dans les manuscrits ne permet pas a priori de décider laquelle des deux variantes correspond à la leçon correcte, incessus ou intellectus :

Omnis ars et omnis incessus et omnis sollicitudo uel propositum et quelibet actionum et omnis electio ad bonum aliquod tendere uidetur.

1 incessus Fi L Mb S Vt : incessus corr. in marg. intellectus Pb : intellectus Fr Ma Pa V Vp ‖ et omnis] om. Ma, et est omnis Vp ‖ uel propositum] om. Vt ‖ et3] uel Ma.

Tout art, toute méthode et tout souci ou visée, chaque action et tout choix semblent tendre vers quelque bien.

L’ hésitation entre ces deux leçons – incessus vs. intellectus – ne peut qu’ être difficilement surmontée. En effet, l’ étude systématique des variantes de tous les manuscrits dans l’ ensemble du texte de la Summa ne permet pas de décider avec certitude – entre Fi, L, Mb, Pb1, S et Vt d’ une part, et Fr, Ma, Pa, Pb2, V et Vp d’ autre part – de la supériorité d’ un groupe de manuscrits sur l’ autre.

Les deux manuscrits parisiens Pa et Pb sont à la fois les manuscrits qui présentent généralement le texte le meilleur, et qui sont chronologiquement et géographiquement les plus proches de l’ exécution, par Hermann, de la traduction arabo-latine du texte. Ils datent tous les deux du XIIIe s. Pa présente toutefois une qualité de copie généralement inférieure à celle de Pb, puisqu’ il se caractérise par de nombreuses omissions et de multiples sauts du même au même :

Il paraît donc probable qu’ après avoir achevé la traduction de la Summa Alexandrinorum, et avoir commencé à examiner la Rhétorique, Hermann a fait un séjour à Paris, en apportant avec lui sa dernière œuvre, dont les scolares parisiens purent prendre copie. La présence d’ un exemplaire au studium de Paris a permis à Richard de Fournival d’ enrichir sa bibliothèque ; le ms lat. 16581 [= Pb] a en effet l’ aspect habituel des volumes exécutés pour le chanoine d’ Amiens. C’ est donc un témoin insigne et l’ ont peut considérer que cette copie représente la version primitive du traducteur, avec une réserve : d’ après notre expérience, les copistes de Richard manquent souvent de soin et de compétence49.

Fr, Ma et Vp forment un groupe de trois manuscrits pour lesquels de très nombreuses variantes tout au long du texte de la Summa indiquent qu’ ils dérivent d’ un ancêtre commun qui a opéré de multiples corrections, tant du point de vue du style, que du point de vue du sens. Lorsqu’ ils ont en commun des variantes qui ne sont pas attestées dans les autres témoins, ces variantes peuvent être considérées comme des fautes.

Les six autres témoins Fi, L, Mb, S, V et Vt s’ inscrivent sans beaucoup de netteté au sein de cette constellation. Si Fi, S et Vt semblent constituer à eux seuls une branche de la tradition manuscrite, L et Mb semblent avoir un ancêtre commun, tandis que V présente un très grand nombre de variantes communes avec Pb. Ces six témoins possèdent généralement, et tout au long du texte de la Summa, soit des leçons correctes – dans la mesure où elles ne sont pas celles de Fr, Ma et Vp, et que ces leçons correctes sont partagées par tous les autres témoins – soit des variantes propres, qui ne sont alors partagées par aucun autre témoin, et qui doivent par conséquent être interprétées comme des fautes propres.

Cette première répartition des témoins est fragilisée par l’ émendation dans Pb, portée par une main contemporaine, voire par la main même du copiste de Pb, de la leçon incessus en intellectus (fol. 3r). Dans ces conditions, convient-il de suivre les leçons de Fi, L, Mb, S, Vt, et de Pb1, ou bien de considérer que V, le groupe des trois manuscrits Fr, Ma, Vp, ainsi que Pa et l’ émendation portée sur Pb (peut-être réalisée à partir de Pa) portent la leçon qu’ il convient de conserver ? La situation est a priori indécidable, parce qu’ on retrouve, en faveur de chacune des deux variantes, des témoins dont la qualité est par ailleurs reconnue.

Le fragment arabe, correspondant à ce passage (Kar, fragment 1), permet de trancher, et de déterminer que c’ est bien la leçon originale de Pb qu’ il faut conserver :

‮من المقالة الاولى. كل صناعة ومذهب وهمة وفعل واختيار فانه يظن به أنه يقصد الى خير ما.‬‎

Premier traité. De chaque art, chaque méthode, chaque aspiration, chaque action, et chaque choix, on estime qu’ ils visent quelque bien.

Le latin incessus (démarche) traduit en effet littéralement l’ arabe ‮مذهب‬‎ (démarche, méthode) : la variante intellectus est sans doute attribuable aux défaillances des scribes, requis de reproduire un texte qu’ ils ne comprenaient pas.

Le recours au fragment arabe permet ainsi de choisir, entre plusieurs variantes, celle qui est la variante correcte, c’ est-à-dire, en l’ occurrence, celle qui correspond à la leçon originale du texte d’ Hermann. Elle permet donc, par voie de conséquence, d’ opérer un classement entre les différents témoins à partir de ce que l’ on peut désormais qualifier non plus de variantes, mais de fautes communes.

L’ arabe permet de confirmer ainsi la rectitude de certaines leçons conservées dans les manuscrits réputés de bonne qualité, contre les leçons fautives :

Summa Alexandrinorum, ad EN I 1, 1094a 1-16, où les leçons concurrentes des deux manuscrits importants Pa et Pb sont départagées :

Attamen actum in ipsis existit melius actione.

melius codd., ar. ‮أفضل‬‎ : uilius Pb.

Cependant, l’ acte, en eux, est meilleur que l’ action.

Summa Alexandrinorum, ad ENVII’ 10, où l’ arabe permet de distinguer la leçon correcte de la leçon fautive :

Iustitia in ciuitate est medium inter perditionem et lucrum, et non est possibile ut sit absque acceptione et datione et concambio, ut textor qui dat pannos pro rebus aliis…

2 acceptione codd., ar. ‮الأخذ‬‎ : attemptione Pa ‖ textor codd., ar. ‮الحائك‬‎ : textat Pb.

La justice dans la cité est un milieu entre la perte et le gain, et il n’ est pas possible qu’ elle existe sans acquisition ni don ni échange, tout comme le tisserand qui donne des étoffes en échange d’ autres choses…

L’ arabe permet également de confirmer les leçons de manuscrits réputés par ailleurs comme « bons » :

Summa Alexandrinorum, ad EN I 1, 1095a 2-13

Qui autem utitur desiderio secundum quod oportet et quando oportet et quantum oportet et ubi oportet, hic plurimum proficiet ex scientia artis ciuilis.

1 desiderio codd., ar. ‮الشهوات‬‎ : ut oportet et Fr Ma.

Mais celui qui au contraire éprouve le désir selon ce qu’ il faut, quand il faut, autant qu’ il faut et là où il faut, celui-ci tirera le plus grand profit de la science de l’ art politique.

Summa Alexandrinorum, ad EN I 8, 1098b 12-22

Et beatitudo quidem est in acquisitione uirtutum et in usu earum simul.

beatitudo codd., ar. ‮السعادة‬‎ : habitudo Fr Vp ‖ acquisitione codd., ar. ‮اقتناء‬‎ : actione Ma ‖ simul codd., ar. ‮معاً‬‎ : similiter Vp.

Et le bonheur réside dans l’ acquisition des vertus, en même temps que dans leur usage.

Enfin, le recours à l’ arabe permet également d’ interpréter une addition comme une glose, et non comme une portion de texte originale50. Dans ce passage extrait de la Summa Alexandrinorum, ad EN VI 2, c’ est le cas de l’ expression id est moralis :

Virtutum due sunt species, uirtus uidelicet figuralis pertinens anime sensibili que non habet rationem ueram, et uirtus intellectualis…

1 figuralis codd., ar. ‮شكلية‬‎ : figuralis id est moralis L Mb Pb V.

Il y a deux espèces de vertus, à savoir la vertu figurale, qui se rapporte à l’ âme sensible qui ne possède pas la véritable raison, et la vertu intellectuelle…

2. En dehors de ces quelques cas qui mettent en valeur l’ importance du recours aux fragments arabes, il en est d’ autres, plus problématiques.

2.1. Ce sont d’ abord les cas où l’ arabe possède des portions de texte qui n’ ont aucun équivalent dans le latin. La question se pose alors de savoir s’ ils doivent être réintégrés dans l’ édition arabo-latine du texte, et si oui, à quelles conditions.

C’ est le cas, parmi d’ autres, de ces deux passages :

Kar, fragment 2

‮الأحداث غير المقموعين والتباع في الشهوات لا ينتفع بهم في الدنيا في السياسة.‬‎

On ne tire aucun profit, en ce monde, dans la politique, des jeunes gens qui ne sont pas domptés et qui poursuivent les désirs

Summa Alexandrinorum, ad EN I 1, 1095a 2-13

Pueri ergo dissoluti et desideriorum persecutores non proficiunt penitus ex arte ciuili.

Donc les enfants dépravés et qui poursuivent leurs désirs ne tirent absolument aucun profit de l’ art politique.

Faut-il dans cet exemple, réintégrer dans l’ édition du texte latin l’ équivalent de la portion de phrase présente dans le fragment arabe, et que j’ ai représentée en rouge ?

Deux hypothèses – plus une troisième – seraient à envisager :

  1. soit ‮في الدنيا‬‎ (à quoi correspondrait le latin in hoc mundo) ne figurait pas dans la copie arabe utilisée par Hermann lorsqu’ il a réalisé sa traduction ;

  2. soit ces deux portions de phrase étaient présentes dans la copie arabe d’ Hermann, mais le traducteur a délibérément choisi de ne pas les traduire en latin, exerçant ainsi un sorte de censure, puisqu’ un travail de traduction ne doit impliquer aucune réécriture du texte, mais doit se contenter de rendre l’ ensemble d’ un texte, quel qu’ il soit, dans une autre langue.

Les raisons qui peuvent pousser le traducteur à agir ainsi sont soit liées à ses propres limites en tant que traducteur, soit dérivent de raisons plus personnelles, qui entretiennent un rapport avec sa religion ou sa culture d’ origine. Dans la traduction arabo-latine de la Rhétorique d’ Aristote, Hermann a par exemple mentionné à plusieurs reprises son incapacité à comprendre le texte arabe qu’ il avait sous les yeux, et il explique très clairement dans le corps de sa traduction qu’ il se reporte pour cette raison aux portions correspondantes dans les commentaires à la Rhétorique d’ Averroès ou de Farabi, qu’ il traduit en latin à la place de la version arabe de la Rhétorique51. De même, dans sa traduction du Commentaire d’ Averroès à l’ Éthique à Nicomaque, le même traducteur Hermann traduit systématiquement par le terme latin lex les termes arabes šarīʿa (la Loi de l’ Islam, entendue comme système légal) et nāmūs (la loi particulière), refusant, très certainement de façon délibérée, de distinguer les deux espèces de loi, et de reconnaître l’ existence et la valeur de la Loi islamique.

Hormis cette dernière hypothèse qui permettrait d’ expliquer autrement les divergences entre le latin et l’ arabe, si l’ on accepte effectivement l’ idée que le modèle d’ Hermann comportait le syntagme ‮في الدنيا‬‎, convient-il de rétablir hoc mundo dans le texte de la Summa ?

Kar, fragment 6

‮ولما كانت المقايضة لسائر الأصناف عسرة جداً وضع قدر واحد لجميعها وقابلوها به. وطلب فيه إمكان بقائه وحمله ومن هاهنا صار الدرهم والدينار يستعمله البناء والفلاح والحائك.‬‎

Comme l’ échange est très difficile pour l’ ensemble des produits, on a institué une seule mesure pour tous ces ⟨produits⟩ et on a échangé par son biais. Et on a demandé que ⟨cette mesure⟩ soit stable et transportable. C’ est pour cela que le dirham et le dīnār sont utilisés par le maçon, le paysan et le tisserand.

Summa Alexandrinorum, ad ENVII’ 10

Et quia circa huiusmodi concambia incidit difficultas statuerunt in ciuitatibus rem unam mediante qua adequatio fiat inter connegotiantes, et hoc est numisma. Hoc enim mediante structor domorum adequatur in opere suo artifici calciamentorum, et medicus agricole, et sic de ceteris hominum modis.

Puisque dans les échanges de ce genre, une difficulté survient, on institua dans les cités une seule chose au moyen de laquelle une égalisation serait produite entre les parties d’ une transaction, et c’ est la monnaie. Grâce à son intermédiaire, le constructeur de maisons est rendu égal, dans son œuvre, au cordonnier, et le médecin au paysan, et ainsi pour les autres modes d’ hommes.

Laissant de côté les autres différences qui distinguent le texte de Kar et le latin d’ Hermann53, on remarque en effet que la phrase arabe marquée en rouge dans ce passage de Kar n’ a aucune correspondance dans le latin d’ Hermann. Faut-il alors pour autant la rétablir dans le latin ?

2.2. Ensuite, la comparaison des fragments arabes avec le texte latin conservé dans les manuscrits permet d’ identifier des cas où le latin d’ Hermann présente des portions de texte qui n’ ont – au contraire – pas d’ équivalents dans les fragments arabes. Cette situation soulève la question du statut de ces prétendus « fragments » arabes, afin de mieux répondre à la question des limites de leur usage.

C’ est par exemple le cas du début du fragment 6 dans Kar :

‮العدل في المدينة توسط بين الغرامة والربح في الأخذ والإعطاء والمقايضة كالحائك يقايض بالأثواب.‬‎

La justice dans la cité est un milieu entre la dette et le gain dans le fait de prendre, et le don et l’ échange, comme le tisserand qui échange ses vêtements.

Summa Alexandrinorum, ad ENVII’ 10 :

Iustitia in ciuitate est medium inter perditionem et lucrum, et non est possibile ut sit absque acceptione et datione et concambio, ut textor qui dat pannos pro rebus aliis et ferarius qui dat ferramenta pro rebus aliis.

La justice dans la cité est un milieu entre la perte et le gain, et il n’ est pas possible qu’ elle existe sans acquisition ni don ni échange, tout comme le tisserand qui donne des étoffes en échange d’ autres choses, et le forgeron qui donne du fer en échange d’ autres choses.

La comparaison du fragment arabe et du texte correspondant dans la version arabo-latine de la Summa permet de formuler deux hypothèses :

  1. soit le texte arabe dans lequel a puisé l’ Excerpteur est lacunaire. Cependant, le sens du texte n’ est pas perdu dans le fragment arabe, puisque l’ expression en est simplement abrégée, condensée, la seconde comparaison, avec le forgeron, ayant disparu ;

  2. soit – et c’ est l’ hypothèse la plus probable –, l’ Excerpteur a modifié la lettre des fragments, en réduisant le texte initial, pour le simplifier et n’ en conserver que ce qui lui semblait nécessaire et suffisant, avant de le consigner dans le manuscrit aujourd’ hui conservé au Caire.

Ce dernier exemple nous enseigne qu’ il importe de ne pas traiter les fragments comme de véritables fragments au sens strict, c’ est-à-dire comme des morceaux de textes découpés dans une unité plus grande, mais plutôt comme des témoignages, c’ est-à-dire des extraits réaménagés, réélaborés, transformés. Dès lors, ils ne peuvent plus être comparés, de façon littérale, à la traduction arabo-latine.

4 Conclusion

L’ usage de ce qu’ on a appelé les « fragments » arabes – et qui s’ apparentent davantage à des témoignages au sens strict du terme – apparaît finalement assez réduit : il consiste essentiellement à régler des problèmes ponctuels de leçons, afin de distinguer les variantes qui sont les leçons correctes de celles qui sont des erreurs, et d’ organiser ainsi les relations entre les différents témoins par le biais de l’ identification de fautes communes.

La question de l’ usage des fragments arabes pour l’ édition du texte arabo-latin de la Summa relève davantage, en réalité, d’ une prise de conscience des limites qui s’ imposent à cet usage – limites qui convoquent des éléments extérieurs à la pratique éditoriale proprement dite, mais qui n’ en sont pas moins nécessaires : quelle est la nature, quel est le statut, quelle est l’ origine des fragments ? Comment ont-ils été découpés, recomposés, réélaborés ? Dans quel but, et à partir de quel témoin arabe ? Quelles sont les méthodes de traduction employées par le traducteur arabo-latin ? Comment qualifier son milieu, ses origines, le but qu’ il s’ est fixé dans sa tâche de traducteur ? Quelles sont les limites – conscientes ou inconscientes – qui le contraignent dans l’ exécution de sa tâche ?

Le projet qui consiste aujourd’ hui à éditer la version arabo-latine de la Summa concerne le texte latin : c’ est là la version la plus complète d’ un écrit qui sinon n’ est conservé que sous une forme fragmentaire. Autrement dit, il s’ agit de reconstituer, dans la mesure du possible, l’ état d’ un texte qui est la traduction latine, telle qu’ elle a été réalisée par Hermann en 1243, à partir d’ une copie arabe de l’ Iḫtiṣār al-Iskandarāniyyīn : cette reconstitution doit respecter aussi les lacunes en latin qui ont été transmises par une copie arabe qui n’ était pas parfaite, elle doit respecter les censures plus ou moins conscientes du traducteur ainsi que ses interventions dans le texte, et les contresens qu’ il a pu commettre. Il ne s’ agit, en aucun cas ni à aucun moment, de réécrire à la suite ou à la place d’ Hermann un texte qu’ il n’ a jamais composé, en insérant par exemple les passages conservés dans les fragments arabes qui n’ ont aucun équivalent dans les témoins latins, mais qu’ une comparaison avec l’ Éthique aristotélicienne permet de juger avec une quasi-certitude comme appartenant à la rédaction « authentique » du texte – c’ est-à-dire la rédaction originale en grec. Avec cette édition de la version arabo-latine de la Summa, il ne s’ agit pas de reconstituer un texte phantasmatique, monstrueux et couvert de sutures hétéroclites, à partir de fragments et de témoignages étrangers à sa tradition (latine), mais de retrouver autant que possible un texte latin dont l’ existence historique est avérée.

Subsiste alors une question : comment rendre compte de l’ apport réel des fragments arabes, qui sont l’ écho de l’ existence d’ une autre branche de la tradition ? Comment refléter les écarts que l’ on a pu observer entre les fragments arabes et le texte d’ Hermann ? Cette question excède la problématique éditoriale et relève désormais de l’ histoire du texte, de sa transmission et de la réception de la Summa entendue cette fois comme un corps de doctrines, et non comme un texte historiquement identifié. S’ ils ne peuvent être intégrés au corps du texte latin puisqu’ ils n’ ont historiquement aucune raison d’ être, les éléments textuels issus des fragments arabes, directement liés à l’ interprétation historique et doctrinale de la Summa, pourront en revanche apparaître dans des notes ou au cours d’ un commentaire.

Annexe: Index latin-arabe

acceptio ‮أخْذ‬‎ (Fr. 6)

acquisitio ‮اقتناء‬‎ (Fr. 4)

actio ‮فعل‬‎ (Fr. 1, 4)

actum ‮انفعال‬‎ (Fr. 1)

affirmare ‮أوجب‬‎ (Fr. 7)

agere ‮طلب‬‎ (Fr. 7)

agricola ‮فلّاح‬‎ (Fr. 6)

aliud ‮غيره‬‎ (Fr. 3)

anima ‮نفس‬‎ (Fr. 4, 7)

apparere ‮ظهر‬‎ (Fr. 4)

appetere ‮طلب‬‎ (Fr. 7)

ars ‮صناعة‬‎ (Fr. 1)

per artes ‮صناعي‬‎

ars ciuilis ‮صناعة السياسة‬‎ (Fr. 2)

⟨ars⟩ politica ‮السياسة‬‎ (Fr. 2)

artificium ‮مهنة‬‎ (Fr. 1)

assentire ‮صدّق‬‎ (Fr. 7)

audire ‮سمع‬‎ (Fr. 5)

beatitudo ‮سعادة‬‎ (Fr. 3, 4)

bonum ‮خير‬‎ (Fr. 1, 3, 4)

ciuitas ‮مدينة‬‎ (Fr. 6)

colloqui ‮قال‬‎ (Fr. 5)

concambium ‮مقايضة‬‎ (Fr. 6)

concupiscentia ‮شهوة‬‎ (Fr. 7)

constitutiuus ‮مقوّم‬‎ (Fr. 1)

contrarius esse ‮قابل‬‎ (Fr. 5)

corpus ‮بدن‬‎ (Fr. 4)

extra corpus ‮فى الاشياء الخارجة‬‎ (Fr. 4)

cum ‮اذ‬‎ (Fr. 3)

dare ‮قايض‬‎ (Fr. 6)

datio ‮اعطاء‬‎ (Fr. 6)

deridere ‮نقّص‬‎ (Fr. 5)

desiderium, desideria ‮شهوات‬‎ (Fr. 2)

difficultas

difficultas incidit circa ‮عسر‬‎ (Fr. 6)

dissentire ‮كذب‬‎ (Fr. 7)

dissolutus ‮غير المقموع‬‎ (Fr. 2)

diuersus ‮مختلفة‬‎ (Fr. 1)

diuidere ‮انقسم‬‎ (Fr. 4)

electio ‮اختيار‬‎ (Fr. 1, 7)

eligibilis ‮بالاختيار‬‎ (Fr. 7)

esse ‮حصل‬‎ (Fr. 7)

felicitas ‮سعادة‬‎ (Fr. 7)

figuralis ‮شكلي‬‎ (Fr. 7)

filius

et uxor et filii ‮أهل‬‎ (Fr. 5)

finis ‮غاية‬‎ (Fr. 3)

forma ‮صورة‬‎ (Fr. 4)

fugere ‮هرب‬‎ (Fr. 7)

genus ‮جنس‬‎ (Fr. 1)

habitudine ? ‮بعض‬‎ (Fr. 1)

histrio ‮المحاكى المضحك‬‎ (Fr. 5)

honorabilissimus ‮أشرف‬‎ (Fr. 1)

huiusmodi ‮صنف‬‎ (Fr. 6)

humanum ‮انسي‬‎ (Fr. 1)

incessus ‮مذهب‬‎ (Fr. 1)

indiuiduum ‮شخص‬‎ (Fr. 1)

instituere ‮وضع‬‎ (Fr. 6)

intellectualis ‮فكري‬‎ (Fr. 7)

intellectus ‮عقل‬‎ (Fr. 1, 7)

ab intellectu fieri ‮عقلي‬‎ (Fr. 7)

intelligibile ‮معقول‬‎ (Fr. 1)

intendere ‮تشوق‬‎ (Fr. 1) ; ‮قَصَدَ‬‎ (Fr. 1)

intentum ‮غرض‬‎ (Fr. 1, 3)

intenta ‮المقصودات‬‎ (Fr. 1)

inter ‮بين‬‎ (Fr. 6)

iustitia ‮عدل‬‎ (Fr. 6)

lucrum ‮ربح‬‎ (Fr. 6)

medicina ‮طب‬‎ (Fr. 1)

medius ‮متوسط‬‎ (Fr. 5)

medium

medium esse ‮وسط‬‎ (Fr. 6)

melius ‮أفضل‬‎ (Fr. 1, 3)

modus ‮ضرب‬‎ (Fr. 3)

eodem modo ‮كذلك‬‎ (Fr. 1)

multa ‮كثيرة‬‎ (Fr. 1)

natura ‮طبيعة‬‎ (Fr. 1)

negare ‮سلب‬‎ (Fr. 7)

nos ‮نحن‬‎ (Fr. 3)

numisma ‮الدرهم والدينار‬‎ (Fr. 6)

oportet ‮ينبغى‬‎ (Fr. 2)

panni ‮اثواب‬‎ (Fr. 6)

perditio ‮غرامة‬‎ (Fr. 6)

perfectio ‮تمام‬‎ (Fr. 1)

persequi ‮تبع‬‎ (Fr. 2)

plurimum ‮اكثر‬‎ (Fr. 2)

preconsiliatio ‮روية‬‎ (Fr. 7)

proficere ‮انتفع‬‎ (Fr. 2)

propter ‮ل‬‎ (Fr. 3) : ‮من أجل‬‎ (Fr. 3)

pueri ‮احداث‬‎ (Fr. 2)

quando ‮فى الوقت‬‎ (Fr. 2)

quantum ‮بالمقدار‬‎ (Fr. 2)

quesitum ‮مطلوب‬‎ (Fr. 3)

ratio ‮كلمة‬‎ (Fr. 7)

rationalis ‮ناطق‬‎ (Fr. 7)

res effecta ab arte ‮مصنوع‬‎ (Fr. 1)

res a natura producta ‮مطبوع‬‎ (Fr. 1)

ridiculose se habere ? ‮صبر على‬‎ (Fr. 5)

sanitas ‮صحة‬‎ (Fr. 1)

sapientia ‮حكمة‬‎ (Fr. 7)

se ‮ذات‬‎

per se ‮بذاته‬‎ / ‮بذاتها‬‎ (Fr. 1, 3, 7)

secundum quod ‮على قدر‬‎ (Fr. 2)

sensibilis ‮حسي‬‎ (Fr. 7)

seuerus

qui semper seuerum ultum protendit ‮الفدم الغبى‬‎ (Fr. 5)

simul ‮معا‬‎ (Fr. 4)

sollicitudo uel propositum ‮همة‬‎ (Fr. 1)

species ‮نوع‬‎ (Fr. 1, 7)

structor domorum ‮بناء‬‎ (Fr. 6)

tendere, intendere ‮قصد‬‎ (Fr. 1)

textor ‮حائك‬‎ (Fr. 6)

tripliciter ‮على ثلاث جهات‬‎ (Fr. 4)

ubi ‮حيث‬‎ (Fr. 2)

uideri ‮يظن‬‎ (Fr. 1)

uirtus ‮فضيلة‬‎ (Fr. 4, 7)

ultima ‮قصوى‬‎ (Fr. 3)

unus ‮واحد‬‎ (Fr. 6)

uolere ‮اراد‬‎ (Fr. 3)

usus ‮استعمال‬‎ (Fr. 4)

uti ‮استعمل‬‎ (Fr. 2)

uxor

et uxor et filii ‮أهل‬‎ (Fr. 5)

Remerciements

Je remercie le reviewer anonyme pour la précision de son regard et ses éclairantes suggestions. Mes remerciements vont à M. Charles Genequand, et à Jawdath Jabbour pour l’ aide précieuse qu’ il m’ a apportée dans la relecture de ce travail et dans la traduction des passages en arabe. Je remercie également Dominique Poirel, qui m’ a invitée à parler de ces fragments arabes à la journée qu’ il a organisée avec Francesca Barone à la Section Latine de l’ IRHT (CNRS), et qui était dédiée à « L’ édition critique et ses méthodes ».

1

Cf. Paul Kraus, « Kitāb al-aḫlāq li-Ǧālīnūs », Maǧallat Kulliyyat al-Ādāb bi-l-Ǧāmiʿa al-Miṣriyya. Bulletin of the Faculty of Arts of the University of Egypt. 5 (1937) : 7.

2

Douglas M. Dunlop, « The Manuscript Taimur Pasha 290 aḫlāq and the Summa Alexandrinorum », Arabica 21 (1974) : 260-3. Voir aussi Douglas M. Dunlop, « Addenda et Corrigenda : The Manuscript Taimur Pasha 290 aḫlāq and the Summa Alexandrinorum », Arabica 23 (1976) : 313-4.

3

Arisṭūṭālīs, Al-Aḫlāq, tarǧamat Isḥāq b. Ḥunayn ḥaqqaqahū wa-šaraḥahū wa-qaddama lahū ʿAbd ar-Raḥmān Badawī (Koweït : Wakālat al-maṭbūʿāt, 1979), 436-45.

4

Ce « Livre VII » n’ est en réalité que l’ abrégé des Livres III, IV et V de l’ Éthique à Nicomaque. Il examine les quatre vertus suivantes : le courage (al-naǧda) et ses parties, la tempérance (al-ʿiffa), la douceur (al-daʿa), puis la libéralité (al-ḥurriyya). Il s’ achève avec l’ examen de la justice (al-ʿadāla). D’ après Malcolm C. Lyons (« A Greek Ethical Treatise », Oriens 13-14 (1960-61) : 35-57), ce « Livre VII » serait l’ extrait d’ une œuvre d’ origine grecque, caractérisée par un certain éclectisme, et qui aurait été traduite en arabe. Richard Walzer (EI2) l’ attribue au philosophe et historien Nicolas de Damas (Ier s. av. J.-C.), Douglas Dunlop (The Arabic Version of the Nicomachean Ethics, 58) y voit l’ œuvre de Porphyre, et Lyons (48) celles de Nicolas de Laodicée (IVe s. ap. J.-C).

5

Concetto Marchesi, L’ Etica Nicomachea nella tradizione latine medievale (Messine : Ant. Trimarchi, 1904), XLI-LXXXVI.

6

Dunlop, « The Manuscript Taimur Pasha 290 aḫlāq and the Summa Alexandrinorum », 259.

7

Douglas M. Dunlop, « The Arabic Tradition of the Summa Alexandrinorum », AHDLMA 57 (1982) : 253-63 ; Douglas M. Dunlop, The Arabic Version of the Nicomachean Ethics, éd. Anna A. Akasoy et Alexander Fidora (Leyde : Brill, 2005), l’ introduction de Douglas M. Dunlop, 1-109 (62-85).

8

Mauro Zonta, « Les Éthiques. Tradition syriaque et arabe. La Summa Alexandrinorum », dans Dictionnaire des Philosophes Antiques : Supplément, éd. Richard Goulet (Paris : Éditions du CNRS, 2003), 197-8.

9

Dunlop, The Arabic Version of the Nicomachean Ethics, 78. En effet, continue Dunlop, « thus Ibn Abī Uṣaibiʿah mentions that Isḥāq b. Ḥunain produced a work Iṣlāḥ jawāmiʿ al-Iskandarāniyyīn li-sharḥ Jālīnīs li-Kitāb al-fuṣūl li-Abuqrāṭ, i.e. Correction of the Summary of the Alexandrians to the Commentary of Galen on the ‘Aphorisms’ of Hippocrates. Ibn al-Nadīm in his notice of Aristotle in the Fihrist states that the Alexandrians had a paraphrase of the De anima in about 100 pages (wa-li’l-Iskandarāniyyīn talkhīṣ hādhā ‘l-kitāb naḥwa miʾat waraqah). According to Ibn Abī Uṣaibiʿah in another passage, the Kitāb al-ʿilal wa-l-aʿrāḍ (De morborum causis) of Galen was in 6 discourses (maqālāt), but the Alexandrians collected, i.e. summarised them and made them a single volume (al-Iskandarānīyūn jamaʿūhā wa-jaʿalūhā kitāban wāḥidan). It is doubtless in the same sense that the Alexandrians are mentioned in the title of the Summa […] ».

10

Bar Hebraeus, Taʾrīḫ muḫtaṣar al-duwal, éd. Anṭūn Ṣāliḥānī (Beyrouth : Imprimerie catholique des pères jésuites, 1890), 139,17-140,3.

11

Ibn al-Qiftī, Taʾrīḫ al-ḥukamāʾ, éd. Julius Lippert (Leipzig : Dieterich’sche Verlagsbuchhandlung, 1903; repr. Frankfurt am Main : Institute for the History of Arabic-Islamic Science at the Johann Wolfgang Goethe University, 1999), 336,5-12.

12

D’ après Dunlop (The Arabic Version of the Nicomachean Ethics, 75-9), il s’ agit de Proclus.

13

Yāqūt, Muʿǧam al-buldān sous le titre Jacut’s Geographisches Wörterbuch : aus den Handschriften zu Berlin, St. Petersburg, Paris, London, und Oxford, éd. Ferdinand Wüstenfeld, (Leipzig : In Commission bei F.A. Brockhaus, 1866-70), vol. 4, 1869, 339,17-19.

14

Zonta, « Nicolas “de Laodicée” (Pseudo-) », dans Dictionnaire des Philosophes Antiques : Supplément, éd. Richard Goulet (Paris : Éditions du CNRS, 2005), 680-3.

15

Dunlop, The Arabic Version of the Nicomachean Ethics, 76-7.

16

Ibidem, 72.

17

Mauro Zonta, « Structure and sources of Bar-Hebraeus’ “Practical Philosophy” in The Cream of Science », dans Symposium Syriacum VII, éd. René Lavenant (Rome : Orientalia Christiana Analecta 256, 1998), 291.

18

Je remercie Margherita Farina (CNRS) pour l’ aide qu’ elle m’ a apportée dans la lecture du fragment syriaque et les discussions qui en ont découlé. On trouvera dans l’ édition critique de la Summa Alexandrinorum une discussion plus approfondie sur la nature du fragment syriaque, son rôle dans la reconstitution de la tradition de la Summa, et sa valeur dans l’ établissement de l’ édition critique du texte latin.

19

On traduit ici en corrigeant le texte à partir du passage correspondant dans Tawḥīdī.

20

Abū Sulaymān al-Siǧistānī, The Muntaḫab ṣiwān al-ḥikma of Abū Sulaimān as-Siǧistānī, éd. Douglas M. Dunlop (La Haye / Paris / New York : Mouton Publishers, 1979) § 281, 143,20-24.

21

Abū Ḥayyān al-Tawḥīdī, Al-Muqābasāt, éd. Ḥasan al-Sandūbī (Koweït : Dār Suʿād al-Ṣabbāh, 1992), 197,9-14.

22

Fi, fol. 140ra, 44-140rb, 3 ; Fr, fol. 189rb, 40-49 ; L, fol. 224rb, 44-52 ; Ma, fol. 19vb, 22-29 ; Mb, fol. 35ra, 7-15 ; Pa, fol. 17v, 25-18r, 1 ; Pb, fol. 32v, 4-12 ; S, fol. 121vb, 4-15 ; V, fol. 11va, 5-11 ; Vp, fol. 90va, 14-22 ; Vt, fol. 104rb, 21-29 (Marchesi, p. LXIX, 8-14).

23

En lisant, avec l’ édition du Caire, al-naṣṣ (tr. Dodge : « the main text »). Ibn al-Nadīm, Fihrist, éd. Gustav Flügel (Leipzig : F.C.W. Vogel, 1871), vol. 1, 264,19-27.

24

Ibn al-Qiftī, Taʾrīḫ al-ḥukamāʾ, 245,13-246,8.

25

Ibn Abī Uṣaybiʿa, ʿUyūn al-anbāʾ fī ṭabaqāt al-aṭibbāʾ, éd. August Müller (Königsberg : Selbstverlag, 1882-84), vol. 1, 1882, 235,13-236,25.

26

Voir Gerhard Endreß, « ʿĪsā Ibn Zurʿa », dans Philosophie in der islamischen Welt I : 8.-10. Jahrhundert, éd. Ulrich Rudolph, (Basel : Schwabe, 2012), 325-33.

27

Voir Steven Harvey, « La sources des citations de l’ Éthique d’ Aristote dans le Guide (des égarés) et dans le Moreh ha-moreh » [en hébreu], Jerusalem Studies in Jewish Thought 14 (1998) : 96 (n. 33), et Manfred Ullmann, « Die Summa Alexandrinorum », dans Die Nikomachische Ethik des Aristoteles in arabischer Übersetzung, Teil 2 : Überlieferung, Textkritik, Grammatik (Wiesbaden : Harrassowitz, 2012) 71-122.

28

L’ ensemble des arguments présentés par Ullmann sont repris dans Frédérique Woerther, La Summa Alexandrinorum : Abrégé arabo-latin de l’ Éthique à Nicomaque d’ Aristote (à paraître).

29

C, fol. 2rb, 36-39 ; Fi, fol. 144r, 39-43 ; Fr, fol. 194ra, 47-194rb, 9 ; L, fol. 227vb, 57-58 ; Ma, fol. 24ra, 8-14 ; Pa, fol. 27v, 12-15 ; V, fol. 25vb, 39-42 ; Vp, fol. 97rb, 16-24 ; Vt, fol. 108vb, 41-45.

30

Marie-Thérèse d’ Alverny, « Remarques sur la tradition manuscrite de la Summa Alexandrinorum », AHDLMA 57 (1982) : 265-72.

31

Marchesi, L’ Etica Nicomachea, XLI-LXXXVI.

32

George B. Fowler, « Manuscript Admont 608 and Engelbert of Admont (c. 1250-1331) », AHDLMA 57 (1982) : 195-252.

33

Voir Concetto Marchesi, « Il Compendio volgare dell’ Etica aristotelica e le fonti del VI libro del Trésor », Giornale Storico della Letteratura Italiania 42 (1903) : 1-74.

34

Raphael Jospe, Torah and Sophia : The Life and Thought of Shem Tob Ibn Falaquera (Cincinnati : Hebrew Union College Press, 1988), 411-58.

35

Steven Harvey, « A New Islamic Source of the Guide of the Perplexed », Maimonidean Studies 2 (1991) : 47-55 (Appendix A « Miskawayh’s Tahdhīb al-Akhlāq and Shem-Ṭov Falaquera’s Shelemut ha-Maʿasim »).

36

Bruno Chiesa, « Una fonte sconosciuta dell’ Etica di Shem Tob ibn Falaquera : la Summa Alexandrinorum », dans Biblische und judaistische Studien : Festschrift für Paolo Sacchi, éd. Angelo Vivian (Frankfurt am Main : Peter Lang, 1990), 583-612.

37

Il s’ agit plus précisément du Shelemut ha-maʿasim (éd. Jospe), 417, I,2-419,2, avec les passages correspondants de la Summa Alexandrinorum, cités dans l’ édition de Fowler, avec en apparat les leçons de l’ édition Marchesi.

38

Cf. Chiesa, « Una fonte sconosciuta », 605 : « Col terzo paragrafo comincia ad evidenziarsi la caratteristica saliente del testo ebraico : non si tratta si una tradizione integrale, ma di una scelta antologica son tendenza al compendio ».

39

Mauro Zonta, « Shem Tob Ibn Falaquera e la sua opera. A proposito di un libro recente », Henoch 12 (1990) : 207-8.

40

Elvira Wakelnig (éd., tr.), A Philosophy Reader from the Circle of Miskawayh (Cambridge (Mass.) : Cambridge University Press, 2014).

41

Frédérique Woerther, La Summa Alexandrinorum. Abrégé arabo-latin de l’ Éthique à Nicomaque d’ Aristote (à paraître).

42

On trouvera un bref résumé de l’ activité d’ Hermann et de ses traductions dans Frédérique Woerther, Le plaisir, le bonheur, et l’ acquisition des vertus : Édition du Livre X du Commentaire moyen d’ Averroès à l’ Éthique à Nicomaque (Leyde / Boston : Brill, 2018), 8-16 ; 67-80.

43

Louis Cheikho, « Notice sur un ancien manuscrit arabe », Actes du onzième congrès international des Orientalistes. Paris – 1897, Troisième section, Langues et archéologie musulmanes (Paris : Ernest Leroux éditeur, 1899), 125-7.

44

Cheikho, « Notice », 125.

45

Cheikho, « Notice », 127.

46

Dunlop, The Arabic Version of the Nicomachean Ethics, 79.

47

Cf. Ibidem, 84-85 : « There follows in MS. Cairo pp. 313-315, a long development on the main heads of the vices as excess and defect of the four virtues (wisdom, courage, temperance and justice), and thus eight in number. To wisdom (ḥikmah) are opposed foolishness (balah) and deceitfulness (jarbazah) ; to courage (najdah or shajaʿah), rashness (tahauwur) and cowardice (jubn) ; to temperance (ʿiffah), greed (sharah) and lack of feeling (khumūd) ; to justice (ʿadālah), injustice (jaur) and abjection (mahānah). One or two minor vices are next mentioned, and there follows (MS. Cairo, pp. 315-316) an account of the nature and causes of anger. The starting point in all this is clearly EN VII 1, 1, but the compiler of the Cairo text has gone his own way. […] On the other hand, this text offers also quite extensive additional material, notably the account of the vices and their corresponding virtues, and the long development on anger, which can scarcely have belonged to the Arabic behind the Latin of the Summa […] ».

48

Badawī signale ici la perte d’ un folio. La réclame ‮حال الاشرار‬‎ (l’ état des vicieux) est la fin d’ un autre passage qui n’ a rien à voir avec ce fragment.

49

D’ Alverny, « Remarques », 270-1.

50

Suivant l’ interprétation de Lorenzo Mainini (« Fragments d’ “éthique aristotélicienne” entre arabe, latin et langues romanes. Un exercice de lecture comparée », Le Muséon 127 1-2 (2014) : 187-229), il conviendrait au contraire de conserver cette portion de texte dans le texte à éditer. Mainini propose en effet d’ expliquer l’ emploi de l’ adjectif ‮شكلية‬‎ / figuralis dans la Summa Alexandrinorum et dans le Commentaire d’ Averroès à l’ Éthique à Nicomaque de la façon suivante. Selon une première hypothèse, ‮شكلية‬‎ s’ expliquerait par la corruption de ‮خلكية‬‎ (éthique), « une erreur de lecture, imputable à quelque copiste, qui se serait propagée dans la tradition latine avec la formule ‘figuralis’ » (p. 217). Mais l’ ambivalence entre les termes moralis et figuralis pourrait être plutôt « le souvenir d’ une lecture déjà partiellement interprétative, élaborée pendant l’ histoire arabe de la morale aristotélicienne et de sa réception, une formule ‘paraphrastique’ bien diffusée, peut-être, au point de se mêler au texte d’ Aristote. À travers cette nature hybride, à la fois traduction et exégèse, Hermann aura connu le mot, en redoublant sa circulation latine, une fois dans sa version du commentaire et une fois dans la traduction de la Summa Alexandrinorum » (p. 218).

51

Voir Frédérique Woerther, « Citer / traduire. La traduction arabo-latine de la Rhétorique d’ Aristote par Hermann l’ Allemand et les citations d’ al-Fārābī et Averroès », Documenti e studi sulla tradizione filosofica medievale 28 (2017) : 177-218 ; Frédérique Woerther, « Les traces du Grand Commentaire d’ al-Fārābī à la Rhétorique d’ Aristote dans la traduction arabo-latine de la Rhétorique par Hermann l’ Allemand », BPM 54 (2012) : 137-54 ; Frédérique Woerther, « Les citations du Commentaire moyen à la Rhétorique d’ Aristote par Averroès dans la traduction arabo-latine de la Rhétorique d’ Aristote par Hermann l’ Allemand », MUSJ 63 (2010-11) : 323-59.

52

Voir Woerther, Le plaisir, le bonheur, et l’ acquisition des vertus : Commentaire d’ Averroès à l’Éthique à Nicomaque, ad EN X 7, 1177b 20, éd. Woerther, 204,2-3 (ENar, Akasoy-Fidora, 561,5), et ad EN X 9, 1181a 7, éd. Woerther, 246,3-4 (ENar, Akasoy-Fidora, 579,7).

53

Ces différences peuvent s’ expliquer tantôt par l’ adaptation, de la part du traducteur latin, aux conditions culturelles qui sont celles de son lectorat (la traduction de ‮الدرهم والدينار‬‎ « le dirham et le dīnār » par numisma, la « monnaie ») ; tantôt en faisant l’ hypothèse d’ erreurs de copie ou de lecture dans le texte arabe.

Bibliographie

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